Une approche globale de la question autochtone s’impose

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Il est très clair qu’en matière d’égalité des chances les Inuits ne sont pas au même niveau.
Photo: Lisa-Marie Gervais Le Devoir Il est très clair qu’en matière d’égalité des chances les Inuits ne sont pas au même niveau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rendez-vous de l'éducation de la CSQ

Le débat entourant l’égalité des chances dans le monde de l’éducation a cours depuis de nombreuses années. Mais la perspective autochtone a-t-elle vraiment été fouillée, débattue ou encore analysée comme il se doit ? Regards croisés sur cet enjeu de taille.

Les défis auxquels font face les communautés autochtones en éducation sont grands, comme en témoigne l’écart immense qui sépare les taux de scolarisation des jeunes autochtones de ceux du reste de la population. Comment expliquer cette situation ? Trois experts, soit François Beauchemin, Nicole de Sève et Marie-Josée Dion, tenteront à leur manière, et au titre de leurs parcours respectifs, de répondre à cette question, entre autres, dans le cadre de l’atelier intitulé « L’égalité des chances en éducation. Une perspective autochtone ».

La documentation afférente à cet atelier rappelle, avec raison, que « ce phénomène complexe doit être abordé dans sa globalité. Pensons aux nombreux problèmes socioéconomiques auxquels sont confrontées les communautés, et dont les impacts sont importants, notamment sur la santé. Pensons également à la question centrale du logement — considérée par plusieurs comme étant un facteur majeur nuisant à la persévérance scolaire —, aux problèmes de sous-financement des services éducatifs, ainsi qu’à l’importante barrière culturelle, qui touchent les jeunes du secondaire ainsi que celles et ceux qui souhaitent poursuivre leurs études au collégial ».

Ainsi, lit-on plus loin, malgré les nombreux défis, de plus en plus d’initiatives porteuses d’espoir ont cours dans les écoles autochtones et les cégeps accueillant ces jeunes. Avec les moyens nécessaires et une approche juste et équitable, des réalisations remarquables deviennent possibles. Tous les autochtones, qu’ils soient enfants, jeunes ou adultes, ont droit à une éducation de qualité, qui leur correspond, et qui leur offrira la chance de tracer leur chemin, d’écrire leur avenir. « C’est là un idéal qu’il faut poursuivre. »

Parole aux acteurs intéressés

 

François Beauchemin est négociateur au sein de l’Association des employés du Nord québécois (AENQ-CSQ). Son parcours est étoffé. Enseignant auprès des élèves inuits en mathématiques et en sciences à Kangiqsujuaq, au Nunavik, pendant de nombreuses années pour la Commission scolaire Kativik, il siège présentement à la Table de concertation sur la persévérance scolaire du Nunavik. Il a tenu à dire d’entrée de jeu qu’il s’adressera aux participants de cet atelier à titre personnel et témoignera de son « expérience très terrain ». Qu’en est-il justement de cette égalité des chances ? « Il est très clair que les Inuits ne sont pas au même niveau. Un des exemples que je vais donner lors de ma présentation est le suivant : quand on demande à des gens du “Sud” de lever la main pour ceux et celles dont les parents ont fréquenté l’université, il va y avoir une bonne majorité qui va lever la main. Alors que si on faisait le même exercice dans le Grand Nord, personne ne lèverait la main », estime M. Beauchemin. « J’ai des amis dans le Grand Nord, poursuit-il, qui sont nés dans des igloos. Ne serait-ce que sur le plan historique en éducation dans le milieu des Inuits, on n’est vraiment pas rendus à la même place. Par contre, il y a des choses qui s’améliorent petit à petit. » Y a-t-il un manque de volonté politique ? « Écoutez, quand on mentionne le mot “autochtone”, peu importe le palier gouvernemental, on devient un peu frileux », fait-il valoir.

Non, ce n’est pas utopique

Nicole de Sève, qui refuse qu’on lui accole l’étiquette d’experte, est membre de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ). Elle a été responsable du dossier autochtone pendant de nombreuses années. Elle a rédigé des mémoires et autres rapports se rapportant à cette question. « L’éducation est un témoin de cette inégalité des chances [entre Blancs et autochtones dans une large perspective]. Il s’agit de penser au manque de financement chronique en éducation. C’est vrai dans les réserves, c’est caractéristique ! Même si les conseils de bande sont responsables de la gestion des services éducatifs sur leur territoire pour le primaire et le secondaire, le financement en provenance du gouvernement fédéral n’est pas indexé depuis des années. Donc, ils ne sont pas capables de couvrir les coûts des bibliothèques scolaires, les écoles tombent en ruine, etc. » Alors, cette égalité des chances est-elle au fond une utopie ? « Non ! Non ! Moi, je n’abdiquerai jamais ! Il y a tout de même des avancées qui se font à petits pas. » Voilà entre autres ce que dira Mme de Sève lors de cet atelier.

Enfin, Marie-Josée Dion y sera également présente. Elle est animatrice de la vie spirituelle et de l’engagement communautaire au sein de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ). Elle est par ailleurs très impliquée dans InnuRassemble, un projet créateur et novateur mis sur pied en 2009 qui rassemble les jeunes du secondaire des écoles publiques de Baie-Comeau et de Pessamit, un village innu situé à quelque 60 kilomètres de là. Cette initiative singulière dont elle parlera en long et en large pendant son allocution, qui a mobilisé de nombreux professeurs et plus de 2000 élèves depuis sa création, saura assurément intéresser bien des gens. « Le but est de créer des ponts entre les jeunes autochtones et les jeunes Blancs, et ce, par l’entremise de l’art, de la culture. Il a d’ailleurs été inscrit dans le programme pédagogique de l’école québécoise. C’est une expérience très enrichissante pour tous », lance-t-elle.

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