Le départ du ministre Blais réclamé

Affolé par l’intention du gouvernement Couillard de limiter l’étendue des consultations populaires sur la réforme des commissions scolaires, le milieu de l’éducation anglophone se mobilise, en appelant au « bon sens du premier ministre » pour ouvrir celles-ci à tous… et confier le portefeuille de l’Éducation à un nouveau ministre, après des mois d’affrontements avec François Blais.

Moins d’un an après l’arrivée de M. Blais à l’Éducation, les relations sont aujourd’hui si tendues entre le titulaire du portefeuille et le milieu dont il a la charge qu’un renouveau s’impose, à la veille de l’étude du projet de loi 86 et alors qu’un remaniement ministériel semble imminent.

Ce constat, c’est celui d’un nombre croissant de membres de la communauté anglo-québécoise, préoccupés par les répercussions possibles du projet de loi sur la réforme des commissions scolaires. On s’inquiète aussi du fait que Québec, plutôt que d’ouvrir les consultations à tous comme c’est habituellement le cas, ait opté pour des « consultations particulières », où les intervenants seront choisis par le gouvernement et les autres partis. Le projet de loi 86 abroge les élections scolaires et remplace le conseil des commissaires par un conseil scolaire formé de parents et de membres du personnel et de la communauté.

« Il s’agit d’un enjeu bien trop important pour limiter la consultation aux seules personnes sélectionnées par le gouvernement », estime Marcus Tabachnick, directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec.

La semaine dernière, 200 personnes ont participé à une séance d’information organisée par la Commission scolaire English-Montréal au sujet du projet de loi 86. Parents, enseignants et personnel scolaire ont notamment pris la parole.

« Pour nous, cela affecte tout. Ce n’est pas qu’un projet de loi sur l’éducation. C’est un projet de loi qui va affecter la communauté anglophone dans son ensemble à l’échelle du Québec. De nombreux groupes communautaires veulent et doivent être entendus. En dehors des grands centres, les écoles ne sont pas qu’un édifice. Ce sont les centres de nos communautés. C’est la vitalité, la longévité de nos communautés anglophones. C’est à cela que le projet de loi 86 s’attaque. » Groupes communautaires, de pressions, élus scolaires et municipaux doivent notamment se faire entendre à l’Assemblée nationale, fait valoir M. Tabachnick.

Centralisation des pouvoirs

Le projet de loi 86 accorde « tous les pouvoirs » au ministre « d’utiliser, de transférer et de modifier [le système scolaire] et de s’attaquer aux écoles », prétend M. Tabachnick.

« Ce n’est pas un projet de loi au sujet des parents, ce n’est pas un projet de loi au sujet des élèves. Il vise à centraliser les pouvoirs au bureau du ministre Blais. Cela semble être la façon de procéder de ce gouvernement que de mettre entre les mains d’un groupe privilégié de ministres un pouvoir très important. Ce n’est tout simplement pas acceptable », martèle M. Tabachnick, qui oeuvre dans le secteur de l’éducation anglo-québécoise depuis des décennies.

La présidente de la Commission scolaire English-Montréal, Angela Mancini, abonde dans le même sens. Les consultations particulières, sous leur forme actuelle, constituent un « simulacre » de démocratie, selon elle.

Son avis sur le projet de loi comme tel n’est guère plus élogieux. « On dit que les parents, les profs et les directions d’école vont avoir plus de pouvoir. C’est du marketing. Cette loi ne donne pas plus de pouvoirs aux citoyens, elle les centralise à Québec. »

Depuis le retour du temps des Fêtes, les élus scolaires déploient toute leur énergie afin de faire passer ce message à leurs députés régionaux, quelle que soit leur allégeance politique, ajoute-t-elle.

Les problèmes abondent sur le plan du portefeuille de l’éducation, selon M. Tabachnik. Le projet de loi 86 n’en est que le point culminant, après une année d’affrontements avec François Blais.

Afin de recoller les pots cassés entre le secteur de l’éducation et le gouvernement du Québec, il pourrait être opportun pour Philippe Couillard de nommer quelqu’un d’autre à l’Éducation alors qu’il s’apprête selon toute vraisemblance à revoir la composition de son cabinet. « On en appelle au bon sens du premier ministre [afin de] faire ce qui doit être fait. Nous avons essayé et essayé depuis maintenant plus d’un an de discuter ouvertement et honnêtement avec ce ministre quant aux changements potentiels qui pourraient permettre d’atteindre les objectifs du gouvernement, sans pour autant tout modifier la Loi sur l’instruction publique. Le ministre Blais a offert la plus sourde oreille qui soit. »

« Peut-être qu’il est temps de placer quelqu’un qui connaisse réellement quelque chose [à l’éducation] », poursuit M. Tabachnick.

Du côté du gouvernement Couillard, on se défend d’avoir voulu prendre le contrôle des discussions. La question des consultations sur le projet de loi 86 a fait l’objet d’échanges entre les leaders des différents partis et les députés indépendants, souligne-t-on. Une consultation particulière « élargie » devrait débuter le 28 janvier. « La commission procédera aux convocations rapidement. Plus de 50 groupes seront entendus. Tous ceux qui ne seront pas entendus peuvent transmettre des mémoires ou commentaires à la commission », a souligné une porte-parole de M. Blais, Julie White.

