Des primes généreuses pour attirer les profs

Pas moins de 3,45 millions de dollars ont été remis en primes de marché par l'Université Concordia l'an dernier. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Pas moins de 3,45 millions de dollars ont été remis en primes de marché par l'Université Concordia l'an dernier. 

Malgré le contexte budgétaire difficile dans lequel elles sont empêtrées, les universités québécoises continuent d’offrir des millions de dollars en primes à certains de leurs professeurs pour les attirer ou simplement pour les retenir dans leurs rangs.

Les universités canadiennes et du reste de la planète rivalisent d’inventivité pour séduire des professeurs réputés : primes, promesses d’investissements majeurs, création de laboratoires spécialisés ou octroi de chaires de recherche prestigieuses. Les établissements québécois ne sont pas en reste, et malgré les compressions de centaines de millions de dollars qui se sont accumulées ces dernières années, ils continuent d’accorder plusieurs millions de dollars en primes de marché à leurs employés sous prétexte qu’ils sont des sommités dans leur domaine.

Ces primes de marché peuvent prendre la forme de bonis annuels ou de montant unique obtenu à la signature d’un contrat lors de l’embauche de nouveaux professeurs.

Des établissements montréalais, c’est l’Université Concordia qui consacre les plus importants montants à cette fin. Pas moins de 3,45 millions de dollars ont été remis en primes de marché l’an dernier. Trois cents professeurs réputés auraient obtenu 10 000 $ en moyenne en sus de leur salaire, a reconnu mardi la directrice des communications de l’université anglophone, Chris Motta.

« Ce n’est pas un phénomène nouveau, a-t-elle expliqué. C’est un phénomène mondial, ce n’est pas propre aux universités montréalaises ou québécoises. Nous avons d’excellents professeurs qui sont constamment sollicités par des universités du Canada et d’ailleurs. C’est ainsi que les choses fonctionnent. »

L’Université du Québec à Montréal (UQAM), McGill et l’Université de Montréal font de même, tout comme l’École polytechnique et HEC, révèlent des documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information par le Montréal Campus, le journal étudiant de l’UQAM, et dont Le Devoir a obtenu copie.

Ainsi, à l’Université de Montréal, quelque 385 professeurs se sont partagé 3,1 millions, tandis qu’à l’UQAM, 86 élus, pour l’essentiel des professeurs de l’École des sciences de la gestion, touchent annuellement des gratifications totalisant 1,04 million. McGill a pour sa part accordé 275 000 $ en « primes de fidélisation » à 35 professeurs.

Dans tous les cas, ces sommes s’ajoutent au salaire prévu à la convention collective des professeurs, variant d’une maison d’enseignement à l’autre, ou encore négocié au cas par cas.

« Tout ça est prévu dans la convention collective négociée entre les professeurs et l’Université Concordia, souligne Mme Motta. Chez nous, [l’octroi de prime] survient dans des disciplines particulières comme le génie et la gestion. 98 % des personnes qui touchent des primes s’affairent dans ces secteurs, qui sont très compétitifs. Si vous avez un bon prof de gestion, toutes les universités vont tenter de vous l’arracher ! »

Ces primes représentent moins de 1 % de la masse salariale de l’établissement, ajoute-t-elle.

L’UQAC et l’UQAM plus généreuses

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) offrirait pour sa part les primes les plus généreuses, puisque quatre professeurs ont reçu 27 000 $, en moyenne, sous la forme de prime en 2014-2015.

L’UQAM se classe seconde en ce qui a trait à la taille des primes, celles-ci atteignant 12 000 $ en moyenne. Quarante professeurs de l’École des sciences de la gestion ont eu droit à ce privilège de 2013 à 2015, sur un total de 64 primes offertes.

« Les critères d’attribution d’une prime de marché sont : la rareté des personnes de haut calibre dans la discipline ou le champ d’études concerné, l’excellence du dossier de la personne candidate, la sollicitation d’un autre établissement, s’il y a lieu, et ce, en considérant principalement les besoins prioritaires du département », explique dans un courriel Jenny Desrochers, porte-parole de l’UQAM.

Il importe aussi de tenir compte de l’écart de rémunération important d’un établissement à l’autre, selon elle. Un professeur titulaire de l’UQAM peut gagner de 99 000 $ à 134 000 $ annuellement, mais le salaire maximal à McGill atteindrait 141 000 $, avant prime. « Les comparatifs des primes de marché entre les universités donnent une fausse image de la réalité », a-t-elle affirmé au Montréal Campus.

