Les coupes affectent la paix sociale, dit le recteur

Le recteur de l'Université du Québec à Montréal, Robert Proulx
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le recteur de l'Université du Québec à Montréal, Robert Proulx

Il est « minuit moins une » pour les universités. Les compressions budgétaires récurrentes de 300 millions par année font tellement mal qu’elles ont contribué aux grèves étudiantes du printemps dernier, estime le recteur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Robert Proulx.

En entrevue avec Le Devoir, le grand patron de l’UQAM a livré un nouveau plaidoyer pour un réinvestissement en éducation, à moins d’une semaine du dépôt du budget du Québec. Les compressions depuis trois ans ont créé un « climat de morosité » qui compromet la paix sociale sur le campus de l’UQAM, fait valoir le recteur.

Le gouvernement entend l’appel des universités et du milieu de l’éducation, a indiqué vendredi Philippe Couillard. Le budget enverra un « signal très fort » en faveur de l’éducation, a déclaré le premier ministre dans un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, fera de l’éducation une « priorité nationale » qui sera « visible » dans le budget qui doit être présenté jeudi. Sans avancer de chiffres ni de détails, Philippe Couillard a affirmé que le réinvestissement toucherait tant les budgets opérationnels que les infrastructures. Lui et son ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, ont reconnu qu’il était notamment prioritaire d’investir dans les infrastructures des écoles primaires et secondaires.

En ce qui concerne les universités, on peut croire qu’elles ne seront pas en reste. Philippe Couillard s’est dit conscient que les dernières années ont été particulièrement « difficiles » pour les établissements d’enseignement supérieur. « Oui, c’est un moment difficile. Le message est très simple : il faut maintenant sérieusement qu’on se mette sur la question du refinancement des universités. C’est crucial », a dit Robert Proulx, rencontré dans son bureau de l’UQAM. Par une curieuse coïncidence, le premier ministre et le recteur se répondaient en écho sans le savoir. Ils ont prononcé ces paroles presque au même moment.

« On n’est plus capables »

L’UQAM vit un « moment difficile », donc. C’est peu dire : les professeurs ont déclenché une grève d’un jour, cette semaine, devant le peu de progrès dans les négociations avec l’administration. L’université a frôlé l’éclatement avec la menace de séparation de l’École des sciences de la gestion (ESG), qui regroupe le tiers des 42 000 étudiants de l’UQAM. La crise s’est résorbée jeudi, du moins temporairement, avec la nomination de deux expertes chargées de proposer une sortie de crise. Les inscriptions au baccalauréat ont baissé de 10,8 % à la dernière session d’automne.

Les grèves étudiantes du printemps 2015 ont aussi entaché l’image de l’UQAM. Et les compressions à répétition ont créé un climat malsain qui a contribué aux perturbations de cours du printemps 2015, estime le recteur. « Quand on est dans une situation où la vie universitaire est difficile parce qu’on ne dispose plus des ressources dont on aurait besoin, ça crée des insatisfactions. Un groupe est insatisfait, l’autre le devient, ces choses-là se mettent à interagir et, à un moment donné, pouf ! ça saute. C’est ce qui est arrivé au printemps dernier », dit Robert Proulx.

Tous ces coups durs surviennent au moment où l’université a plus de difficultés que jamais à boucler son budget pour l’année financière qui prend fin dans deux semaines, le 31 mars : il manque à l’UQAM 12,5 millions de dollars. La direction a demandé à tous les départements de réduire leurs dépenses de 10 %, mais les résultats se font attendre.

« On n’est plus capables, là. Si vous voulez qu’on fasse des choses intelligentes, on va demander à le résorber [le déficit] sur plus d’une année. On va en faire un bout et on va en demander un bout à Québec », dit Robert Proulx.

La baisse des inscriptions, due en bonne partie aux interruptions de cours durant le printemps 2015, coûte à elle seule 6 millions de dollars à l’UQAM. Les compressions budgétaires récurrentes coûtent de leur côté 24,5 millions cette année, selon le recteur.

Au Sommet sur l’enseignement supérieur, en février 2013, le gouvernement de Pauline Marois avait convenu d’investir 1,7 milliard sur cinq ans. Les péquistes avaient plutôt imposé des compressions qui ont été maintenues par les libéraux de Philippe Couillard.