Peut-être qu’il est temps de placer quelqu’un qui connaisse réellement quelque chose [à l’éducation].

On dit que les parents, les profs et les directions d’école vont avoir plus de pouvoir. C’est du marketing. Cette loi ne donne pas plus de pouvoirs aux citoyens, elle les centralise à Québec.

13 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 12 janvier 2016 03 h 17

    Privatisation du réseau et hypercentralisation

    Ce que le ministre Blais veut faire est simple :

    1-Donner toute puissance au ministre de l'Éducation;

    2-Supprimer un maximum des paliers actuels catalogués par le ministre comme intermédiaires entre lui et les écoles;

    3-Placer à la tête des écoles des directions « générales » aux pouvoirs accrus, comme c'est le cas des directions des écoles privées, modèle sur lequel le ministre s'appuie;

    4-Replacer les conseille d'établissement sous le contrôle de ces directions, véritables tentacules du ministère dans les écoles, tout en faisant semblant que le pouvoir de l'école est accru;


    5-Constituer des instances régionales bidon, contrôlées par le ministre, pour remplacer les commissions scolaires.

    6-Confier la gestion budgétaire usuelle à l'entreprise privée.

    En bref, procéder à la privatisation du réseau scolaire public.

    Alors, oui, c'est indigne d'un ministre de l'Éducation qui serait voué au bien public collectif et il faut le remplacer.

    Cependant, Blais n'est que le relai de la politique libérale en matière d'Éducation : cela requiert donc une levée de boucliers, et pas seulement du côté de la communauté anglophone.

    • Brian Monast - Abonné 12 janvier 2016 08 h 24

      Merci !

    • Patrick Daganaud - Abonné 12 janvier 2016 09 h 45

      Merci de lire : 4-Replacer les conseils d'établissement...

      Avec mes excuses

  • François Dugal - Inscrit 12 janvier 2016 07 h 41

    Le choix

    Qui, parmi la députation libérale, à leur habiletés nécessaires pour "combler" le poste de ministre de l'éducation, des loisirs et des sports?

  • Sylvain Bolduc - Abonné 12 janvier 2016 07 h 46

    Réussiront-ils,eux...

    Là où la communauté francophone échoue depuis des mois?

    On sait que les anglophones ne sont pas à plaindre quant aux budgets accordés en éducation et en santé pour leur minorité. Ils demandent très rarement la démission d'un ministre libéral. Verrons-nous le PM Couillard exaucer leur voeux plus que ceux exprimés par la communauté majoritaire francophone pour les mêmes enjeux?

    J'ai hâte de voir la suite...

  • Brian Monast - Abonné 12 janvier 2016 07 h 55

    Tous et non seulement les communautés anglophones

    Tous et non seulement les communautés anglophones sont directement concernés par cette loi, par sa mise en œuvre et par l’attitude du ministre, toutes draconiennes. Osons espérer qu'une véritable réflexion collective aura lieu pour résister à la réalisation de ce projet et pour exprimer une fois pour toute la raison d'être et le bon sens derrière l'existence de ces institutions démocratiques que sont les commissions scolaires élues, responsabilisées devant leurs électeurs. Et si vraiment cette institution n'a pas sa raison d'être et si son bon sens est illusoire — ce qui serait bien surprenant —, alors qu'on arrive à cette conclusion par un processus décent, à la hauteur de l’importance de la décision qu’on entend prendre (abolition des commissions scolaires!), et non pas par un décret décidé d’avance répondant à des motifs politiques obscurs et à une volonté tant douteuse qu’impériale.

    • Jean-François Trottier - Abonné 12 janvier 2016 11 h 14

      La vraie nouvelle ici est qu'un groupement anglophone se prononce publiquement contre les politiques d'un gouvernement libéral.
      Toujours aussi frileuse, à la limite de la pensée de l'apartheid, la communauté anglophone soutient tout ce qui est fédéraliste ou, au moins, en faveur de la majorité anglophone, puisque de majorité francophone il n'existe pas contrairement à la Grande Illusion créée par les médias... anglophones.
      Individuellement, selon la belle logique du multiclturalisme, il arrive que des anglophones prennent des positions plus tolérantes, mais d'institutions, nenni.
      Or, voilà que le groupement des commissions scolaires anglophones finit par joindre sa parole aux autres (et non, comme M. Monast tente de le faire croire, prend position la première). C'est pour ainsi dire une bombe que de voir un groupe anglo prendre position contre ses... je n'ose dire valets puisqu'en fin de compte c'est le PLQ qui les tient en otages, pas le contraire. Disons geôliers, pour une majorité écrasante qui se croit réellement une minorité. Quel tour de magie tout de même!

      Soyons sûrs que le gouvernement pliera. Il ne peut continuer à utiliser l'épouvantail de l'indépendance et ainsi s'assurer de l'appui inconditionnel (quel beau mot, inconditionnel.... en tout cas) des anglos ainsi que des esprits sensibles à la pression sans leur donner tout ce qu'ils demandent, soit en cabinet privé comme d'habitude, soit publiquement comme, enfin, cette fois-ci.
      Au pire, il sortira une réglementation particulière pour la pôvre "minorité" anglophone qui a tant besoin d'être protégée, s'pas....

  • Gilbert Turp - Abonné 12 janvier 2016 07 h 55

    Ministres libéraux, ne faites rien !

    Car chaque fois que vous faites quelque chose, ça tourne mal.