Montréal laissée en plan

Montréal et son réseau scolaire seront pour ainsi dire exclus des consultations parlementaires entourant le projet de loi 86 visant à réformer les commissions scolaires, a appris Le Devoir. Un geste tant « partisan » qu’« antidémocratique », selon les opposants du gouvernement Couillard.

La Société des musées du Québec y est. La Fédération des chambres de commerce et le Grand défi Pierre Lavoie aussi. L’Union des municipalités ? Présente. Mais ne cherchez pas les principales administrations scolaires de la métropole, et donc du Québec, dans la cinquantaine d’intervenants appelés à comparaître en commission parlementaire pour l’étude du projet de loi 86. Elles n’y sont pas, exception faite de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, dans l’ouest de l’Île, dont l’ex-directeur général est aujourd’hui le sous-ministre adjoint de François Blais.

Exclues, les commissions scolaires de Montréal (CSDM) et English-Montréal (CSEM), respectivement les plus importantes des réseaux francophone et anglophone québécois. Idem pour celle de la Pointe-de-l’Île (CSPI) et Lester-B.-Pearson, et pour les comités de parents de chacune des commissions scolaires de l’Île, selon la liste formulée par les principales formations politiques et obtenue par Le Devoir.

À la tête de la CSDM et de la CSEM respectivement, Catherine Harel-Bourdon et Angela Mancini n’en croyaient tout simplement pas leurs oreilles, mardi soir. « Je ne peux pas croire que la plus grande commission scolaire du Québec, qui compte 10 % des élèves et parents québécois, avec un budget de 1 milliard à gérer, qui a le plus grand nombre d’élèves en difficulté d’apprentissage et qui fait face aux plus grands défis en matière d’accueil des immigrants, ne soit pas invitée à cette commission parlementaire sur l’étude du projet de loi 86, a indiqué Mme Harel-Bourdon. Je trouve cela inconcevable. »

Elle avait personnellement écrit au ministre Blais ainsi qu’à tous les membres de la Commission de la culture et de l’éducation pour demander d’être entendue dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi 86. En vain.

Angela Mancini est elle aussi étonnée qu’on n’ait pas pu faire une place à son institution parmi les 53 organismes et experts sélectionnés. « Montréal n’est pas là, s’exclame-t-elle. Les commissions scolaires comme leurs partenaires communautaires n’y sont pas, et c’est problématique. J’ai un problème avec ce que le ministre Blais est en train de faire. A-t-il peur de nous entendre, ceux qui connaissent réellement le réseau scolaire ? C’est une façon un peu particulière d’exercer son pouvoir à titre de ministre. »

Même son de cloche chez Eve Kirlin, la vice-présidente du Comité de parents de la CSDM. Bien que son groupe fasse partie de la Fédération des comités de parents du Québec, qui a été convoquée par la commission, elle juge que les particularités de la CSDM auraient justifié sa présence. « Pour la fédération, la CSDM a le même poids qu’une commission scolaire qui compte dix fois moins d’enfants. Montréal, c’est un peu la bête noire [du gouvernement], la “pas bonne”, mais ça n’empêche pas que plein de nos organismes auraient eu des éléments importants pour contribuer à l’étude du projet », fait-elle valoir.

« Écartée »

Les principaux syndicats et organismes du milieu scolaire, tels que la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) et son pendant anglophone, de même que les associations regroupant les cadres scolaires, figurent toutefois sur la liste. C’est aussi le cas de la Fédération québécoise des municipalités et de nombreuses associations régionales, qui sont appelées à témoigner pendant onze jours de travaux, échelonnés entre le 28 janvier et le 18 février.

Les trois seules commissions scolaires sollicitées sont celles qui se sont désaffiliées de la FCSQ. Marguerite-Bourgeoys est du lot. Sa présidente, Diane Lamarche-Venne, assure être « bien équipée » pour exprimer la position des écoles montréalaises. « Ça fait longtemps qu’on est dans les limbes autour du projet de loi 86. Nous sommes prêts à intervenir », a-t-elle dit.

À la Coalition avenir Québec, une porte-parole a confirmé que de toute la liste d’intervenants proposés par la formation politique, la CSDM avait été le seul organisme à être écarté par le gouvernement. La CAQ serait « favorable » à entendre celle-ci.

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation, Alexandre Cloutier, déplore lui aussi cette omission. Il rappelle qu’en raison de l’ampleur des réformes proposées à la démocratie scolaire par le gouvernement Couillard, sa formation réclame une « consultation générale », ouverte à tous, plutôt qu’une « consultation particulière », où les parlementaires sélectionnent les intervenants.

En matinée, lors d’un point de presse tenu à Québec, le ministre Blais s’est défendu d’avoir trié sur le volet les groupes qui comparaîtront devant la commission parlementaire. « On est en démocratie, donc ce n’est pas moi qui invite qui je veux. […] Ça se fait à la suite d’une discussion, d’un échange, d’une négociation avec nos collègues de l’Assemblée nationale », a-t-il affirmé.

