Les grèves nuisent aux inscriptions

La baisse du côté du Cégep du Vieux Montréal a été particulièrement prononcée à l’automne 2012 ainsi qu’à l’automne 2015.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La baisse du côté du Cégep du Vieux Montréal a été particulièrement prononcée à l’automne 2012 ainsi qu’à l’automne 2015.

Déjà confronté à la diminution du poids démographique de la population d’âge scolaire, le Cégep du Vieux Montréal fait face à un autre défi de taille : les grèves étudiantes, qui, des années plus tard, poussent toujours de nombreux étudiants potentiels à s’inscrire ailleurs, a appris Le Devoir.

Le printemps érable et celui de 2015 auront coûté cher à la maison d’enseignement du Quartier latin. Épicentre avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de ces protestations étudiantes, l’institution se retrouve aujourd’hui en fâcheuse posture, les demandes d’admission et les inscriptions ayant chuté beaucoup plus sévèrement au Vieux Montréal que dans les autres cégeps de la métropole, au cours des dernières années.

Aujourd’hui, 12 % moins d’étudiants s’inscrivent au Cégep du Vieux Montréal qu’en 2010, montrent les données obtenues par Le Devoir. Pour les étudiants du parcours préuniversitaire, les données sont encore plus frappantes : ils sont 14 % moins nombreux à opter pour le Vieux Montréal.

Pendant ce temps, les inscriptions ont crû de 3,2 % à l’échelle du réseau collégial québécois.

Cette baisse du côté du Cégep du Vieux Montréal a été particulièrement prononcée à l’automne 2012 ainsi qu’à l’automne 2015. Entre les rentrées scolaires 2011 et 2012, 200 étudiants préuniversitaires en moins ont intégré les rangs de l’établissement de la rue Ontario, une baisse de 14,2 %. Pour l’ensemble de la métropole, cette diminution a été d’à peine 1,4 %, et à l’échelle de la province, de seulement 0,7 %. La grève de 2012 s’était échelonnée sur une période de six mois et un jour au Cégep du Vieux Montréal. La session d’automne n’avait pu débuter que le 15 octobre 2012 pour cette raison.

Après deux années de croissance en 2013 et en 2014, le Cégep du Vieux Montréal a connu de nouveau le déclin en 2015, avec une chute de 10 % des inscriptions préuniversitaires et de 6 % tous programmes confondus. Cette année-là, les étudiants du Vieux avaient déclaré la grève le 23 mars, pour ne retourner en classe que le 16 avril. Pour la métropole dans son ensemble, on parle d’une réduction de seulement 0,3 % des inscriptions et, pour l’ensemble du Québec, de 0,2 % d’étudiants en moins par rapport à 2014.

« C’est certain que le printemps 2012 a eu un impact, on ne le nie pas. Pour la grève de l’hiver 2015, il est un peu tôt pour arriver à une telle conclusion », estime la directrice des études du Cégep du Vieux Montréal, Nathalie Giguère.

« C’est sûr que c’est un élément qui peut nous inquiéter, notamment pour la vitalité de certains programmes », ajoute-t-elle. Dans au moins un programme technique, celui de l’éducation à l’enfance, la chute connue en 2015 a mené à la fermeture d’une classe, faute d’étudiants. Ce programme étant offert dans d’autres cégeps de la région de Montréal, les étudiants sont vraisemblablement allés suivre la formation ailleurs. Comme le financement public du collège dépend grandement du nombre d’étudiants qu’il accueille, cette variation dans les effectifs est lourde de conséquences. D’autant plus qu’à l’échelle du Québec, les effectifs à l’enseignement ordinaire à temps plein dans le réseau collégial public doivent passer d’environ 150 000 cette année à 138 000 d’ici 2020 en raison de facteurs démographiques comme le vieillissement de la population.

Après un automne occupé en raison des grèves — du personnel, cette fois-ci — et des compressions budgétaires, l’équipe du collège entreprendra au cours des prochaines semaines des travaux plus poussés pour tenter de comprendre ces baisses et de trouver des pistes de solution.

Un problème d’image

Pour le titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’UQAM, Bernard Motulsky, ces statistiques sont limpides : le fait que le Cégep du Vieux Montréal soit associé de si près au mouvement étudiant, dans les médias notamment, lui nuit.

« Si le Cégep ou l’UQAM font la manchette au mois de février, au moment de l’admission, ça peut pousser plusieurs étudiants potentiels à réfléchir. On se dit “peut-être que je vais aller ailleurs”, explique l’expert. Cela peut aussi avoir un impact sur l’entourage. Les jeunes vont se faire dire “t’es sûr que tu veux vraiment aller là ?” »

Pour se dépêtrer de la situation dans laquelle il se trouve présentement, le Cégep du Vieux Montréal ne peut faire comme si de rien n’était. « On ne peut pas cacher ce côté militant de l’institution. Quand ça brasse, on baisse le dos et on attend que ça passe », analyse M. Motulsky. Afin de remonter la côte, ou, de façon plus réaliste, de ralentir la diminution de ses effectifs, le Cégep devrait chercher à se distinguer, par exemple dans son offre de programmes… et pourquoi pas par son côté militant.

