Finies, les longues récréations comme moyen de pression

Depuis le début de l'année scolaire, des enseignants prolongent les récréations dans l’espoir d’attirer l’attention sur leurs revendications.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis le début de l'année scolaire, des enseignants prolongent les récréations dans l’espoir d’attirer l’attention sur leurs revendications.

Revers pour plusieurs enseignants en grève : la Commission des relations du travail (CRT) a ordonné à leur syndicat de mettre fin aux récréations allongées et aux journées raccourcies, deux moyens dont ils se servaient depuis des semaines pour augmenter la pression sur la partie patronale.

Dans une décision rendue lundi, et dont Le Devoir a obtenu copie, la commissaire Line Lanseigne est sans équivoque. La pratique des membres de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) contrevient à la convention collective et à la Loi sur l’instruction publique, qui prévoit qu’un nombre précis d’heures d’enseignement doit être assuré, en fonction du niveau scolaire.

Depuis le début de l’année scolaire en cours, et sans qu’un avis préalable de grève ait été envoyé, les enseignants représentés par la FSE raccourcissent les journées de classe et prolongent les récréations dans l’espoir d’attirer l’attention sur leurs revendications. Or ces moyens de pression « portent ou sont vraisemblablement susceptibles de porter préjudice à un service auquel les élèves et les parents ont droit », selon la Fédération des commissions scolaires du Québec, qui représente la partie patronale. Ce genre d’action a lieu « généralement une fois par jour, de deux à quatre fois par semaine », lit-on dans le jugement, où l’on évalue que les élèves perdent 40 minutes d’enseignement par semaine.

La situation a « nécessairement » un impact sur l’apprentissage et touche plus durement les élèves en difficulté, en plus d’entraîner des problèmes d’ordre disciplinaire et de sécurité, en amplifiant les conflits et en favorisant l’émergence des comportements déviants, a évalué la partie patronale.

En réponse, la FSE a souligné qu’aucune disposition de la Loi sur l’instruction publique n’encadre la manière dont les enseignants doivent assurer la prestation de services. « Ainsi, la prolongation des récréations constitue un autre contexte d’apprentissage qui permet à l’élève d’acquérir des compétences d’ordre personnel et social ou de l’ordre de la communication », a plaidé le syndicat. Il a aussi estimé que le temps d’enseignement prévu dans le régime pédagogique est « incitatif » et « donne une certaine flexibilité aux enseignants ».

Mais la commissaire ne s’est pas rendue à leurs arguments. « Malgré le professionnalisme dont font preuve les enseignants dans le cadre de l’exercice de leurs moyens d’action, a-t-elle écrit, force est de constater que les élèves ne reçoivent pas le temps d’enseignement qu’ils sont en droit de recevoir. » De surcroît, aucune demande de dérogation à la grille horaire n’a été demandée par les enseignants au conseil d’établissement, sans l’accord duquel aucune modification ne peut être effectuée.

La commissaire Lanseigne a donc exigé que la présidente de la FSE prenne « toutes les mesures nécessaires » pour que les enseignants fournissent leur prestation normale de salaire. À la Fédération, on s’est limité lundi à assurer que la décision de la CRT sera appliquée.

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 17 novembre 2015 06 h 01

    Grande partialité de la CRT et de la FCSQ

    Dans sa décision, la commissaire Lanteigne aurait été avisée de considérer aussi les milliers d'écoliers privés de services faute d'intervention précoce préventive, d'évaluations expertes, d'obtention de ressources humaines et matérielles, de plan d'intervention.

    Avec ou sans avis préalable, des élèves sont bafoués par la vertueuse « partie patronale »

    Si, sous les libéraux, on ne peut pas s'attendre à mieux du ministre Blais et de son sinistère, on souhaiterait que la Fédération des commissions scolaires du Québec ratisse plus large au moment de dénoncer ce qui porte ou est « vraisemblablement susceptible de porter préjudice » aux écoliers du Québec.

    Ce sont beaucoup plus que 40 minutes d’enseignement par semaine que des milliers d'élèves perdent par semaine, les plus vulnérables étant placés dans une lente agonie scolaire qui les conduit inexorablement vers l'échec.

    Si la commissaire et la FCSQ se prétendent en mesure d'identifier les situations qui ont « nécessairement » un impact sur l’apprentissage et touchent plus durement les élèves en difficulté », qu'elles complètent leur analyse au regard des manquements flagrants du MÉESR relativement à sa mission.

    Qu'elles sachent aussi que leur prise de position partiale, « en amplifiant le conflit » avec les enseignants, témoigne de « l’émergence de leurs comportements déviants ».

    La commissaire reconnaît « le professionnalisme dont font preuve les enseignants dans le cadre de l’exercice de leurs moyens d’action » et il est décevant de la voir tronquer son analyse, tant il est vrai qu'à coeur d'année, des élèves « ne reçoivent pas le temps d’enseignement qu’ils sont en droit de recevoir. »

    La commissaire Lanteigne aurait donc dû exiger que la présidente de la FSCQ prenne « toutes les mesures nécessaires » pour que les commissions scolaires et le ministère fournissent les conditions nécessaires essentielles pour que les enseignants puissent fournir leur prestation devenue anormale.

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 novembre 2015 06 h 08

    Un ministère en récréation perpétuelle

    C'est le ministère qui, au regard de sa mission, s'autorise de longues récréations comme moyens de tension sur ses troupes et de pression sur les plus fragiles de ses élèves.

    Les enseignants avaient trouvé un moyen métaphorique de le lui souligner.

    Si la récréation est finie, qu'elle le soit pour tout le monde et que le ministre et le ministère fassent leur devoir et le gouvernement libéral aussi!

  • Jean-Pierre Brouillette - Inscrit 17 novembre 2015 07 h 16

    Négociation vaine

    Il fallait s’y attendre lorsque l’on donne raison aux autorités d’intervenir. Peu importe les moyens, le gouvernement a une baguette derrière son dos tout en mimant les gestes d’usage d’une négociation vide et sans substance. Les dés sont pipés et il ne serait pas surprenant qu’une loi spéciale descende du ciel d’ici les Fêtes.