Syndicalisme universitaire - Survivre au virage néolibéral

S'il y a une concertation du monde syndical au niveau universitaire, il faut toutefois savoir que l''université québécoise a plus d'un visage. Au moment où le débat se transporte en commission parlementaire, les syndicats informent de leur volonté de gérer la «diversité».

L'Université de Montréal et le Syndicat général des 1300 professeurs de cette institution paraphaient une entente au début du mois sur le renouvellement de la convention collective pour une période de trois ans. Les professeurs chercheurs ont obtenu des gains salariaux qui avoisineront les 10 % au terme du contrat. Ceux-ci ont aussi amélioré leur sort en ce qui a trait à des clauses plus normatives comme la valorisation de la recherche.

Est-il possible pour autant de parler de modèle à l'échelle universitaire québécoise? Président de la Fédération québécoise des professeurs d'université (FQPPU), qui compte 21 syndicats et 8000 membres, Jean Roy ne le croit pas: «Certains de nos syndicats, en particulier ceux de nos grandes universités comme Montréal, McGill ou Laval, abordent la négociation en regardant l'horizon canadien. Dans le cas du réseau UQ, que je connais bien puisque je suis de Rimouski, il y a la locomotive UQAM qui utilise dans sa stratégie l'élément de comparaison avec les autres universités montréalaises.» En aval, les autres membres du réseau de l'UQ ont par conséquent tendance à se servir de l'UQAM comme modèle.

Il existe des spécificités d'un endroit à l'autre: «Elles sont considérables. On a tendance à chercher les éléments communs pour simplifier l'analyse mais c'est la diversité qui frappe. Il y a l'effet de culture, de tradition et d'habitude qui entre en ligne de compte.» Il est donc difficile, voire impossible, de parler d'un modèle global dans le milieu universitaire québécois.

Les défis qui se présentent

Invité à désigner les enjeux majeurs dans les relations de travail pour les profs d'université, le président reconnaît le caractère indissociable qui existe entre les aspects du financement de l'université, qui seront traités à l'intérieur de la commission parlementaire, et ceux qui se manifestent dans la négociation. «Des rattrapages structurels, qui s'effectuent au chapitre des salaires dans bon nombre de conventions, dépendent du fait que nos échelles salariales ont connu des cures minceur durant les années de vaches maigres, pendant lesquelles on a assisté à une dévalorisation du métier d'enseignant chercheur», signale M. Roy. Sur ce plan, les associations professionnelles mènent des actions pour tenter d'ajuster équitablement ces échelles tout au long de la carrière d'un professeur.

Il importe aussi de chercher à appliquer des mesures qui serviront aux nouveaux professeurs à s'intégrer dans une carrière en mutation: «La pression est maintenant beaucoup plus grande pour la productivité en recherche. Dans le cas de l'enseignement, les professeurs se voient imposer le recours à des moyens technologiques beaucoup plus importants; toute cette plateforme exige un investissement de leur part, et ceux qui entrent dans la carrière ont tout cela à faire dès le départ.» Syndicats et parties patronales tentent de trouver des mécanismes soit pour alléger en début de parcours la tâche d'enseignement des nouveaux professeurs, soit pour leur fournir un soutien accru dans leur recherche. Des efforts d'intégration sont consentis de part et d'autre.

Propriété intellectuelle et collégialité

M. Roy rapporte par la suite que d'autres enjeux se manifestent sur les plans de la valorisation de la propriété intellectuelle et de la collégialité: «C'est fondamental. La participation des professeurs eux-mêmes ou des instances qui les représentent à la gouvernance des universités fait partie de notre culture et de notre tradition. Avec l'évolution graduelle du métier, la tentation de s'éloigner de cette approche est là, principalement pour les nouveaux profs.» Il est donc question de trouver et d'appliquer les moyens de maintenir les rouages de cette collégialité tout en suscitant l'intérêt des nouveaux arrivants à son endroit.

De même, des efforts continuels doivent être consentis pour impliquer le corps professoral dans l'engagement syndical. Sur ce point, les difficultés ne se posent pas au niveau de l'intellectualité de la pyramide, mais à celui de la complexité et de la diversité de la tâche: «Le Conseil de l'éducation a raison de dire que la charge de travail n'a pas quantitativement changé mais qu'elle a qualitativement évolué. Un de mes collègues de Laval soulignait que le professeur est devenu quelqu'un qui gère une petite entreprise.»

Il faut par conséquent attirer les professeurs par le biais des questions qui les préoccupent le plus directement pour les amener sur le terrain de l'action syndicale. Dans ce contexte, la force des syndicats réside, au-delà des exécutifs eux-mêmes, dans la mise sur pied de comités qui se penchent sur des questions de plus en plus d'actualité. Enfin, à titre de dernier enjeu en matière de syndicalisme universitaire, M. Roy mentionne les régimes de retraite qui causent problème en raison de l'âge des cotisants; les employeurs sont d'ailleurs sensibles à cette situation pénalisante et collaborent à la recherche de solutions de nature à la régulariser dans un cadre légal.

Commission parlementaire

Le contexte politique actuel, dans lequel se situera vraisemblablement la tenue de la commission parlementaire sur les universités, entraîne chez Jean Roy cette façon d'envisager pareil événement: «Globalement, il y a un passage d'une conception que je qualifierais de culturelle de l'université à un paradigme radicalement différent qui tourne autour d'une logique économique étatique s'intégrant dans des perspectives de mondialisation et de globalisation; il est évident qu'il s'agit d'un virage néolibéral.»

À son avis, il ne s'agit pas en soi d'une solution aux maux observés et plusieurs ont déjà contesté ailleurs semblable approche, tout comme certains ont déjà commencé à le faire ici: «Ça nous impose de réaffirmer d'abord un certain nombre de principes. Il est certain que, si on veut rester dans la métaphore ou dans un vocabulaire commercial et économique, le fonds de commerce du syndicalisme doit quand même demeurer une action collective et solidaire plutôt qu'individuelle. Je ne peux pas me présenter avec mes collègues pour représenter un point de vue de fédération qui s'engagerait résolument dans les choix qui nous sont proposés en faisant fi des principes qui sont à la base de cette action syndicale et de notre action à nous comme fédération depuis quelque temps.» La mission de l'université dépasse l'aspect économique pour embrasser le culturel, le social ainsi que le développement et la diffusion de la connaissance.