Les mesures libérales ont fait leurs preuves, dit Pierre Curzi

L’ex-député péquiste Pierre Curzi convient que la « tempête » linguistique qu’il avait prévue lors de l’entrée en vigueur de la loi 115 ne s’est pas matérialisée.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ex-député péquiste Pierre Curzi convient que la « tempête » linguistique qu’il avait prévue lors de l’entrée en vigueur de la loi 115 ne s’est pas matérialisée.

Il jugeait il y a cinq ans que la légalisation des écoles passerelles constituait « l’un des coups les plus lâches jamais portés à la langue française ». L’ex-député péquiste Pierre Curzi croit aujourd’hui que les mesures libérales ont fait leurs preuves en limitant l’accès au réseau scolaire anglophone.

Alors que l’ex-ministre de l’Éducation Michelle Courchesne s’attendait en 2010 à ce que « seulement quelques centaines » de familles par année aient recours à des écoles anglophones privées non subventionnées — des écoles passerelles — pour obtenir le droit d’envoyer leur enfant dans le réseau public de langue anglaise, les données révélées dans Le Devoir mardi démontrent qu’elles sont bien moins nombreuses qu’escompté. Seules 62 familles ont tenté de passer au régime anglophone cette année, pour un total de 519 depuis l’entrée en vigueur de la loi 115, en 2010.

De 1997 à 2000, soit avant l’adoption de deux lois visant à interdire puis à limiter cette pratique, elles avaient été plus de 4000. La loi 115 prévoit qu’en plus d’avoir à étudier pendant trois ans dans une école privée non subventionnée, un enfant devra satisfaire à de nombreux critères et être évalué en fonction d’une grille complexe visant à « authentifier » son parcours scolaire.

Aujourd’hui retraité de la vie politique, l’ex-député péquiste de Borduas, Pierre Curzi, convient que la « tempête » linguistique qu’il avait prévue lors de l’entrée en vigueur de la loi 115 ne s’est pas matérialisée. « Le gouvernement a adopté des mesures assez restrictives, dit-il. Non seulement c’est compliqué — il faut avoir étudié dans une école privée anglo, mais en plus on cherche à comprendre les justifications pour l’utilisation d’une école passerelle, etc. —, mais ça a été fait avec assez de rigueur. Le gouvernement a pris des mesures et il s’avère qu’elles sont efficaces. »

Il ne regrette pas pour autant d’avoir fait de la lutte contre les écoles passerelles l’un de ses principaux chevaux de bataille et d’avoir critiqué les mesures qu’il applaudit aujourd’hui. « Ce n’était pas alarmiste, dit-il. Parce qu’il y avait bel et bien la possibilité d’un dérapage. Il fallait que le gouvernement comprenne, se tienne debout, respecte la volonté des parlementaires. La mobilisation forte qui a eu lieu a été un élément qui a incité le gouvernement à adopter un règlement et des mesures efficaces, et pour cette raison je ne regrette nullement nos actions. »

La Société Saint-Jean-Baptiste, qui avait été l’instigatrice d’une série de manifestations pour dénoncer la loi 115, se montre satisfaite du faible nombre de cas passerelles. « C’est au moins ça de gagné pour le Québec français », affirme son président, Maxime Laporte.

Lorsqu’un enfant accède au réseau scolaire anglophone, ce sont tous les membres de la fratrie ainsi que leurs descendants qui obtiennent le droit d’étudier en anglais, rappelle-t-il. « Il est important de ne pas banaliser l’effet multiplicateur des écoles passerelles. Tous les reculs significatifs du français doivent être dénoncés, car plus ça va, plus ils s’accumulent », croit-il.

Celui qui était à la tête de la SSJB à l’époque, le député bloquiste Mario Beaulieu, se montre moins satisfait des retombées de la loi 115. « Cinquante-cinq [élèves] à qui on a permis d’étudier en anglais, c’est 55 de trop. Qu’on puisse contourner la loi est une injustice fulgurante », a-t-il estimé en entrevue. Il juge par ailleurs « déplorable » de voir des groupes comme le Quebec Community Groups Network ou l’Association des commissions scolaires anglophones « tenter de contourner la loi 101 comme ça » en revendiquant davantage de souplesse afin de permettre à davantage d’élèves potentiels de s’inscrire dans les écoles de langue anglaise. « Ça démontre qu’ils n’acceptent pas la loi 101. »

Le ministre de l’Éducation, François Blais, a refusé la demande d’entrevue du Devoir, tandis qu’aucun porte-parole de son ministère ne semblait disposé à répondre à nos questions, lundi et mardi.

11 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 6 janvier 2016 07 h 47

    Monsieur le ministre

    Monsieur le ministre Blais doit être occupé à mettre au point une nouvelle réforme pédagogique avec son équipe d'idéateurs pédagogiques: voilà les choses vraiment importantes.

  • Jean Lapointe - Abonné 6 janvier 2016 08 h 24

    Et on fait quoi de la morale ?

