La science et l’éducation boudées par les étudiants

Pour le vice-recteur à la vie étudiante, les grèves des étudiants et des professeurs ont eu un impact.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Pour le vice-recteur à la vie étudiante, les grèves des étudiants et des professeurs ont eu un impact.

Les nouvelles inscriptions aux études de 1er cycle en éducation et en sciences sont en chute libre à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a appris Le Devoir. La baisse généralisée des inscriptions annoncée à l’automne par le recteur Robert Proulx se traduit par une diminution de près de 20 % des admissions dans ces domaines, des données qui ont de quoi inquiéter la haute direction de l’établissement.

Toutes les facultés, sans exception, ont été touchées par cette baisse de leurs nouveaux inscrits au 1er cycle, qui s’élève à environ 10,8 % à l’échelle de l’établissement cette année. On sait maintenant avec quelle sévérité chaque faculté est touchée.

Les données obtenues par Le Devoir en vertu de la loi d’accès à l’information parlent d’elles-mêmes : chute de 19 % des nouveaux inscrits à la Faculté des sciences de l’éducation entre l’année dernière et la présente, dégringolade des inscriptions nouvelles de 17,2 % en sciences. La Faculté des arts connaît une diminution de 15 %, tandis qu’en sciences humaines, elle s’élève à 11 %. Seuls les étudiants libres ont connu un bond important: 13 %. Dans tous les cas, ces données concernent les étudiants qui se sont inscrits pour la première fois à l’automne 2015 au 1er cycle.

À titre comparatif, l’Université de Montréal a connu une hausse de 7,3 % pour la Faculté d’éducation, et de 1,8 % en sciences pour la même période. Du côté de Sherbrooke, les rangs de la Faculté des sciences ont gonflé de 3,1 %, alors que l’éducation perdait 1,9 % de sa clientèle, mais uniquement pour son programme à temps partiel. L’Université Laval perd elle aussi des plumes, avec une réduction de 108 inscrits, ou 12 %, en éducation.

De tout le réseau universitaire québécois, c’est l’UQAM qui a enregistré la plus importante chute de ses nouvelles inscriptions, tant au premier cycle que dans l’ensemble. Elle est suivie de près, en pourcentage, par l’École polytechnique ainsi que par l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, deux maisons d’enseignement qui comptent toutefois beaucoup moins d’étudiants que celle du Quartier latin de Montréal.

Des motifs complexes

Pour expliquer cette désaffection subite pour les programmes d’éducation, le vice-recteur à la vie académique, René Côté, souligne que ces programmes avaient connu une hausse appréciable de leurs inscriptions l’année précédente. En comparant les inscriptions de l’automne 2015 à celles de l’automne 2013, la baisse se chiffre à 11,5 %, plutôt qu’à 20 % en 2014.

Il mentionne aussi les grèves. Celles qui ont ébranlé l’UQAM, mais aussi celle des enseignants, qui continue de faire couler beaucoup d’encre. « C’est un milieu qui a subi plusieurs cycles de coupes », observe-t-il, rappelant que l’institution forme près de 80 % des professeurs de l’île de Montréal. « La même chose est arrivée en journalisme quand Radio-Canada a annoncé des coupures, ce n’est pas très bon [pour les inscriptions]. » L’UQAM a elle-même fait la manchette plus souvent qu’à son tour l’hiver et le printemps dernier en raison de la grève étudiante et du saccage du pavillon J.-A.-DeSève. « On n’était pas très fiers de ce qui se passait et de la couverture qui en a été faite », avoue le vice-recteur. « Quand les gens ont fait leur demande et qu’ils voient ce qui se passe… ce n’est pas une situation encourageante », dit-il. La faculté d’éducation est malgré tout un « fleuron » de l’institution.

Les motifs pouvant expliquer ce désintérêt pour l’enseignement sont multiples et complexes, souligne la professeure Joséphine Mukamurera de l’Université de Sherbrooke, qui s’intéresse aux questions d’accès à la profession. Si plusieurs facultés ont resserré ces dernières années les critères d’accès au bac en enseignement, elle croit que la profession se trouve « dévalorisée » par la société québécoise. « Ce n’est pas juste le salaire, il y a les conditions sociales, la reconnaissance de la société, des parents, du ministère. C’est décourageant pour les personnes qui songent à se dévouer aux élèves. »

 

Des centaines d’appels téléphoniques

M. Côté assure ne pas avoir chômé depuis que l’UQAM s’est rendu compte que quelque chose n’allait pas au chapitre des inscriptions. « J’avais tout un comité d’accueil en revenant de vacances [à la fin juillet]. [Dès lors] les gens se sont mis [au] téléphone pour savoir ce qui s’était passé. Les gens ont appelé les étudiants pour savoir pourquoi ils ne s’étaient pas inscrits. » Les inscriptions d’étudiants libres étaient « en chute vertigineuse ». « On a mis en place une série de mesures pour y remédier. » Elles ont finalement connu une hausse de 12,9 %.

Les étudiants ayant tourné le dos à l’UQAM reviendront-ils ? M. Côté se fait prudent, évoquant la baisse de popularité de programmes non contingentés et l’attrait croissant des Québécois pour les programmes en génie, santé et administration. « Malheureusement, en génie, on n’est pratiquement pas là, en santé non plus », observe-t-il. L’École des sciences de la gestion de l’UQAM parvient toutefois à tirer son épingle du jeu.

À l’échelle du Québec, les effectifs étudiants devraient cesser leur croissance l’an prochain, pour des raisons démographiques. Au-delà de cette période, elles devraient retomber au niveau de 2010. Entre 2018 et 2028, les universités accueilleront 7600 étudiants en moins, selon les prévisions du ministère de l’Éducation.