Pour faire le pont entre le public et la musique

Pierre Vallée Collaboration spéciale
L’opéra L’étoile d’Emmanuel Chabrier présenté par l’Atelier d’opéra et l’Orchestre de l’Université de Montréal, en février 2015
Photo: Andrew Dobrowolskyj L’opéra L’étoile d’Emmanuel Chabrier présenté par l’Atelier d’opéra et l’Orchestre de l’Université de Montréal, en février 2015

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Faculté de musique de l’Université de Montréal offre maintenant une nouvelle formation en médiation de la musique. Ce programme, que l’on dit gigogne, comprend un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de 30 crédits ainsi qu’un microprogramme de 15 crédits qui s’y emboîte.

Pourquoi offrir maintenant pareil programme ? La médiation musicale est-elle un phénomène nouveau ? « Non, la médiation musicale est loin d’être une activité nouvelle, explique Michel Duchesneau, professeur à la Faculté de musique de l’Université de Montréal et responsable de cette formation. Il y a toujours eu une forme ou une autre de médiation musicale, mais la pratique s’est vraiment installée au début du vingtième siècle. Par exemple, ici au Québec, la radio, notamment celle de Radio-Canada, a servi de médiateur musical dès les années 1930. »

Et comment définit-on la médiation musicale ? « Au fond, la médiation musicale est le pont entre la musique et les musiciens, d’une part, et les auditeurs et mélomanes, d’autre part. En bref, il s’agit de se servir du verbe ou d’autres outils variés et appropriés afin de favoriser le rapprochement entre la musique et le public. Par exemple, les notes de programme, tout comme les conférences préconcert, sont, chacun à leur manière, des formes de médiation musicale. »

La pertinence de la médiation musicale n’est donc plus à démontrer, par contre, aujourd’hui, la place qu’elle occupe dans l’univers de la musique est appelée à prendre davantage d’importance. « La musique dite savante, qu’elle soit occidentale ou non, nécessite une mise en contexte si l’on veut d’abord la faire connaître et ensuite la faire apprécier. C’est une musique qui est belle et accessible, mais qui exige un minimum de connaissances si l’on veut l’aborder. Et ces connaissances, aujourd’hui, s’effritent, en particulier chez les jeunes qui, à cause de la désaffection des milieux scolaires envers l’enseignement de la musique, ici comme ailleurs, ont été peu mis en contact avec la musique savante et n’ont pas les compétences minimales requises pour l’apprécier. Il se trouve beaucoup de jeunes de 15 à 20 ans qui se disent, lorsque mis en contact avec la musique savante, que c’est une musique intéressante, mais qu’elle leur apparaît trop sérieuse et par conséquent inaccessible. Aujourd’hui, la médiation musicale a pour but, entre autres, de contribuer à corriger cette impression. »

 

La formation comme telle

La formation en médiation de la musique comprend deux blocs. Le premier bloc est principalement composé de cours. On y trouve évidemment des cours portant sur la médiation musicale, mais aussi des cours sur la sociomusicologie, sur l’appréciation musicale ainsi que sur l’histoire de la musique. Le second bloc est composé soit d’un travail dirigé, soit d’un stage. Les étudiants inscrits au DESS doivent compléter les deux blocs, ceux du microprogramme ne font que le bloc de cours.

Le programme de formation en médiation de la musique s’adresse à trois clientèles particulières : les étudiants possédant un baccalauréat en musique avec formation de base en sociomusicologie ; les étudiants ayant un baccalauréat en sciences humaines, par exemple en histoire de l’art ou en sociologie, mais qui possèdent aussi soit une formation complémentaire en musique, comme une mineure, soit une expérience professionnelle dans le milieu culturel ; et finalement, les professionnels du milieu culturel dont la formation musicale est suffisante pour suivre les cours. « Le microprogramme s’adresse davantage aux professionnels en exercice, car ces derniers cherchent surtout une mise à jour de leurs connaissances. »

Les débouchés possibles sont nombreux. « On peut évidemment être embauché par une organisation musicale et travailler à la présentation des oeuvres ou au développement et au renouvellement de l’auditoire. On peut aussi agir comme conférencier pour des institutions ou des lieux de diffusion, on peut rédiger du matériel de médiation, être rédacteur de contenu ou même faire du journalisme musical. »

Actuellement, le programme de médiation de la musique est fortement arrimé au projet de recherche en Développement des publics en musique au Québec (DPMQ) mené par Michel Duchesneau et soutenu financièrement par le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) du Canada. « Le but de ce projet de recherche est de comprendre ce que font les organismes musicaux québécois pour rejoindre leur public et en assurer le développement et le renouvellement. On veut mettre en lumière les bonnes pratiques et les moins bonnes aussi. Et pour éviter que ce soit un projet de recherche limité aux seuls chercheurs universitaires, nous avons conclu des partenariats avec de nombreux organismes musicaux, comme les Violons du Roy, l’Orchestre symphonique de Montréal et la Société de musique contemporaine du Québec. Nous avons aussi noué des liens avec des partenaires français. »

Comme on peut le constater, la médiation musicale est devenue un incontournable du milieu de la musique savante. Et le but de ce programme est de bien former ceux qui seront appelés à en faire. « Nous cherchons à former des spécialistes de la médiation musicale qui ensuite seront à la disposition des organismes musicaux et culturels afin de rapprocher la musique savante de l’auditeur. De plus, les temps ont changé, et si les personnes demandent toujours de l’information, elles la veulent autrement que par des textes. Nos diplômés seront parfaitement outillés pour mettre en place de nouveaux instruments de médiation musicale, comme les capsules vidéo et les modules Internet. Tous les moyens sont bons pour donner le signal que la musique savante est intéressante, et surtout accessible à quiconque veut bien essayer. »