Des syndiqués toujours mobilisés

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Alors qu’un peu partout on voit une vive opposition s’élever dans les rangs des syndicats contre l’entente de principe intervenue entre le Front commun et le gouvernement, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) en est encore à négocier. On a appris fin janvier que le syndicat avait refusé les offres salariales, alors que les négociations sectorielles se poursuivaient à raison d’une rencontre par semaine.

On l’entend dans sa voix en entrevue, Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la FAE, ne baissera pas les bras : « Nos négos se poursuivent et nous confondrons les sceptiques parce que nous avons de véritables séances de négociations », lance-t-elle. En fait, l’objectif demeure le même : parvenir à une entente négociée et satisfaisante afin d’améliorer le quotidien des enseignants que la Fédération représente et assurer aux élèves l’accès à des ressources et à des services adéquats. La FAE n’a peut-être pas tort de continuer à se battre puisqu’on annonçait mardi dernier une rencontre où serait présentée une proposition globale de la part du gouvernement.

Celle qui n’est à la table de négociations que depuis décembre dernier trace un bilan de ce qui s’est déroulé auparavant. En fait, les travaux avaient été suspendus fin octobre « parce que le gouvernement ne voulait pas s’engager à réinvestir et nous disait que la négo devait se faire à coût nul ». À la FAE, cette phrase ne passe pas. Le syndicat a tout simplement refusé de s’inscrire dans une négociation comme celle-là. Ce n’est qu’après beaucoup de travail politique, de contacts avec les différents responsables du ministère, avec les ministres — rappelons que nous en sommes au troisième ministre de l’Éducation depuis le début des négociations — et avec la Fédération des commissions scolaires que, finalement, le sous-ministre Normand Légaré, dans les derniers jours de novembre, a contacté le président de la FAE, Sylvain Malette, pour lui dire qu’« il y aurait des marges de manoeuvre si on voulait revenir négocier, on pourrait tenter d’en arriver à une entente pour les deux parties ». Les négociations reprennent donc sur cette base et les premières séances ont lieu en décembre 2015 au rythme d’une rencontre par semaine, cadence que le syndicat voudrait bien voir s’accélérer, « mais pas pour obtenir n’importe quoi, n’importe comment même si on sait qu’il y a des compromis à faire ».

La FAE ne veut surtout pas se faire imposer les résultats d’une négociation que d’autres ont jugés satisfaisants : « On n’a pas le même cahier de demandes que les autres. » Rappelons que la FAE est née, il y a bientôt dix ans, d’une dissociation ; « On a eu une négo en 2010 où on a eu des enjeux différents. Présentement, il y a deux conventions collectives différentes. »

Les enjeux

Au-delà des négociations, c’est toute la question des compressions budgétaires qui embête la FAE. Depuis longtemps, le syndicat fait la promotion d’un projet qui a pour lui une importance capitale : c’est le dossier de l’implantation des maternelles quatre ans dans les milieux défavorisés. « On le voit comme un moyen d’intervenir de façon précoce étant donné qu’il est documenté que les enfants de milieux défavorisés ne fréquentent pas, ou très peu les CPE. » C’est alors que Marie Malavoy est ministre de l’Éducation que sont mis en place, sous l’incitation de la FAE, six projets pilotes de maternelles quatre ans. « On a suivi de très près ces projets pilotes, ils ont donné naissance au projet de loi 83 et en juin 2013 sont nées ces maternelles au niveau de la province. » Qu’en est-il aujourd’hui ? Au départ, on parlait d’un déploiement important et rapide et le but était de rejoindre tous les enfants visés dans les cinq prochaines années. « Trois ans plus tard, on est loin du compte, il y a encore des commissions scolaires qui n’ont que deux de ces classes. » Aujourd’hui, on peut encore parler de déploiement même si c’est un peu au compte-gouttes que la situation évolue.

On oublie souvent qu’il existe aussi des classes de maternelle quatre ans à mi-temps. Elles sont également présentes dans les milieux défavorisés. Selon Nathalie Morel, ces classes-là, il faut y voir. « Ça n’a pas de sens d’avoir deux régimes. Ce sont des groupes qui sont remplis avec 18 élèves. » Ce qui représente pour une enseignante avec deux groupes jusqu’à 36 petits dans une journée, et ce, sans aide. Pourquoi maintenir ces classes à mi-temps ? « On a fait la démonstration que c’est de classes à temps plein que nous avons besoin. Ça doit faire partie de la réflexion pour la suite des choses. » Pour la FAE, le réinvestissement auprès des plus petits est une évidence.

Ce qui est en cause aujourd’hui est l’avenir de l’école publique. « La dernière marche en janvier a été organisée à la défense de l’école publique. On est attaché à ce bien commun. Se donner une école publique, c’est offrir à tous un accès au même bagage et au même savoir. Qu’est-ce qu’on est en train d’en faire, de cette école ? »

La FAE se porte à la défense des enfants, mais aussi, bien évidemment, à la défense des conditions d’exercice qui influent sur les conditions d’apprentissage des élèves.

Le combat se poursuit, il est difficile, mais on ne baisse pas les bras. Les enjeux dépassent largement les limites du milieu scolaire, ce sont des enjeux de société, et ce que Nathalie Morel déplore par-dessus tout, c’est qu’: « il y a une déconnexion incroyable entre la vraie vie et, non seulement la théorie des papiers et des chiffres, mais la déshumanisation des décisions. C’est être complètement insensible au drame humain qui se déroule. »