Québec relâche ses efforts

Entre 2009-2010 et 2011-2012, cinq provinces avaient des taux de décrochage supérieurs à la moyenne nationale de 8,1 %.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Entre 2009-2010 et 2011-2012, cinq provinces avaient des taux de décrochage supérieurs à la moyenne nationale de 8,1 %.

Bien que l’atteinte d’un taux de diplomation de 80 % d’ici 2020 demeure une « priorité » pour le gouvernement Couillard, les ressources accordées à cette lutte ne cessent de s’amoindrir depuis le retour au pouvoir des libéraux. Au point où la région montréalaise devrait voir les initiatives liées à la persévérance scolaire réduites de moitié ou plus cette année, a appris Le Devoir.

La musique haletante, la voix grave du narrateur, les effets de lumière. Cette année, pour convaincre les jeunes de ne pas décrocher, les Journées de la persévérance scolaire se sont payé une publicité aux allures de bande-annonce de film. Deux têtes d’affiche manquent toutefois au générique : celles de Philippe Couillard et de son ministre de l’Éducation.

Autrefois partenaire majeur des Journées de la persévérance scolaire (JPS), Québec s’est complètement désengagé de l’événement, cette année. Une première, et le plus récent exemple de l’impact qu’a eu le retrait du gouvernement Couillard du programme Réunir Réussir (R2), qu’il cofinançait avec la Fondation Lucie et André Chagnon.

En septembre, l’ex-ministre de l’Éducation, François Blais, signait l’arrêt de mort de l’initiative R2, dans laquelle Québec et la Fondation Chagnon investissaient chacun 25 millions de dollars, sur cinq ans.

À cela s’ajoute la disparition de centaines de milliers de dollars injectés depuis des années pour cette cause, dans chaque région du Québec, par les Conférences régionales des élus (CRE) et les Forums jeunesse, deux types d’organismes auxquels le gouvernement Couillard a coupé les vivres, en 2014 et en 2015.

Dans la métropole, le Réseau réussite Montréal espère être en mesure d’offrir une programmation réduite « à un peu moins de la moitié » de celle de l’an dernier, si l’organisme parvient à obtenir tous les fonds espérés, selon la directrice générale Andrée Mayer-Périard. « L’an passé, j’ai soutenu pour 2,4 millions de projets locaux dans les quartiers de Montréal. Cette année, j’espère arriver à 1 million, 1,05 million, mais on est encore en discussions. On essaie de rattacher des fils pour préserver une partie des actions qui ont eu lieu par le passé. »

 

Difficultés en région

Dans bien des régions, les organismes voués à la réussite scolaire n’ont pu compenser la disparition de ces nombreuses sources de financement. « Ça a été des coupes drastiques, souligne Johanne McMillan, de la Table Éducation Outaouais. Trente-deux projets qui comptaient sur un financement stable sont aujourd’hui forcés de courir dans toutes les directions pour trouver des fonds. Bon nombre d’entre eux ont dû être abandonnés. C’est clair qu’on en souffre, c’est clair que l’objectif 2020 en souffre. Force est de constater que les priorités politiques ont changé. »

Quant à la bande-annonce de la campagne nationale des JPS, ne la cherchez pas à la télévision. Elle ne sera pas diffusée. Citant des raisons « stratégiques », les Journées ont choisi de donner priorité « au bouche-à-oreille et aux médias sociaux » cette année, contrairement aux précédentes. « C’est sûr que dans les faits, cette année, on n’arrive pas à soutenir les actions sur le terrain comme on le souhaiterait. Mais on essaie de travailler pour la suite », assure la directrice de la campagne nationale JPS 2016, Audrey McKinnon. Celle-ci a refusé de préciser l’ampleur de la réduction de son budget d’exploitation, depuis l’an dernier.

