«Les compressions créent une iniquité»

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le personnel du Coin des enfants se mobilise contre les compressions touchant leur CPE.
Photo: Au coin des enfants Le personnel du Coin des enfants se mobilise contre les compressions touchant leur CPE.

Ce texte fait partie du cahier spécial Réseau scolaire

Au CPE du Coin des enfants de l’avenue du Parc dans l’arrondissement d’Outremont à Montréal, la directrice pédagogique n’a pas été remplacée cette année.

« On s’en sort parce que notre équipe est expérimentée et que nous avons très peu de roulement, explique la directrice, Francine Boulva. Mais le pendant de cela, c’est qu’elles sont presque toutes au maximum de l’échelle salariale. »

Si la coupe de 120 millions de dollars n’est pas abolie, ce CPE de 80 places subira une baisse de subvention de 110 000 dollars, qui viendra s’ajouter aux 34 000 dollars de l’an dernier. Une dizaine d’heures a déjà été coupée depuis la rentrée chez les éducatrices, mais d’autres vont inévitablement s’ajouter.

« Notre budget de matériel pédagogique est passé de 10 000 à 2 000 dollars, indique la directrice. Nous consacrons 2,30 dollars par jour et par enfant pour les repas, on ne peut pas aller plus bas. Ma masse salariale représente 81 % de mon budget, c’est forcément là que je vais couper. »

Le poste d’aide-cuisinière ainsi que celui de préposé au lavage des matelas et des jouets seraient alors abolis. La cuisinière verrait son nombre d’heures réduit. Un poste d’éducatrice serait supprimé à la pouponnière et toutes devraient voir leur pause quotidienne passer d’une heure à trente minutes, soit deux heures de moins sur leur salaire hebdomadaire.

« Pour les parents, ça signifie que nous ne pourrons plus accepter les enfants de moins de 12 mois, explique-t-elle. Ça veut dire aussi qu’il nous est plus difficile de faire de la prévention, de détecter les enfants à problèmes spécifiques. Si les éducatrices doivent s’atteler à des tâches comme la vaisselle, c’est du temps qu’elles ne passent pas avec les enfants. Et tout ça, alors que d’un autre côté, avec la modulation des tarifs en fonction de leurs revenus, les parents vont payer plus cher. »

Réuni en séance extraordinaire, le CA du CPE a récemment voté à l’unanimité la possibilité d’interrompre le service durant une journée, si l’AQCPE en venait à mettre en oeuvre ce moyen de pression.

« Il y a une pétition et nous demandons également aux parents d’écrire au ministre, explique Isabelle Robillard Frayne, membre du CA. Nous nous sommes rendu compte que les parents nous suivaient dans notre mobilisation. Les éducatrices également, puisqu’elles ont accepté de donner une journée au CPE en cas de fermeture. Tout ça a fait en sorte que nous avons adopté la résolution. »

Ça et les conséquences des coupes qui se font déjà sentir sur le plan des services. Et encore, le CPE du Coin des enfants de l’avenue du Parc se situe dans un quartier aisé.

« La plupart d’entre nous ont des bonnes jobs et souvent de la flexibilité, indique Mme Robillard Frayne. Ça nous permet de nous investir pour mener des campagnes de financement et d’aller chercher pas mal d’argent. Ainsi, nos enfants continuent à avoir des petits plus comme des spectacles. Ça nous permet de rénover la salle commune. Mais ce ne sont pas tous les CPE qui ont ce type de clientèle. Clairement, les compressions créent une iniquité. »