Les jours de grève ne seront pas repris

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Près de 45 000 enfants de la métropole n’auront pas à reprendre les huit jours d’école manqués en raison des grèves en éducation de cet automne, a appris Le Devoir. Invoquant une entente la liant à ses enseignants, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys renonce à offrir le nombre minimum de jours d’enseignement prévus dans la loi, qui s’élève à 180.

Les négociations houleuses en éducation ne se sont pas faites sans heurts pour les écoliers montréalais : à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) comme à Marguerite-Bourgeoys (CSMB), les grèves des enseignants et celles du personnel scolaire ont forcé la fermeture des écoles à huit reprises cet automne. En d’autres mots, dans les deux plus importantes commissions scolaires du Québec, les élèves ont manqué près de deux semaines d’école en raison du conflit de travail. Dans le cas des enseignants montréalais, celui-ci se poursuit, d’ailleurs.

La CSMB n’a pas l’intention d’amputer le calendrier scolaire de journées pédagogiques ou de rajouter quelques jours d’école à la fin juin pour compenser cette perte de près de 40 heures d’enseignement.

« Les journées [de grève] ne peuvent être reprises, confirme au Devoir Barbara Blondeau, coordonnatrice par intérim des communications de la CSMB. On a une entente locale avec les syndicats qui ne nous permet pas de le faire. Au moment où on se parle, on respecte cette entente. »

Le nombre de jours d’école s’élèvera donc à 172 jours en 2015-2016, alors que la loi sur l’instruction publique du Québec prévoit un minimum de 180 jours d’école. À titre comparatif, la loi ontarienne sur l’éducation prescrit un strict minimum de 194 jours d’école, conflit de travail ou non.

Des parents inquiets

Le président du Comité central de parents de la CSMB, Jean-Marc Hébert, ignorait complètement que les jours de grève ne seraient pas compensés autrement. « Huit jours, c’est beaucoup. C’est important. C’est inquiétant. Déjà que nos enfants se retrouvent souvent en congé en raison des journées pédagogiques, je suis déçu que la CSMB agisse ainsi. Dire qu’on peut faire ça, c’est dire que huit jours d’enseignement en moins, c’est sans conséquence, qu’ils sont de trop », a-t-il commenté.

Il ne digère pas que les parents n’aient pas été mis au courant plus tôt de la situation. « La CSMB est très avare de plein de renseignements. Il n’y a pas de transparence. Ces huit jours en moins s’ajoutent à tellement d’autres choses, comme l’amputation de l’aide au devoir. L’impact, on ne le verra pas à la fin de l’année, on le verra dans les années à venir. Certains de nos enfants vont moins bien réussir, vont traîner ça tout leur parcours scolaire. »

La crise du verglas en exemple

Du côté du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal, qui représente tous les enseignants de la CSMB, on rappelle que cette mesure fait partie d’une entente approuvée à la fois par les employés et l’employeur. Un grief logé en 2005-2006 dans un cas presque identique aurait d’ailleurs donné raison au syndicat, affirme le président Luc Jacob, qui cherche à rassurer les parents.

« En 1998, il y avait eu la crise du verglas. Les élèves avaient manqué deux semaines d’école et ça n’a pas causé de commotion, dit-il. Ça n’avait pas affecté à ce point-là les élèves. »

M. Jacob rappelle que l’amélioration des conditions de travail des enseignants mène nécessairement à une amélioration des conditions d’apprentissage des élèves, par exemple au niveau du nombre d’élèves par classe.

Établie dans l’ouest de l’île de Montréal, la CSMB regroupe près de 53 000 élèves, dont 43 000 au primaire et au secondaire répartis dans 70 écoles primaires et 13 écoles secondaires, ce qui en fait le deuxième réseau scolaire en importance au Québec après la CSDM.

172 jours aussi à la CSDM ?

Celle-ci se trouve également confrontée au même dilemme : que faire pour pallier les huit jours à manquer ?

La présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, affirme que « certaines » des journées perdues pourront être reprises en retranchant ou repoussant deux ou trois journées pédagogiques.

La convention collective locale des professeurs de la CSDM prévoit en effet qu’afin de respecter le minimum de 180 jours de classe prévus, trois journées pédagogiques « peuvent être transformées en journées de classe pour couvrir des situations particulières ayant provoqué la fermeture d’établissements ».

« Ces trois journées pédagogiques sont inscrites au calendrier scolaire et identifiées après le 1er avril », prévoit l’entente bipartite.

« Pour nous, ce qui est clair au conseil des commissaires, c’est que cela a un impact, insiste Mme Harel-Bourdon. On veut trouver des solutions pour reprendre un certain nombre d’heures, de jours, pour que nos élèves ne soient pas pénalisés. »

« Il faut aussi voir quelle est la position du ministère », ajoute-t-elle.

Au cabinet du ministre de l’Éducation François Blais, on semble vouloir laisser les commissions scolaires se débrouiller seules face à cet épineux dossier. « Nous avons toujours dit que les premiers perdants des grèves étaient les élèves, a soutenu la porte-parole Julie White. Ça se passe entre les commissions scolaires et les syndicats locaux, car c’est à ce niveau que les calendriers scolaires sont négociés. »

Rappelons par ailleurs que d’autres jours de grève pourraient s’ajouter. Car à l’opposé des membres de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), ceux de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente les enseignants de la région de Montréal et de Laval, notamment, n’en sont pas arrivés à une entente de principe avec Québec.

