Un guide pour répondre aux besoins particuliers

Le guide été réalisé grâce aux conclusions d’un vaste sondage mené auprès de 290 étudiants et de 160 professeurs au cours de la dernière année.
Photo: iStock Le guide été réalisé grâce aux conclusions d’un vaste sondage mené auprès de 290 étudiants et de 160 professeurs au cours de la dernière année.

Devant l’explosion du nombre d’étudiants ayant un handicap ou un trouble d’apprentissage, le réseau universitaire québécois se dote d’un premier guide visant à aider les professeurs et les chargés de cours à établir clairement la différence entre un accommodement « raisonnable » et une concession excessive.

Orthopédagogue auprès des étudiants universitaires en situation de handicap pendant près de vingt ans, Ruth Philion a tout vu ou presque en matière d’aide aux jeunes qui décident de poursuivre leurs études postsecondaires malgré des limites physiques, intellectuelles ou d’apprentissage. Des professeurs les plus intransigeants aux plus laxistes, des mesures les plus logiques aux plus déraisonnables. Alors que les demandes d’aide se multiplient — leur nombre est passé de 2350 à 9200 depuis neuf ans —, aucune université québécoise ne dispose de balises claires et uniformes pour encadrer ces besoins bien réels, dont la croissance est essentiellement imputable aux étudiants ayant un trouble d’apprentissage, de déficit de l’attention, de santé mentale et, dans une moindre mesure, un trouble du spectre de l’autisme.

« Certains professeurs vont refuser des mesures d’accommodements auxquelles un étudiant devrait avoir droit en raison de sa condition. D’autres vont être trop [conciliants]. Un étudiant dyslexique pourrait par exemple avoir besoin d’un logiciel de correction orthographique pour un examen en sciences sociales. Mais on peut penser que, pour certains cours, comme un cours de français, cette même mesure ne serait pas appropriée, si le but de l’évaluation est justement d’évaluer l’écriture ou l’orthographe », expose la professeure au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et spécialiste de l’adaptation scolaire, qui a dirigé la rédaction de ce guide.

Besoins émergents

Réalisé en collaboration avec le Réseau des Universités du Québec et destiné aux enseignants de tous les établissements universitaires de la province, il constitue le tout premier guide d’aide aux étudiants en situation de handicap. « Les étudiants sont accompagnés durant leurs études au primaire et au secondaire, mais il n’y avait, jusqu’à aujourd’hui, rien [comme ce guide] au niveau universitaire », soutient Mme Philion. Si les étudiants et professeurs peuvent déjà compter sur des conseillers présents dans la plupart des universités pour déterminer les mesures d’accommodement et d’accompagnement nécessaires, ce document constitue un outil objectif de plus pour y arriver.

Il a notamment été réalisé grâce aux conclusions d’un vaste sondage mené auprès de 290 étudiants et de 160 professeurs au cours de la dernière année. Un exercice essentiel, à son avis. « La consultation leur a permis de préciser, sous forme de commentaires, pour chacun des accommodements, leurs questionnements, leurs préoccupations, les contraintes liées à la formation qu’ils offrent ainsi que de proposer certaines alternatives. C’est à partir de tous ces éléments que nous avons produit le guide. »

Constat : alors qu’ils savent plutôt bien composer avec les besoins des étudiants ayant des handicaps plus « traditionnels », les besoins d’étudiants souffrant de handicaps dits « émergents » leur causent bien des soucis. Ce n’est pas nécessairement par méfiance que nombre d’enseignants sont réfractaires à de tels accommodements, mais davantage par une préoccupation au sujet de la valorisation des études, avance la professeure Philion. « Les profs cherchent à éviter que certains reçoivent des diplômes au rabais. Certaines de ces appréhensions sont justifiées. »

Les aides technologiques — telles que les correcteurs orthographiques — constituent l’une des principales sources d’inquiétude de la profession enseignante au regard des handicaps. Nombre de professeurs peinent aussi à faire la distinction entre l’évaluation de compétences « transversales » — telles que la capacité à s’exprimer sans faire de fautes dans un cours de science politique, par exemple — et celle des compétences dites disciplinaires, soit directement liées aux notions du cours. « Oui, un correcteur, c’est un outil technologique, mais dans ce contexte, cela devient une extension de nous-même. Ce devrait être vu comme on perçoit une paire de lunettes pour quelqu’un qui est myope », pas un passe-droit.

En plus de présenter des exemples d’accommodements souvent offerts aux étudiants lors d’examen, de cours et de travaux, le guide sert de rappel à l’ordre quant aux obligations juridiques des établissements et des professeurs. Car les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés interdisent toute forme de discrimination fondée non seulement sur la race, la religion ou le sexe, par exemple, mais également sur les déficiences mentales ou physiques.

Le Guide de référence sur les mesures d’accommodement pouvant être offertes aux étudiants en situation de handicap en contexte universitaire est disponible à partir de lundi, et sera distribué dans les établissements universitaires par l’entremise du Consortium d’animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur.