Étudiants et immigrants

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Selon des données récentes de Statistique Canada, les élèves immigrants réussissent moins bien au Québec que dans d’autres provinces canadiennes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon des données récentes de Statistique Canada, les élèves immigrants réussissent moins bien au Québec que dans d’autres provinces canadiennes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rendez-vous de l'éducation de la CSQ

On le sait, l’intégration des étudiants immigrants et des jeunes réfugiés dans le réseau scolaire québécois est un défi de tous les instants. Comment cela se traduit-il sur le terrain ? Est-ce que l’égalité des chances de ces nouveaux arrivants est au rendez-vous ? Voilà autant de questions complexes auxquelles l’atelier intitulé « L’égalité des chances en éducation. Élèves et étudiants immigrants » tentera de répondre. «Le Devoir» a parlé à deux des trois intervenants qui animeront cette activité.

D’abord, quelques données exposées dans le document de présentation de l’atelier. Depuis les années 1960, la société québécoise a toujours eu des attentes élevées envers l’école pour assurer l’intégration scolaire et sociale de tous les jeunes et adultes en formation. Avec le temps, on a observé une plus grande diversification en matière d’origines ethnoculturelle, linguistique et religieuse dans les écoles, d’abord à Montréal, puis dans plusieurs autres régions. L’école doit donc à présent composer avec le multiculturalisme.

« Dès lors, la question de la persévérance et de la réussite éducative des jeunes issus de l’immigration devient centrale, souligne-t-on. On sait que les élèves et étudiants immigrants ne présentent pas tous les mêmes besoins. Certains d’entre eux, par exemple, vivent dans la pauvreté. D’autres intègrent l’école québécoise plus tardivement ou après avoir accumulé un retard scolaire avant leur arrivée. D’autres encore ont vécu la guerre ou des événements traumatisants. Ces facteurs peuvent les rendre plus vulnérables. »

Enfin, on rappelle que, en 1998, le ministère de l’Éducation a adopté la Politique d’intégration scolaire et d’éducation interculturelle dans laquelle figurait, comme premier principe, celui de l’égalité des chances. Il ne s’agissait pas seulement de garantir l’accès aux services éducatifs pour les jeunes immigrants, mais aussi d’offrir des mesures de soutien à celles et ceux qui en présentaient le besoin.

Comment cela s’est-il concrétisé dans les écoles et les centres ? Quels constats peut-on faire et, surtout, qu’est-ce qui peut être fait pour favoriser l’égalité des chances ? Ce sont là des questions auxquelles tenteront de répondre les panélistes de ce 4e Rendez-vous de l’éducation de la CSQ.

Dans la réalité maintenant

 

Clément Amphyon est français d’origine. Il travaille à l’école privée arménienne Sourp Hagop qui est située à Ville Saint-Laurent. Il enseigne en classe d’accueil à de jeunes Syriens, âgés de 12 à 17 ans, le programme d’intégration linguistique, scolaire et sociale. Il a une formation en français langue seconde. « Moi, j’ai choisi de faire de la francisation auprès des nouveaux arrivants. Mon métier est de garantir l’intégration culturelle et structurelle par l’apprentissage de la langue française. Et c’est ce sur quoi mon intervention portera lors de cet atelier », dit-il au bout du fil. Il indique avoir été le premier enseignant professionnel en langue seconde à être embauché par cette école arménienne en déclinant les défis auxquels il a fait face à ses débuts. « En fait, mes premiers défis étaient d’ordre matériel. Il n’y avait pas de structure d’accueil. Il n’y avait rien de particulier non plus dans la convention collective qui portait sur la manière dont il faut gérer ces classes. J’avais peu de matériel au début, alors j’ai dû passer des commandes en ce sens. » Et depuis, ça se passe comment ? « Ça se passe très bien, je vous dirais. Je n’ai pas particulièrement de problèmes. Mes élèves progressent normalement. » Chose certaine, dit-il, quand les nouveaux arrivants débarquent au Québec, « ils comprennent vite qu’il fait froid ici ! » Au-delà de l’acclimatation à l’hiver et de l’intégration des élèves, Clément Amphyon passe par l’initiation à la culture québécoise par l’entremise de sorties au cinéma et par la découverte de notre littérature. « Au Québec, la littérature jeunesse est prolifique. Des bouquins jeunesse, il y en a beaucoup ! Rien non plus n’empêche d’étendre cet enseignement à la culture francophone en général. D’ailleurs, j’ai trouvé du matériel très intéressant aux éditions Hachette. Je leur fais lire des classiques en classe. Je leur fais découvrir tout un bagage et je le fais très honnêtement », affirme ce professeur visiblement passionné par son métier.

Un autre passionné

 

Réginald Fleury est aussi un passionné de son métier. Il est conseiller pédagogique en éducation et en relation interculturelle au sein de la Commission scolaire de Montréal. Il a aussi un mandat portant sur l’éthique et la culture religieuse. « De mon côté, je vais certainement parler de tous les moyens d’intégration des élèves réfugiés. Des moyens qu’il est possible de mettre en place tout en parlant des difficultés qu’on peut rencontrer dans le cadre de l’accueil des immigrants et qui nuisent à leur égalité des chances », dit-il. Vous êtes au coeur de l’actualité ? « Oui, en effet. Et j’aimerais tout d’abord noter des données récentes de Statistique Canada qui démontrent que les élèves immigrants réussissent moins bien au Québec que dans d’autres provinces canadiennes. À mon avis, notre ministère de l’Éducation doit réfléchir sur ce qu’on doit faire pour améliorer cet état de fait. Quelles en sont les causes ? Quelles sont les actions à prendre. »

Selon lui, des pistes de solution existent bel et bien. « Il se fait beaucoup de recherche dans le monde de l’éducation concernant l’intégration des élèves immigrants. Et en fait, le but, c’est de s’assurer que nos pratiques sont exemptes de discrimination systémique. »

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