Il a également soutenu que la décision d’aller de l’avant avec une consultation particulière plutôt qu’ouverte au grand public avait été prise au cours d’une « discussion », « qui se fait entre leaders aussi avec l’opposition ». « On a décidé de cette formule-là ensemble et je ne ferai pas plus de commentaires. »

Avec Isabelle Porter

La commission étudiant le projet de loi 86 entendra les groupes suivants

– La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ)
– L’Union des municipalités du Québec (UMQ)
– La Fédération québécoise des municipalités (FQM)
– L’Association des directions générales des commissions scolaires (ADIGECS)
– L’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ)
– La Fondation du Grand défi Pierre Lavoie (FGDPL)
– La Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FÉÉPEQ)
– L’Association of Administrators of English Schools of Quebec (AAESQ)
– L’Association des comités de parents Anglophones (ACPA)
– L’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES)
– L’Association québécoise des cadres scolaires (AQCS)
– L’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE)
– La Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
– La Confédération des syndicats nationaux (CSN)
– La Corporation Sports-Québec
– L’organisme Culture pour tous
– La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ)
– La Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE)
– La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
– Quebec Community Groups Network
– Le Regroupement des Unités régionales de loisir et de sport (URLS)
– Le Réseau du sport étudiant du Québec
– La Société des musées du Québec (SMQ)
– L’Association de parents de l’enfance en difficulté (APED)
– L’Institut des troubles de l’apprentissage
– Monsieur Gabriel Bran-Lopez,  directeur général de l’organisme Force Jeunesse
– La Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers
– Le Conseil supérieur de l’éducation
– Le Collectif Éducation sans frontières
– Le Protecteur du citoyen
– L’Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ)
– L’organisme Solidarité rurale
– Le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)
– Le Regroupement des associations PANDA du Québec
– Le centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES)
– Le Directeur général des élections du Québec
– La Fondation Chagnon
– La Fondation Paul Gérin Lajoie
– La Fédération québécoise des associations foyers-écoles
– L’Association des townshippers
– Monsieur Égide Royer
– Monsieur Normand Baillargeon
– Monsieur Julie Prud’homme
– La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys
– La Commission scolaire Marie-Victorin
– La Commission scolaire des Grandes-Seigneuries
– La Fédération autonome de l’enseignement (FAE)
– La Fédération des transporteurs par autobus
– La Coalition pour l'avenir du réseau scolaire anglophone (COFFEE Québec)
– L’Association régionale des West Quebecers
– L’organisme Voice of English-Quebec
– La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ)
9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 janvier 2016 01 h 26

    Un gouvernement méprisant

    Mais lesquels, avez-vous vu la liste, mais exclure Montreal et les commissions scolaires protestantes n'est-ce pas gros, est ce que ca n'indique pas que ce gouvernement a deja fait son lit, est ce que la démocratie n'est pas plus qu'un grand nombre d'intervenants, est ce que les gens ne sont pas au fait du procédé de ce gouvernement, est ce que ce gouvernement a ce moment-ci, est encore crédible, malgré le bel embalage de ce cher Coiteux s'est efforcé a nous faire croire que tout allait bien, dans le meuilleur des mondes, est ce que le procédé n'est il pas méprisant, en fait a-t-on deja eu un gouvernement aussi méprisant, voila le mot est laché un gouvernement méprisant, n'est ce pas ce que tous les gens pensent

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 janvier 2016 10 h 33

      Il n'existe plus de commissions scolaires protestantes. Depuis plus de 20 ans, je crois.

  • Claude Girard - Abonné 13 janvier 2016 03 h 57

    Démocratie ???

    Voilà la démocratie scolaire qui consiste à manipuler la participation de façon à contrôler l’issue du débat. Ce qui est positif cependant, c’est qu’habituellement la décision se prend en comité privé ou à huis clos et le vote s’exécute publiquement, en toute transparence. Ce ne sera pas le cas dans l’étude du projet de loi 86. Vive la démocratie transparente! Tellement transparente qu’on ne la voit pas.

  • Pierre Hélie - Inscrit 13 janvier 2016 05 h 53

    Un peu de courage, Le Devoir...

    "Un geste tant « partisan » qu’« antidémocratique », selon les opposants du gouvernement Couillard." Quelle autre interprétation peut-on donner à cette masquarade? Un peu de courage, SVP!

  • François Dugal - Inscrit 13 janvier 2016 07 h 52

    Question au ministre

    Comment se fait-il que l'on invite la Fédération des Chambres de Commerce pour parler de réforme de l'éducation? La CdeC va-t-elle mettre de l'avant la position de monsieur Victor Dodig, président de la CIBC, qui disait que les canadiens étaient "trop éduqués?

  • André Hamel - Abonné 13 janvier 2016 08 h 27

    Les fossoyeurs de civilisation

    Inviter les chambres de commerce et laisser de côté les principales commissions scolaires !

    Les besoins des milieux d'affaire avant l'épanouissement et la connaissance.

    Les néo-libéralistes fossoyeurs de civilisation sont à pied d'œuvre.

    André Hamel
    compositeur et enseignant