L’UQAM «en péril» si l’ESG se sépare, selon des doyens

La désaffiliation de l’École des sciences de la gestion causerait pour l’UQAM la perte de 14 000 de ses 42 000 étudiants.
Photo: Alexis Boulianne Le Devoir La désaffiliation de l’École des sciences de la gestion causerait pour l’UQAM la perte de 14 000 de ses 42 000 étudiants.

Aux prises avec des compressions budgétaires sans précédent, le désir d’indépendance de son École de gestion et des conflits de travail qui s’enveniment, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) est aujourd’hui « en péril », mettent en garde plusieurs doyens. Dans des communications obtenues par Le Devoir, ils implorent la présidente du conseil d’administration, Lise Bissonnette, d’agir.

À la tête des Facultés de communication et de sciences humaines de l’UQAM, Pierre Mongeau et Josée Lafond se sont adressés au cours des derniers jours à leurs employés. Ils jugent « nécessaire de rompre le silence » quant aux événements des dernières semaines.

Devant la nouvelle crise que constitue la volonté de l’École des sciences de la gestion d’obtenir une plus grande autonomie, les doyens des différentes facultés ont fait parvenir un message à la présidente du conseil d’administration de l’UQAM, Lise Bissonnette. Dans leur missive, les doyens se disent « favorables à une certaine forme de décentralisation financière pour l’ESG, mais contre une décentralisation totale des revenus ».

« Nous pensons que la perspective d’une séparation de l’ESG constitue un péril sérieux », ajoutent les auteurs, doyens de chacune des facultés de l’établissement, à l’exception de l’ESG.

La rupture du lien avec l’ESG représenterait un véritable tremblement de terre pour l’UQAM, déjà aux prises avec des baisses d’inscriptions de 10,8 % au baccalauréat. L’université perdrait 14 000 de ses 42 000 étudiants.

Situation intenable

Cette nouvelle péripétie n’est que la dernière d’un long chemin pavé d’embûches pour l’UQAM, rappellent M. Mongeau et Mme Lafond dans leurs notes de service envoyées au personnel des Facultés de communication et des sciences sociales. « Le climat de paix sociale à l’Université s’est dégradé. Les compressions budgétaires à répétition avec lesquelles nous sommes appelés à jongler, le cumul de négociations difficiles. »

La situation est aujourd’hui « intenable », selon les doyens. Ils jugent « absolument fondamental » que l’université revoie les cibles de compressions budgétaires des facultés et école « afin de cesser de mettre en péril notre mission universitaire ».

Considérant que l’établissement a atteint un « point névralgique », ils enjoignent aux différents intervenants de se retrousser les manches pour « reconstruire la cohésion sociale » de l’UQAM.

Le conseil d’administration de l’UQAM se rencontrait mardi soir. La question de l’indépendance de l’ESG ne figurait toutefois pas à l’ordre du jour de la réunion, selon le doyen de celle-ci, Stéphane Pallage. Le recteur doit toutefois prendre la parole pour aborder la question de façon informelle.

Tout en rappelant qu’il souhaite en premier lieu obtenir une autonomie au sein même de l’UQAM plutôt que de chercher à obtenir l’autonomie complète de son École, il juge exagérés les propos de ces collègues en ce qui a trait au « péril » potentiel d’une telle séparation. « L’UQAM est une grande université. Elle a une très forte résilience. Elle va se réinventer si nous devons partir de l’UQAM. L’UQAM est capable de vivre sans l’ESG. »

Mercredi matin, les directeurs et vices-doyens de l’ESG doivent se rencontrer pour « prendre acte » des propos tenus au conseil d’administration. Ils décideront ensuite s’ils lancent le processus de consultation de la communauté de la faculté sur la création d’une école indépendante de l’UQAM. « Notre plan A, c’est d’obtenir l’autonomie que l’on demande depuis deux ans. L’indépendance complète, c’est le plan B », affirme M. Pallage.

7 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 23 février 2016 17 h 02

    La réputation

    Avec la turbulence des dernières années, ce qui arrive maintenant, devait arriver. La réputation de toute jeune université demeure toujours fragile et la réputation est un élément déterminant dans le choix de la maison d'enseignement pour un étudiant. Il est à espérer que l'UQAM retrouve le plus tôt possible une bonne réputation. Mais il y a une bonne pente à remonter.

    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 février 2016 09 h 15

      En effet. Une université qui fait venir la police dans ses murs n'est pas vraiment digne de confiance.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 24 février 2016 16 h 11

      «En effet. Une université qui fait venir la police dans ses murs n'est pas vraiment digne de confiance.»

      En effet, vaut mieux la laisser se faire démolire...

  • Jean-Pierre Brouillette - Inscrit 24 février 2016 07 h 26

    Surprise


    Sommes-nous réellement surpris que le fleuron de l’UQAM désire voler de ses propres ailes? Les revendications ad nauseam des étudiants et du personnel ont égrené de la piètre réputation de l’UQAM en matière de régularité et de qualité. Les revendications répétitives de groupe d’étudiant à l’insu d’autres étudiants voulant poursuivre leurs études ont gravement miné la confiance de tout étudiant à venir envers cette université. C’était écrit dans le ciel, les admissions baissent et la confiance envers cette université glisse dans l’abîme. Sommes-nous alors réellement surpris? L’ESG n’est pas à blâmer de vouloir quitter le bateau à la dérive alors qu’elle maintient le cap depuis toujours. S’éloigner d’une masse d’étudiants en perpétuelles revendications est en soi se protéger et offrir un curriculum ininterrompu.

    • Pierre-Alexandre Caron - Inscrit 24 février 2016 11 h 22

      Bien sûr, l'ESG «maintient le cap» alors que la contestation étudiante des autres facultés est nuisible.

      Une chance que ces jeunes étudiants veulent renverser l'ordre établi au lieu de courber l'échine face aux 1% (que veulent rejoindre la majorité des étudiants de l'ESG). Ma foi en l'avenir serait bien morose.

      En tant qu'économiste, j'espère que si l'ESG se sépare, l'UQAM saura se doter d'un programme d'économie qui ne se branle pas devant les théories néoclassiques et néokeynésiennes enseignées sans remise en question dans tous les département de la province.

  • Denis Paquette - Abonné 24 février 2016 09 h 25

    L'homme est un animal politique

    Vont-ils arriver a avoir leur universitée spécifiques, pauvre petits étudiants que le monde attends, il fut un temps ou c'était les cours classiques maintenant ce sont les écoles de gestions, pauvre pape Francois qui doit se débattre avec des concepts d'une autre époque, peut etre devrait-il acheter Google,il serait-il peut etre alors, a même de savoir ce qui se passe dans chacuns de nos esprits, aller au ciel sans mourir, n'est-ce pas la nouvelle devise, ca vaut bien celle des anciens grecs, la liberté ou la mort