« L’UQAM a longtemps eu comme slogan “Prenez position”. On misait sur son côté urbain et engagé. Ça peut effectivement être plus intéressant pour certains étudiants. Ce n’est pas nécessairement un repoussoir », ajoute M. Motulsky.

Le Cégep du Vieux Montréal exploite déjà cette partie de son ADN au moment de recruter de nouveaux étudiants, révèle Mme Giguère. « Plusieurs de nos élèves viennent pour l’engagement citoyen et culturel. Ce sont des étudiants avec des causes qui leur tiennent à coeur. Ça fait partie de qui on est, même si c’est sûr que pour d’autres, ça peut contribuer [à leur décision d’étudier ailleurs]. »

L’Association générale étudiante du Cégep du Vieux Montréal n’a pas souhaité commenter la situation.

7 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 26 janvier 2016 07 h 33

    Il n'y a pas de quoi en faire un drame.

    «les grèves étudiantes, qui, des années plus tard, poussent toujours de nombreux étudiants potentiels à s’inscrire ailleurs, a appris Le Devoir.»(Philippe Orfali)

    C'est regrettable bien sûr mais ce qu'il faut faire alors c'est de mettre en place autant que possible de meilleures conditions d'études et, pour les gouvernements, de mener des politiques qui risqueront moins d' inciter ou obliger les étudiants à faire grève.

    Et en attendant il y a toujours moyen d'aménager les choses de façon satisfaisante.

    Il n' y a pas que du négatif dans le fait que les étudiants font des grèves, comme le laisse entendre cet article.

    Les conflits font partie de la vie et font progresser les sociétés et les individus en forçant le règlement de certains problèmes personnels et collectifs.

    Empêcher les grèves ne ferait qu'empirer les situations et ne pourraient que mener à des situations encore plus graves.

    • Jean Laberge - Abonné 26 janvier 2016 10 h 39

      Vous noyez le poisson. Le point n'a pas trait au fait de faire « grève », mais des conséquences quant au choix du cégep du Vieux Montréal pour les futurs candidats étudiants.

    • Sylvain Dionne - Inscrit 26 janvier 2016 13 h 23

      À M. Laberge,

      Non, M. Lapointe ne noie pas le poisson du tout! Il ne faut pas viser les symptômes mais la maladie, soit les politiques du PLQ en ce moment. Si on avait un vrai gouvernement démocratique qui veille au bien-être de la population plutôt qu'aux détenteurs de capitaux privés, c'est archi clair qu'il y aurait moins de grèves! Il impose l'autérité mais y va à coups de milliards pour les entreprises privées et utilise même le fond vert pour une pétrolière! Avant de s'en prendre aux étudiants qui prônent la sociale-démocratie (et non l'anarchisme comme certains voudraient faire croire), nous devons faire preuve de courage et affronter les plus forts, les "bullies"...

  • Jean Laberge - Abonné 26 janvier 2016 10 h 32

    Anarchisme

    Il faut savoir que l'exécutif de l'association étudiante du Vieux Montréal (AGECVM) est noyauté par des idéologues et milititants anarchistes. Ces radicaux prétendent détenir la Vérité dans un monde où règne Big Brother Capitalisme (l'État). Ils font partie des 1/7e de la population étudiante. Ils font la loi, et le reste doit suivre. Qui osera défaire leur monopole et redonner aux étudiants-es du cégep de véritables institutions démocratiques ? Nous sommes dans une institution d'enseignement qui prépare l'avenir de notre jeunesse. Ne leur laissons pas un goût amer des institutions politiques.

  • Myriam Boivin-Comtois - Abonnée 26 janvier 2016 14 h 27

    La vraie nuisance

    La vraie nuisance, quant à moi, ce sont les raisons pour lesquelles le personnel et les étudiants font, tour à tour, la grève. C'est probablement une question de perspective: c'est plus simple et alléchant, comme lien causal, de s'arrêter aux effets d'une gouvernance plutôt que de remettre en cause cette dernière.

  • Jean-Pierre Brouillette - Inscrit 27 janvier 2016 07 h 11

    Soyons logiques

    Qui voudrait réellement s’inscrire à un CÉGEP où la grève est aussi commune qu’une porte battante d’entrée principale. Tout étudiant désirant réussir ses cours en un laps de temps raisonnable évitera certainement de se retrouver parmi d’autres étudiants ou la contestation systémique fait partie du mode de vie de l’endroit et qui semble presque inclue dans la formation générale. Le risque d’être en grève est proportionnellement aussi élevé au Vieux Montréal que chez son voisin universitaire l’UQAM. Il fallait assurément s’attendre à ce que le pourcentage des admissions diminue aux deux endroits. Ce n’était qu’une question de temps et de logique.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 janvier 2016 08 h 40

    Simple/compliqué

    Mettons que je sois un étudiant qui cherche un endroit pour parfaire mes études. Je regarde autour et cherche celui «où» je pourrais accomplir mon projet. Où croyez-vous que je vais aller ? Là où c'est simple ou là où c'est compliqué ?

    PL