La réforme de l’orthographe sème la confusion

Non, quoi qu’en dise votre fil Facebook, l’accent circonflexe ne disparaîtra pas. Et fiston ne sera pas pénalisé pour avoir épelé « oignon » plutôt qu’« ognon » dans sa dictée, ou encore « nénuphar » au lieu de « nénufar », comme le suggère l’orthographe rectifiée.

La réforme de l’orthographe, qui remonte pourtant à 1990, a créé toute une commotion jeudi dans les médias et réseaux sociaux. C’est que les éditeurs de manuels scolaires de France ont décidé de désormais mettre de l’avant l’orthographe rectifiée dans leurs livres destinés aux élèves français, à partir de la prochaine rentrée scolaire. Quelques articles dans les médias ont aussitôt fait fleurir le mot-clic #jesuiscirconflexe, certains déplorant « le sacrifice de la langue française » par le ministère français de l’Éducation nationale.

Outre-Atlantique, la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem a dû rectifier… les informations sur l’orthographe rectifiée. Les nouveaux programmes scolaires, qui seront appliqués à la rentrée 2016, « font référence à la règle en vigueur, tout comme les programmes précédents de 2008 », souligne le ministère.

Jusqu’à maintenant, chaque éditeur était maître — ou maitre — de son choix et appliquait l’une ou l’autre des orthographes. Désormais, ils utiliseront tous l’orthographe rectifiée, du moins au primaire.

Selon la p.-d.g. de l’éditeur de manuels scolaires Belin, Sylvie Marcé, « ce qui est nouveau, c’est une référence plus explicite » à cette orthographe réformée dans les nouveaux programmes officiels.

Chez Hatier, les manuels du primaire appliquaient déjà la nouvelle orthographe. Ce n’est pas d’actualité pour ceux du secondaire, également parce qu’ils comportent des textes classiques qu’il ne s’agissait pas de transformer, a expliqué une porte-parole.

Qu’en est-il du Canada et du Québec ? Tant au fédéral qu’au provincial, c’est l’orthographe traditionnelle qui prévaut encore dans les communications internes et avec la population, explique-t-on. « Tous les documents, tous les programmes d’études, les rapports sont écrits avec l’ancienne orthographe », souligne Bryan St-Louis, du ministère de l’Éducation du Québec.

« Les étudiants peuvent choisir l’orthographe de leur choix, mais de facto on utilise l’ancienne orthographe », dit-il. Certains éditeurs font maintenant le choix d’inclure des remarques par rapport à l’utilisation des deux orthographes. Québec n’a toutefois pas l’intention d’intervenir afin d’imposer l’une ou l’autre des graphies. En matière de formation des futurs enseignants, aussi, l’heure est à la cohabitation.

Tolérance

Marie Nadeau, professeure au Département de didactique des langues de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), souligne que les deux façons de faire sont tolérées. « Ce que les gens ne savent pas, c’est que le ministère accepte l’orthographe réformée » depuis 2004, dit-elle. « Mais on ne donne pas l’ordre d’enseigner systématiquement » l’une ou l’autre.

Bien que les plans de cours de la formation des futurs enseignants ne précisent pas l’obligation d’enseigner la nouvelle orthographe, le sujet est abordé dans les cours de grammaire et de didactique, notamment. « Tant qu’il n’y a pas de mot d’ordre du ministère pour nous dire d’enseigner uniquement l’orthographe rectifiée, on continuera cette pratique. »

À la Commission scolaire de Montréal, on précise que l’orthographe traditionnelle est enseignée, mais qu’un élève ne sera pas pénalisé pour avoir employé la graphie moderne.

11 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 5 février 2016 07 h 02

    Le ministère...

    Le problème, c'est que, après 25 ans, les enseignants ne sont toujours pas au courant...

  • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 5 février 2016 07 h 17

    Orthographe

    La simplication d'une langue n'est pas une forme de progrès mais au contraire la preuve qu'une civilisation est sur le déclin. Ce n'est pas en nivelant vers le bas que les gens s'améliorent au contraire ils deviennent moins bons, et à chaque génération c'est de pire en pire. Mes grands parents ont été à l'école jusqu'à 14 ans car ils travaillaient dans les champs et pourtant leur maîtrise de la langue était bien meilleure.

    Pourquoi?

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 février 2016 12 h 20

      J'imagine nque vous grands-parents auraient écrit nénufar, puisque c'était sans doute ce qu'ils avaient appris à l'école...

  • Sylvain Auclair - Abonné 5 février 2016 07 h 18

    Nénufar....

    En passant, on écrivait nénufar... avant la réforme de 1935. Mais si vous lisez un auteur du début du siècle, sachez que, lors des rééditions, on aura fait disparaitre cette orthographe.

    En fait, le seul défaut de la réforme de 1990, c'est d'être facultative... Après 25 ans, on voit que ça ne marche pas.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 février 2016 08 h 49

    Le Quebec doit suivre ce qui se fait en France

    Lorsqu'on enseigne, on prépare l'élève à faire face à l'avenir. L'avenir, c'est l'orthographe simplifiée. Elle est demeurée longtemps celle qu'on acceptait "quand même". Elle est en train de devenir celle par défaut alors que l'ancienne sera celle qu'on "tolèrera" pendant des décennies.

    Dans un monde globalisé, le Québec ne peut se retrancher derrière les frontières de l'ancien.

  • Jean Richard - Abonné 5 février 2016 10 h 00

    Réforme ? Quelle réforme ?

    J'entendais ce matin, entre deux bulletins de circulation et de météo, quelqu'un dire avec justesse qu'on devrait cesser de parler de réforme de l'orthographe car une telle réforme n'a pas eu lieu. Il n'y a eu que des rectifications. Ces rectifications portaient sur le vocabulaire, et malheureusement presque uniquement sur le vocabulaire. La dernière réforme de l'orthographe du français remonte à 1878 et non à 1990.

    Une véritable réforme orthographique, si elle avait existé, se serait attaqué à la transparence linguistique, c'est-à-dire la correspondance entre l'écrit et la prononciation. Une telle réforme aurait dû également donner au français les outils nécessaires à l'intégration orthographique des mots d'emprunt. Cette dernière condition est essentielle car le français est fortement colonisé par l'anglais et comme l'anglais est une langue phonétiquement très opaque, toute tentative de rendre la langue plus transparente aurait été contrebalancée par un nombre trop grand d'emprunts à l'orthographe opaque.

    Les pressions pour mettre en œuvre des réformes orthographiques ne sont pas exclusives au français. Les Allemands, les hispanophones et les lusophones en ont fait. Et dans la majorité des cas, de telles réformes ont opposé les réformateurs et les conservateurs.

    Un des principaux objectifs d'une réforme devrait être de rendre l'apprentissage de la langue plus facile, sans rompre avec l'histoire de la langue. L'apprenabilité du français est particulièrement importante au Québec, compte tenu de la vulnérabilité de la langue et de l'arrivée massive d'immigrants qu'on voudrait bien intégrer. Mais le problème avec le français, c'est que le conservatisme est fortement ancré du côté de la majorité. On est à l'opposé du portugais où le conservatisme du Portugal ne fait plus le poids face au Brésil, plus moderne. Idem avec l'espagnol où le Mexique a tendance à s'imposer. Comme par hasard, le portugais et l'espagnol des Amériques est plus facile à apprendre...

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 février 2016 12 h 21

      Il y a eu une réformette en 1935.