La philanthropie prend le relais

Devant le vide laissé par la disparition des 10 millions versés annuellement par R2, la Fondation Chagnon a accepté de créer un fonds transitoire de 3 millions, cette année. « Clairement, les changements sont multiples sur le plan de la persévérance, observe Jean-Marc Chouinard, vice-président de la Fondation. On veut continuer notre rôle, mais ce n’est pas qu’une contribution philanthropique qui va nous permettre d’arriver à atteindre nos objectifs. Personne ne souhaite que la Fondation se substitue au financement récurrent de l’État. » Celui-ci presse le gouvernement d’agir, rapidement, pour poursuivre l’atteinte de l’objectif d’un taux de diplomation ou de qualification de 80 % en 2020.

Sans surprise, le cabinet du ministre de l’Éducation Pierre Moreau voit les choses d’un autre oeil. Le gouvernement a décidé d’investir 28 millions spécifiquement dans la lutte contre le décrochage cette année, a soutenu sa porte-parole, Catherine Poulin. Où ira cette somme ? Il faudra attendre à plus tard pour la savoir. Elles s’ajouteraient à d’autres investissements, notamment pour pallier les difficultés d’apprentissage, selon Mme Poulin.

Mme Mayer-Périard garde bon espoir. Des pourparlers sont en cours avec Québec pour faire la « transition », dit-elle. « C’est sûr que cette année, dans les faits, on n’arrive pas à soutenir les actions comme on le souhaitait. […] C’est sûr qu’on travaille pour trouver une façon de continuer [le travail] avec le gouvernement pour la persévérance scolaire. Je sens une grande ouverture. »

Chaque année, le Québec en entier se mobilise pour la réussite éducative dans le cadre des JPS, célébrées durant la 3e semaine du mois de février. En 2016, elles auront lieu du 15 au 19 février. Elles surviennent alors que le Québec est toujours bon dernier à l’échelle canadienne en ce qui a trait à la persévérance scolaire.

Entre 2009-2010 et 2011-2012, cinq provinces avaient des taux de décrochage supérieurs à la moyenne nationale de 8,1 % : le Québec était en tête de peloton avec 10,6 % de décrocheurs, suivi du Manitoba (10,4 %), de l’Alberta (10,0 %), de la Saskatchewan (9,2 %) et de Terre-Neuve-et-Labrador (8,7 %). L’Ontario affiche un taux de décrochage de 6,6 %.

On veut continuer notre rôle, mais ce n’est pas qu’une contribution philanthropique qui va nous permettre d’arriver à atteindre nos objectifs

15 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 février 2016 00 h 20

    Des opportunistes de la pire espèce

    Quel gouvernement trouillard et opportuniste qui s'imagine pouvoir administrer le Québec sans y investir les argents nécessaires, les argents étant reservés aux petits amis, en fait les ennemis du Québec ne sont pas extérieure mais tout a fait a l'interne avec ce gouvernement d'opportunistes

  • Patrick Daganaud - Abonné 11 février 2016 04 h 02

    Votez libéral!

    Votez libéral!

    Bien oui, pourquoi pas ?

    Pourquoi pas l'ignorance?

    Pourquoi pas la déscolarisation?

    Pourquoi pas l'analphabétisme fonctionnel enrobé dans la « faible littératie »?

    Pourquoi pas des diplômes et des qualifications à rabais?

    Pourquoi pas le recul du français?

    Pourquoi pas des élèves vulnérables sans services dans nos écoles comme dans nos services sociaux?

    Pourquoi pas des champignons dans des écoles dont les toits coulent et les murs s'écroulent?

    Pourquoi pas la prostitution juvénile?

    Pourquoi pas la philanthropie post-évitement fiscal pour se et lui donner bonne conscience?

    Pourquoi pas la pédiatrie de guerre dans une société en ruine?

    Il faut ce qu'il faut : « Qui paye mes dettes m'enrichit. »

    Le monde a voté pour ça et revoterait demain pour ça.

    Ça, c'est libéral. Libéral, c'est devenu ça.

    Quelle honte! Quelle déchéance!