Un plan d’action à relancer

Les 34 000 membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) seront appelés à se prononcer, au cours des prochains jours, sur un projet de relance de leur plan d’action, dans l’espoir de réussir à conclure une entente avec le gouvernement quant au renouvellement de leur convention collective. La FAE n’a toujours pas conclu d’entente de principe, contrairement au Front commun et ses 400 000 membres, qui sont parvenus à s’entendre avec Québec avant le congé des Fêtes. La FAE doit reprendre contact avec le gouvernement cette semaine, a fait savoir son négociateur Martin Lauzon, au cours d’une conférence de presse, mercredi à Montréal, aux côtés du président Sylvain Mallette. Autres journées de grève ou pas, ce dernier n’a pu dire ce que contiendra le plan d’action. La FAE représente le tiers des enseignants du primaire et du secondaire. La Presse canadienne
8 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 7 janvier 2016 03 h 26

    J'aurais été surpris du contraire avec le gouvernement de P. Couillard.

    J'imagine mal le gouvernement de P. Couillard annoncé le contraire. Des mauvaises langues disent même qu'il attribuerait les augmentations salariales acceptées, avec l'argent économisé pendant les jours de grève. Pour le gouvernement de P. Couillard, l'éducation et la santé semble être un boulet au pied. L'argent public semble devoir servir, d'abord et avant tout, les intérêts de l'entreprise privée.

  • Jean Richard - Abonné 7 janvier 2016 09 h 17

    Notre école publique

    On a vu bien des gens hisser des pancartes en participant aux marches en faveur de l'école publique. C'était à la fois légitime et réconfortant.

    Mais dans la vraie vie, le vent ne souffle pas toujours de la même direction. Il arrive qu'il tourne rapidement et que ce phénomène s'accompagne d'un changement marqué de l'état du ciel.

    Au nom d'ententes entre l'employeur et le syndicat des employés, on en arrive à passer à côté de la loi et à priver les enfants de plusieurs jours d'école. À la fin de l'année, ou bien on nivelera vers le bas pour maintenir le taux de réussite et minimiser l'incidence des jours perdus, ou bien plus d'enfants devront reprendre leur année. Dans les deux cas, on repousse un problème qui refera surface tôt ou tard, avec peut-être une plus grande amplitude.

    Et les parents des enfants touchés par l'échec, comment réagiront-ils ? Il est à craindre que plusieurs voudront sortir leurs enfants de cette arène où les luttes et les conflits ont préséance sur l'éducation des enfants. Et vers quoi se tourneront-ils pour assurer à leurs rejetons un environnement scolaire moins perturbé et plus convivial ? Vers l'école privée. Ça ne devrait pas déplaire au gouvernement Couillard pour qui l'avenir passe par davantage de privatisation.

    Jusqu'ici, l'école privée a surtout profité aux élèves ayant les meilleures capacités d'apprentissage dans le cadre conventionnel de l'école. Mais les choses pourraient changer. Les enfants ayant des difficultés d'apprentissage ne viennent pas tous des milieux défavorisés. Si le privé y trouve son profit, les élèves en difficulté d'apprentissage pourraient former une nouvelle clientèle pour les écoles privées. C'est sans doute ce que souhaite également le gouvernement actuel (et même ce que souhaitait celui qui l'a précédé).

    Les conflits actuels sont à risques pour l'école publique. L'appui apparent dont elle a joui pourrait s'interrompre brutalement quand les conséquences chez les enfants se manifesteront.

  • Robert Beauchamp - Abonné 7 janvier 2016 10 h 20

    Les expansionnistes

    N'était-ce pas la CSMB qui se disait prête à avaler la CSDM? Sûrement que leur décision est en droite ligne avec la philosophie de leur ministre néolibéral.

  • Hélène Boily - Abonnée 7 janvier 2016 10 h 27

    L'école-garderie

    Les journées ne seront pas reprises et comme par magie, "cela n'affectera pas à ce point les élèves". On en tiendra compte lors des corrections de juin et pas davantage d'enfants ne reprendra son année. La fonction première de l'école (publique?) est d'accueillir les enfants pendant la journée et d'assurer leur sécurité. Excusez-moi d'être cynique mais mon expérience d'enseignante m'a amenée à ce constat.

  • Pierre Fortin - Abonné 7 janvier 2016 11 h 38

    Mais encore Monsieur le ministre?


    Il est plus que navrant que le ministère traite avec autant de désinvolture l'obligation légale de fréquentation scolaire qui est de 180 jours de classe. Que le ministre ait délégué à une porte-parole le soin de nettoyer ses propres écuries en renvoyant le tout aux commissions scolaires et aux syndicats locaux ne le dégage pas de ses obligations légales qui vont bien au-delà du réaménagement du calendrier scolaire.

    Il est trop facile de faire déclarer par une subalterne « Nous avons toujours dit que les premiers perdants des grèves étaient les élèves » en espérant que cela suffira à le délier de son devoir de ministre.

    Monsieur Blais doit se prononcer avec plus de discernement en nous faisant la preuve qu'il sait bien apprécier les choses et en nous démontrant en quoi la perte de huit jours de classe peut être traitée avec autant de légèreté sans nuire à l'éducation des enfants.