    « Ça démontre qu’ils n’acceptent pas la loi 101. » (Mario Beaulieu)

    Non seulement ils n'acceptent pas la loi 101 mais en plus ils sont même prêts à adopter des moyens immoraux dans l'espoir de pouvoir la contourner.

    On ne viendra pas me dire que c'est moralement une bonne chose que de pouvoir «acheter» un droit.

    On dirait que pour eux tous les moyens sont bons quand ils veulent arriver à leurs fins.

    Je m'étonne qu'on n'accorde pas plus d'importance à cet aspect du problème.

    Faut-il en conclure que pour bien des gens se soucier de morale ce serait «dépassé» comme l'est pour eux la souveraineté du Québec?

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 janvier 2016 09 h 58

      «On ne viendra pas me dire que c'est moralement une bonne chose que de pouvoir «acheter» un droit.»-Jean Lapointe

      Nombre de péquistes que je connais sont contre le socialisme et pour le capitalisme, ou l'argent achète tout, et y compris le droit de polluer comme de s'éduquer en anglais dans une école privée.

      Bienvenue dans la réalité capitaliste et néolibérale du parti que vous appuyez vous-même M. Lapointe

      - Cm

    • Gilles Théberge - Abonné 6 janvier 2016 11 h 28

      Vous êtes hors de propos monsieur Montmarquette...!

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 janvier 2016 16 h 45


      À Gilles Théberge,

      e ne vois pas en quoi je suis «hors propos» quand je dis que dans le capitalisme l'argent peut tout acheter, et y compris un droit.

      Il n'y aurait pas de place pour la marchandisation de l'éducation (ni de la santé d'ailleurs) dans un système socialiste égalitaire, ou les riches peuvent se payer une éducation ou des soins privilégiés et part des autres.

      Merci «à vous» de revenir avec une intervention à propos.

      - Cm

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 janvier 2016 04 h 39

      Il n'est pas hors propos, il n'a qu'une seule cible : Le PQ, qu'il soit au pouvoir ou pas.

      PL

  • Claude Bariteau - Abonné 6 janvier 2016 10 h 10

    Une passerelle inacceptable.

    Avec les écoles passerelles, ce ne sont pas des plus et des moins qui sont importants, ce sont l'aval de la cour suprême à des règles permettant de contourner une loi et le recours à des préposés de validation.

    Dans le premier cas, la cour déclare la loi québécoise répressive à l'égard de la liberté des protestataires et demande au gouvernement provincial de ne pas les brimer.

    En gros, elle dit au gouvernement que des gens qui ne font pas leurs arrêts qu’obligent les panneaux à cette fin peuvent continuer de le faire s’ils paient les amendes un certain temps. Après, selon différents critères (religions, valeurs, projets de vie, durée des contournements), ils pourraient se voir octroyer un droit transmissible aux membres de leur famille permettant de rouler sans arrêt et sans amendes sur les routes du Québec.

    Dans le deuxième cas, il y a création d’un service particulier pour les contrevenants, au frais des contribuables, dont le personnel applique une grille d'accès à des gens ayant payé un certain temps pour que leurs enfants étudient en anglais, ce qui fut possible un temps, ne le fut plus, mais devrait le redevenir selon la cour.

    En quelque sorte, les contribuables sont astreints à offrir un service particulier à des contrevenants protestataires.

    Dane les circontances, se réjouir d’un faible taux d'une telle pratique, c’est se réjouir d’avoir offert des services publics particuliers à des gens qui contestent les règles.

    Dans ce dossier, il n’y a qu’une approche pour les gens qui ne veulent pas faire des arrêts sur les routes : qu'ils achètent un grand terrain, y aménagent des routes sans arrêt et roulent à leur façon avec comme contrainte, la seule, que la formation de leurs enfants ne soit pas reconnue par l'État.

    Or, adoptée sous la pression de la cour suprême, cette loi leur permet de rouler sur les routes du Québec.

    Un seul cas demeure inacceptable. Plus, c'est attentatoire.

  • Lucien Cimon - Abonné 6 janvier 2016 10 h 28

    Surpris

    Il me paraît tout à fait étrange que tant de poules se réjouissent parce que le renard qui est dans le poulailler soit encore endormi.
    Les Troyens étaient fiers de recevoir un gros cheval de bois en cadeau. C'était grande naïveté de leur part...

  • Gilles Théberge - Abonné 6 janvier 2016 11 h 38

    Un seul cas

    Est un cas de trop, et est inacceptable.

    Et je trouve " hallucinant" que des parents refusent sciemment que leur enfant reçoive des services d'enseignement dans la langue de le majorité ambiante. Ça dépasse mon entendement.

    Comme dépasse mon intelligence le fait que des juges de la "supreme court" aient jugé qu'il était raisonnable de prétendre que ce l'était.

    Faut dire qu'il y a au moins deux juges qui ont été nommé sur cette base!