9 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 30 décembre 2015 07 h 24

    Le soviet des professeurs

    Selon moi, l'octroi de cet avantage devrait être étroitement balisé dans la convention collective et dans la loi, notamment en exigeant également l'approbation d'un organisme impartial et rigoureux extérieur à l'université impliquée. Le processus doit être transparent et les décisions motivées précisément. Il faut éviter qu'un employeur verse arbitrairement de l'argent à un ami et camoufle ensuite ce fait dans un discours lénifiant mettant de l'avant l'intérêt supérieur de la science ou quelque autre notion abstraite. Il faut éviter que l'on se serve ensuite de cas exceptionnels pour justifier l'augmentation de la rémunération assurable de l'ensemble. Il faut mieux gérer l'argent du public et personne n'est irremplaçable, fût-il un dieu de l'Olympe universitaire.

  • Sylvain Mélançon - Inscrit 30 décembre 2015 07 h 52

    Titre et contenu

    Tout cela semble très raisonnable, en dépit du titre et de l'introduction racoleurs (primes généreuses, millions de dollars). C'est environ 10 000 $ en moyenne pour environ 10 % des professeurs, pour moins de 1 % de la masse salariale.

    Calmons-nous ! Nous sommes très très loin des augmentations accordées aux médecins, dont la masse salaiale est passée de 3,3 milliards $ en 2005-2006 à plus de 7 milliards $ aujourd'hui. Donnons aux médecins des salaires de professeurs d'universités, donnons des primes du même ordre aux meilleurs, et tout ira très bien.

    • Patrick Daganaud - Abonné 30 décembre 2015 12 h 30

      Ne donnons de primes à personne et tout ira très bien...

  • Bernard Terreault - Abonné 30 décembre 2015 08 h 12

    Bof !

    On semble presque scandalisé par ces primes de quelques dizaines de k$. Si on paye un joueur de hockey des millions, je ne suis pas offusqué de voir un candidat au prix Nobel faire 150 k$. D'ailleurs, les professeurs de médecine sont déjà payés très très au-dessus de ce que prévoit la convention collective, dont l'échelle salariale est là pour assurer un minimum décent pour les prof dans les domaines peu payants.

    • Patrick Daganaud - Abonné 30 décembre 2015 12 h 38

      Pas du tout : on ne semble pas « presque scandalisé ».
      Qui est ce « on » ?

      Je suis scandalisé, parce que c'est scandaleux : quoi, les joueurs de hockey ne font que des millions?

  • Patrick Provost - Abonné 30 décembre 2015 10 h 47

    L'Université Laval n'est pas en reste...

    Car elle verse, elle aussi, plusieurs millions de dollars en primes à leurs professeurs sous prétexte qu’ils sont des sommités dans leur domaine selon un mécanisme qui n'est pas transparent, car souvent entre amis. Cela créé des inéquités entre chercheurs de même calibre. Cela est d'autant plus inapproprié que de nombreux laboratoires de recherche sont à fermer leurs portes à cause des politiques de Harper, que Justin Trudeau tarde à régler. Cessons de nous cacher derrière la rhétorique que c'est dans la convention collective. Il y a urgence d'agir dans le financement de nos Universités, et les sommes allouées sous forme de primes ne vont pas dans l'enseignement et la recherche à proprement parlés, mais dans les poches de certains chercheurs privilégiés, et non pas parce qu'ils sont des sommités.

  • Colette Pagé - Inscrite 30 décembre 2015 11 h 08

    Un corps professoral de qualité !

    À partir du moment que ces primes raisonnables de rétention ou d'excellence reposent sur des critères précis et non discrétionnaires elles favorisent le maintien d'un corps professoral de qualité. Il ne faut garder en mémoire que dans certaines universités notamment américaines les primes de rétention excèdent souvent plus de 100 000 $ avec à la clé des avantages supplémentaires : logement, automobile, budget de recherche.

    • Patrick Daganaud - Abonné 30 décembre 2015 12 h 51

      Et si « des primes raisonnables de rétention ou d'excellence », ça n'existait pas?

      Et si les critères étaient toujours et uniquement « discrétionnaires »?

      Et si toute comparaison fondée sur « on le fait bien pour...(les joueurs de hockey, les médecins, les PDG, les banquiers, etc.) était fallacieuse?

      Et si on se disait que surpayer tous les champions des pouvoirs ( sur les hauts savoirs, sur le sport, sur la santé, sur la gestion, sur la finance, etc.) participe à l'effondrement de l'équité, de la justice et à la disparition de l'espèce?

      Comme un déclin de l'Empire...