Les négociations s'annoncent houleuses dans les collèges

Gaëtan Boucher, président de la Fédération des cégeps, a donné le ton aux négociations qui s’amorcent en réclamant des conventions collectives plus souples.
Photo: Jacques Nadeau Gaëtan Boucher, président de la Fédération des cégeps, a donné le ton aux négociations qui s’amorcent en réclamant des conventions collectives plus souples.

Tout indique que la précarité d'emploi, le niveau de ressources enseignantes et la réorganisation du travail donneront lieu à un affront entre les patrons et les syndiqués des collèges. Le coup d'envoi de la négociation de la prochaine convention collective, donné hier par la Fédération des cégeps, a immédiatement provoqué le courroux des trois syndicats concernés, qui jugent inacceptables les offres de la partie patronale.

La prochaine année collégiale s'annonce houleuse: en plus d'un forum sur les collèges, promis par le ministre de l'Éducation pour le printemps prochain, les 21 000 enseignants des cégeps amorcent avec la partie patronale une nouvelle série de négociations, qui a démarré hier sur le ton de la confrontation.

«Le contenu de ce dépôt est dramatique et inquiétant», réagissait hier Alain Dion, président de la FAC. Du «bricolage», poursuit le président de la FNEEQ, Pierre Patry. «Nous sommes choqués par le contenu de ce dépôt, qui annonce une période de négos assez difficile», ajoute Réginald Sorel, président de la FEC.

Le mouvement syndical collégial, qui compte trois groupes, recevait hier matin le contenu normatif des offres patronales, qui fait suite aux propres demandes des syndicats. À côté de la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui compte quelque 14 000 membres, la Fédération autonome du collégial (FAC), avec 4000 membres, et enfin la Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ), qui représente 1400 enseignants.

La Fédération des cégeps a rencontré la presse hier matin pour expliquer le contenu de ses orientations: la souplesse et l'adaptation devront être au rendez-vous, a expliqué le président de la fédération, Gaëtan Boucher, insistant sur la «toile de fond» qui colore ces négociations. L'imputabilité des coordonnateurs de département devra être rehaussée, une nouvelle organisation de l'enseignement est à penser — «des solutions ad hoc pour des problèmes ad hoc», a martelé M. Boucher —, plus de souplesse est à souhaiter dans le secteur de la formation continue de même qu'une utilisation optimale des ressources enseignantes.

Les cégeps voudraient pouvoir mettre en place «des modèles d'organisation de l'enseignement en vue d'apporter des réponses ad hoc à des besoins ciblés»; par exemple, avoir des autorisations provisoires de mettre en place des programmes non liés à des conventions collectives. «À problème ponctuel, ne pouvons-nous pas trouver des solutions ponctuelles?», ajoute Gaëtan Boucher, qui déplore que les conventions collectives ne comportent pas la «souplesse» nécessaire pour ce genre de besoins.

Les directions de collège voudraient aussi pouvoir embaucher en formation continue sur la base de contrat temporaire, et rapidement; l'acquisition de la permanence serait tributaire de la viabilité du programme. «On veut pouvoir embaucher un enseignant, par exemple en chimie analytique, pour combler un besoin précis, mais une fois que c'est fini, c'est fini, et on passe à autre chose», explique Gaëtan Boucher.

Les syndicats jugent que le terrain est glissant. «Est-ce que nos jeunes diplômés vont aller en région pour se faire dire quand c'est fini, c'est fini?», demande Réginald Sorel, de la FEC, un syndicat qui a plutôt demandé comme les deux autres de faciliter l'accès à la permanence. «C'est loin d'être certain.»

«40 % de nos enseignants sont à statut précaire, et on nous dit qu'on veut ajouter à cette précarité?», dénonce Pierre Patry, de la FNEEQ, qui a vu un véritable «flou artistique» dans les orientations dévoilées hier. «C'est un dépôt qui cache les vraies orientations.»

Le président de la Fédération des cégeps a lié ce choix d'orientations «plus vastes» au forum sur les collèges, dont le contenu demeure encore inconnu, mais qui annonce d'ores et déjà «des changements».

Quant au contexte budgétaire difficile, sur lequel ces négociations s'amorcent, le président de la FAC n'en est pas convaincu. «On entend souvent qu'on n'a plus les moyens, mais il faudra en faire la preuve», précise-t-il, ajoutant que tout indique «un conflit assez important, parce que deux visions s'affrontent».
1 commentaire
  • martin bertrand - Inscrit 3 février 2004 16 h 48

    Monsieur Boucher

    M.Gaetan Boucher, Fédération des Cégeps

    M. Boucher, Je viens de consulter le document que vous avez osé appeler « offres patronales » déposé hier dans la plus grande des mascarades médiatiques.

    Le ton méprisant que vous adoptez à l'égard des syndicats autant dans vos propos que dans la façon de vous adresser à eux n'a rien pour faciliter le travail auquel vous vous attelez.

    Sachez que rien dans ce document ne peut être qualifié d'offres concrètes. Il m'apparaît tout au plus qu'il ne s'agit que d'un dépôt d'annonces de coupure qui sert de ballon d'essai auprès de l'opinion publique. Peut-être est-ce tout ce que vous aviez sous la main au moment de comparaître devant le tribunal du travail pour répondre de votre lenteur devant la loi 37.

    Cette loi qui balise le processus de négociations des conventions collectives et que vous bafouez allègrement et sans scrupules autant dans le dossier de la relativité salariale que dans le présent renouvellement de convention collective.

    Précarité
    Je participe pleinement à l'avancement de la qualité de l'enseignement et à l'épanouissement de mon Cégep depuis 3 ans et ce sans même savoir si je serai là à la prochaine session pour poursuivre le travail. Je dois composer avec des collègues qui hésitent à fonder une famille ou un foyer à cause de cette même précarité. Même un emploi de commis de magasin ou d'exterminateur permet plus de perspectives d'avenir que celui d'enseignant de cégep. La facilitation de l'accès à la permanence est donc primordiale pour moi et mes collègues.

    Reconnaissance du temps de travail
    Dans le dossier de la reconnaissance du temps de travail des professeurs, vous affirmez avoir la volonté de négocier. Nous sommes entrés dans la danse avec enthousiasme mais la déception était au rendez-vous. Vous avez perverti le processus en exigeant des modifications à notre contrat de travail en dehors des balises de la loi. Je sors donc de table, dégoûté, et je vous demande un peu de respect pour la profession. Tout ce qu'on peut ressortir des séances de travail est l'obstination de vos représentants à faire entrer tout le monde dans le même moule ; celui de l'échelle salariale unique, de la reddition de compte et de la réduction de l'autonomie des professeurs. Pour la « souplesse » soyez conséquent.

    Sachez en terminant que je suis ouvert à des changements mais que cela doit se faire dans un processus où les deux parties devront faire des compromis.

    Martin Bertrand, professeur de biologie, Cégep de Jonquière