L’éducation est une mission essentielle de l’État

Pierre Vallée Collaboration spéciale
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Ce texte fait partie du cahier spécial Rendez-vous de l'éducation de la CSQ

Le quatrième Rendez-vous de l’éducation organisé par la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) se tiendra à Montréal en soirée le mardi 15 mars et toute la journée le mercredi 16 mars. Un événement qui revêt une certaine importance pour cette centrale syndicale.

« L’éducation a toujours été un volet important de notre mission, souligne Louise Chabot, présidente de la CSQ. D’abord, de nos quelque 200 000 membres syndiqués, 130 000 proviennent du secteur de l’éducation. C’est ce qui explique que, depuis des lunes, la CSQ défend l’éducation et milite pour qu’elle devienne la priorité du gouvernement du Québec. »

Le premier Rendez-vous CSQ de l’éducation remonte à 2006. Six ans, donc, après le Sommet du Québec et de la jeunesse tenu par le gouvernement Bouchard en 2000, où l’éducation avait été un sujet de premier plan. « En 2006, on s’est dit qu’il serait sans doute commode d’organiser un événement portant sur l’éducation, d’une part, pour permettre aux participants de faire le point sur le sujet, et d’autre part, pour sonner l’alarme si à nos yeux, comme c’est le cas présentement, l’éducation est mise à mal. » L’événement a lieu tous les trois ans.

Égalité des chances

 

Le thème retenu pour l’édition 2016 est celui de l’égalité des chances et de la justice sociale. « Où en sommes-nous au Québec en 2016 à cet égard ? A-t-on oublié que l’éducation est une mission essentielle de l’État et qu’à ce titre les principes et les valeurs du système d’éducation doivent reposer sur l’égalité des chances ? Cette valeur était au coeur de la commission Parent qui, au début des années 1960, a réformé le système d’éducation au Québec dans le but de s’assurer que tous les élèves, peu importe leurs classes sociales, pourraient réussir leur parcours scolaire. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? »

La question sera abordée de front lors de la conférence d’ouverture. Nico Hirtt, chercheur et syndicaliste belge, traitera du rôle et de l’évolution de l’éducation dans la reproduction sociale et Anthony Harmon, syndicaliste américain, membre de l’United Federation of Teachers (UFT), brossera un portrait du système d’éducation en vigueur aux États-Unis. D’autres conférenciers aborderont le thème de l’égalité des chances sous d’autres angles : la concurrence dans le domaine scolaire, l’école dans les milieux défavorisés, l’éducation en milieu autochtone, l’éducation des enfants immigrés, les enjeux de l’enseignement supérieur et même la composition des classes, en particulier l’intégration dans les classes ordinaires des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage. L’événement ne s’adresse pas uniquement aux membres de la CSQ, tous ceux intéressés par l’éducation sont les bienvenus.

La situation au Québec

 

Et qu’en est-il de l’égalité des chances en 2016 au Québec ? Louise Chabot admet qu’elle est inquiète. « L’égalité des chances est présentement fragilisée au Québec, ce qui compromet la persévérance et la réussite scolaires. Il est temps de sonner l’alarme. »

Et pour étayer ses craintes, elle ne manque pas d’arguments. « Ça fait cinq ans que les politiques budgétaires des gouvernements québécois imposent des restrictions financières au réseau de l’éducation. Au point qu’aujourd’hui les enseignants et les professionnels de l’éducation se voient privés des meilleurs moyens pour venir en aide aux élèves et pour les soutenir. Il est faux de prétendre que ces compressions budgétaires n’ont pas affecté les services aux élèves. Sans compter que ces restrictions budgétaires se sont accompagnées de nouveaux frais que doivent maintenant couvrir les parents. Tout cela va à l’encontre de la mission première de l’école publique, qui est d’assurer à tous les élèves l’égalité des chances. »

Elle note aussi la présence toujours grandissante de la concurrence en éducation au Québec. « Il y a bien sûr la concurrence entre l’école privée et l’école publique. Mais il y a aussi une concurrence qui s’installe aujourd’hui dans le réseau public. Je n’ai rien en soi contre les parcours personnalisés et les écoles spécialisées, mais il y a un risque. Comme ces parcours et ces écoles fonctionnent sur le mode de la sélection, on risque de priver les classes ordinaires de leurs meilleurs éléments. Il ne faudrait pas que l’école ordinaire devienne un endroit uniquement fréquenté par les élèves provenant de milieux socio-économiques défavorisés ou en difficulté d’apprentissage. »

La réforme des commissions scolaires proposée par le présent gouvernement lui apparaît aussi problématique. « Oui, c’est beau de dire que l’on veut donner plus de pouvoirs à l’école, mais est-ce que l’on va lui donner les moyens financiers pour exercer ces nouveaux pouvoirs ? La commission scolaire est un palier intermédiaire entre le ministère et l’école, et l’une de ses missions est la répartition des ressources complémentaires dans une région donnée. Sur les 3000 écoles au Québec, le tiers compte 100 élèves ou moins. Sans le rôle assumé par les commissions scolaires dans la répartition des ressources complémentaires, que va-t-il se passer ? Est-ce que ce sont les écoles plus populeuses qui vont tirer la couverture de leur bord ? Va-t-on se retrouver dans une situation du “au plus fort la poche” ? »

Elle s’inquiète aussi des compressions dans le réseau des garderies. « Il ne faut pas que cela affecte les services éducatifs à la petite enfance. C’est souvent à cet âge que l’on décèle les difficultés d’apprentissage. Oui, ça coûte de l’argent, mais il est moins cher d’agir en amont que de corriger en aval. »

Pourtant, tout n’est pas noir. « Le système scolaire au Québec demeure encore performant, comme en témoignent les résultats des élèves québécois aux tests internationaux. Mais, pour que cela continue, il faut demeurer vigilants. »

 

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