« Le Québec a fait le choix que l’État s’en occupait [du financement des universités], alors qu’il s’en occupe ! dit Robert Proulx. Soyons cohérents avec nos choix. Le reste du monde investit, Boston investit énormément dans le MIT et Harvard, tandis que le Québec perd du terrain. »

10 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 12 mars 2016 05 h 37

    L'Éducation ne repoussera pas

    L'Éducation n'est pas une grenouille : ses membres charcutés, gangrénés et amputés par le chirurgien Couillard ne repousseront pas.
    Les charpentes minées ne se redresseront pas.

    Le « signal très fort » dans un budget pro-éducation, c'est celui des habituelles béquilles, des jambes de bois, au mieux des prothèses mécaniques.

    Les recteurs se sont pliés au grand jeu libéral de l'austérité avec une complaisance coupable et Proulx, celui de l'UQAM, a raison sur un point : la paix sociale est affectée.

    Il réduit néanmoins les impacts au monde nombriliste des universités.
    Or, toute la société y goûte, à commencer par les plus vulnérables : enfants, femmes, vieillards, malades, exclus, bannis, détenus.

    La médecine libérale a inoculé l'ostéoporose sociale.
    C'est elle qui fait des élites sans colonne, qui ronge les os des squelettes décharnés de l'architecture de la Nation, détruit les institutions de l'État comme une pluie acide qui coulerait de l'intérieur.

    Le mal est fait.

    Nous sommes malades, contaminés, infestés et les remèdes libéraux nous tuent.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 12 mars 2016 06 h 37

    Bien d'accord, mais...

    Désolé, la priorité ABSOLUE ce matin, amis de Devoir, c'est plutôt la fermeture du Pavillon Ste-Marie, ce centre pour handicapés, à St-Jérôme.

    Une annonce qui donne froid dans le dos. Voici ce que je viens de mettre sur la page Facebbok du Parti Libéral du Québec:


    « Ensemble », vous devriez vous garder une petite gêne! Jusqu’au où pousserez-vous l’abjecte, l’ignoble et le répugnant! Cette fermeture du Pavillon Ste-Marie à St-Jérôme est UNE HORREUR!

    Encore pire que celle du centre Mélaric! Et la même semaine, encore, que celle de l’annonce d’amnistie fiscale aux clients de KPMG!

    Doit-on vous rappeler, rapport à la petite gêne, qu’au final, plus de Québécois avaient voté CONTRE vous plutôt que pour vous?

    Quel est le « réel » endossement de la population, croyez-vous, face à vos politiques de terres brûlées, en matière de politiques sociales?

    Comment parvenez-vous à dormir, le soir? Parce qu’à chaque jour y a une groupie de Chambre de Commerce qui vous a dit « Yeah Go man go! » ?

    Merci.

  • Jacques Morissette - Abonné 12 mars 2016 07 h 23

    L'austérité, pour les uns...

    En effet, à force de gruger dans l'os, ce qui n'a aucun rapport avec les coupures comme telles. Les gens sont beaucoup plus responsable qu'on peut penser, dans la mesure où tout le monde est solidaire et subit également le même sort.

  • Nicole Cayouette - Inscrite 12 mars 2016 07 h 30

    morosité parce moins de bonbons

    Je comprends la morosité de cette institution - on lui a enlevé ses bonbons... Elle ne peut plus donner des primes de départ - oups, elle le fait encore ! Bizarre...

    Je suis pour le financement des universités mais le gaspillage éhonté du passé a créé un climat qui fait en sorte que qu'elle croit avoir droit à tous les privilèges... Ce n'est plus nos BS qui sont "entitled" mais notre "élite"...

  • Normand M. Bengle - Abonné 12 mars 2016 08 h 21

    Repenser l'université ?

    L’université manque non seulement d’argent pour réinvestir dans sa mission traditionnelle, elle manque aussi de vision du futur, de réflexions sur la nécessaire réorganisation de ses facultés. Il y a un besoin urgent de réelles et multiples collaborations entre les disciplines universitaires afin de faire communiquer la culture des humanités et la culture scientifique. Les problèmes complexes de notre société en crise l’exigent. Réveillons-nous ! Il ne faut pas se contenter de gérer nos universités sans se demander si leurs préocupations s’incrivent dans les problématiques majeures du 21e siècle.