  • Robert Lauzon - Abonné 11 février 2016 05 h 01

    L'avenir du Québec passe nécessairement par l'éducation

    Plusieurs d'entre nous sont convaincus que l'avenir du Québec passe nécessairement par l'éducation. Les PLQuistes s'acharnent à en réduire le financement dans une obsession d'austérité destructrice.

    Ces coupures sont preuves d'incuries, elles ont pour cause l'incapacité qu'ont les PLQuistes à gérer, à rendre les programmes efficaces. Comme ils sont incapables de contrôler la gestion des fonds que font les ministères et organismes publics, ils leur coupent les vivres en espérant que ce manque de vivres les obligera à mieux gérer.

    Cette philosophie de gestion est destructrice, elle frappe davantage tous ceux qui gèrent déjà efficacement les budgets qui leur sont alloués, là où le gras avait tout été réduit et où toute marge de manœuvre avait été entièrement grugée.

    L'éducation est un bel exemple de cette ineptie gouvernementale. À preuve, nous en sommes à un troisième ministre en deux ans. Les politiques d'austérité des PLQuistes s'acharnent sur ce ministère au détriment de la réussite scolaire, les programmes sont très gravement amputés quand ils ne sont pas carrément abandonnés, le personnel de soutien aux étudiants carrément sacrifiés. Pour les directions d'école et le corps enseignant, la réussite scolaire ne peut plus qu'être une espérance plutôt qu'un objectif à atteindre. L'éducation s'étiole grâce à la gestion PLQuiste. L'avoir du Québec s'obscurcit de plus en plus. Qui, au Québec, s'opposera à la machine de destruction massive qu'est le gouvernement Couillard?

    Un front commun des oppositions est essentiel à notre survie.

    • Robert Lauzon - Abonné 11 février 2016 13 h 02

      La phrase débutant par: L'avoir du Québec s'obscurcit ...
      aurait dû être: L'avenir du Québec s'obscurcit ...

      Merci et désolé de cette erreur de frappe
      R.L.

  • Jean-François Laferté - Abonné 11 février 2016 05 h 48

    Persévérance à sens unique!

    Et dire que m.Couillard et ses "ménissssses" dit de faire de l'éducation une priorité: il ne pratique même pas sa propre doctrine soit la persévérance dans la lutte à l'ignorance!
    Jean-François Laferté
    retraité de l'éducation
    Terrebonne

  • Yves Côté - Abonné 11 février 2016 06 h 37

    Je note...

    Je note ce matin deux erreurs majeurs dans le titre de cet article de mon journal.
    La première : ce n'est pas Québec ni le Québec qui fait cette action (et encore moins les Québécois d'ailleurs), c'est le gouvernement Couillard. Un gouvernement élu par moins du tiers des électeurs en âge et en droit de voter. Ce qui n'est tout de même pas la même chose...
    La deuxième : le dit-gouvernement en question ne relâche rien, puisqu'en réalité, il intensifie ses attaques contre la volonté manifeste et historique des Québécois à instruire de mieux en mieux tous leurs enfants...
    Sacrées différences entre le premier titre du Devoir d'aujourd'hui et la réalité des choses, il me semble.
    Ce que je souligne par ironie de la situation ubuesque dans laquelle nous nous trouvons et sans aucune malice pour ce dernier, vous l'aurez sans doute tous compris.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 11 février 2016 09 h 26

      Hier, à la période de questions, on a constaté que le gouvernement c'est MOI comme l'a dit Couillard tout comme disait Louis XIV, l'état c'est moi.
      Il ne souffre pas de sentiment d'infériorité et l'éducation n'est pas sa vraie priorité mais augmenter sa popularité avant tout. Le Québec que nous avons bâti grâce à des efforts est en train de perdre du terrain au nom du déficit zero qui n'existe pas car on continue à emprunter et à payer des intérêts.

    • Yves Côté - Abonné 11 février 2016 09 h 29

      Pas "majeurs" mais "majeures".
      Honte à moi ...