Des compétences communes pour tous

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Aux yeux de l’ADESAQ, les futurs étudiants doivent démontrer entre autres leur rigueur scientifique, leur intégrité, leur regard critique et leur aptitude à communiquer afin d’obtenir leur diplôme.
Photo: Cégep André-Laurendeau Aux yeux de l’ADESAQ, les futurs étudiants doivent démontrer entre autres leur rigueur scientifique, leur intégrité, leur regard critique et leur aptitude à communiquer afin d’obtenir leur diplôme.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Aux yeux de l’ADESAQ, les futurs étudiants doivent démontrer entre autres leur rigueur scientifique, leur intégrité, leur regard critique et leur aptitude à communiquer afin d’obtenir leur diplôme.

« Il s’agit d’un ensemble de compétences que les étudiants à la maîtrise et au doctorat doivent posséder au terme de leur formation et qu’ils seront en mesure d’utiliser sur le marché du travail, peu importe leur domaine de discipline ou leur université », explique Marie Audette, vice-rectrice adjointe à la recherche et à la création de l’Université Laval. Elle a piloté les travaux d’un sous-comité de l’Association des doyens des études supérieures au Québec (ADESAQ) qui a développé ledit référentiel.

En s’appuyant sur des référentiels du même genre produits dans des universités aux quatre coins du monde, l’ADESAQ a défini quatre compétences essentielles pour obtenir le diplôme. Elles sont déclinées différemment selon que l’étudiant est à la maîtrise professionnelle, à la maîtrise de recherche et au doctorat.

Il y a d’abord ce que l’ADESAQ appelle la « production professionnelle et scientifique ». « L’étudiant doit démontrer qu’il est capable de mener avec rigueur — et autonomie, dans le cas des doctorants — les étapes d’une étude ou d’un projet de recherche », détaille Marie Audette.

Puis il y a les « connaissances et le regard critique ». L’étudiant doit, entre autres, bien connaître les progrès dans son domaine, assurer la confidentialité des données qu’il recueille et vérifier la fiabilité de ses sources. « Savoir séparer le bon grain de l’ivraie n’a jamais été aussi important, car on vit dans un monde où on a parfois affaire à de la pseudo-science », signale Mme Audette.

Enfin, l’étudiant doit bien communiquer son savoir et faire preuve d’intégrité dans son travail scientifique.

Les facultés et les écoles d’études supérieures ont déjà approuvé et adopté le référentiel qu’elles pourront, si elles le désirent, adapter en fonction de leur réalité. « Ce n’est pas un code contraignant, insiste la vice-rectrice adjointe. On le voit plutôt comme un couteau suisse : vous pouvez travailler sans lui, mais c’est toujours utile de l’avoir sous la main. »

Hier, l’ADESAQ déposait le référentiel au Bureau de coopération universitaire (BCI) — anciennement la CREPUQ. « On a assez bon espoir que le BCI lui fera un bon accueil, affirme Marie Audette. Le référentiel peut être un outil très précieux pour soutenir l’élaboration de nouveaux programmes aux cycles supérieurs, ce dont est responsable le BCI. »

 

Une maîtrise trop longue

Selon Marie Audette, un référentiel de compétences commun s’imposait à la lumière de l’évolution des études supérieures.

Ce qui se trame dans les programmes de maîtrise de recherche est un bel exemple. « Force est de constater que la maîtrise au Québec dure significativement plus longtemps que la maîtrise dans les autres provinces canadiennes, remarque Marie Audette. Il n’est pas question ici des étudiants qui ont du mal à concilier les études, le travail et la famille, mais bien de mémoires de maîtrise qui prennent une telle ampleur qu’ils ressemblent à des mini-thèses de doctorat. »

Il fallait tracer une ligne. « Mais comment définir une durée d’études raisonnable sans compromettre la qualité du travail des étudiants ? » demande la vice-rectrice adjointe. Le référentiel apporte certaines réponses en départageant les compétences requises entre les étudiants à la maîtrise et ceux au doctorat. Il agit un peu comme un rempart contre les débordements observés à la maîtrise de recherche.

« Cela devrait aussi faciliter le recrutement au doctorat, car un étudiant qui a passé trois ans et demi à la maîtrise [la durée normale est de deux ans] ne sera pas toujours enclin à poursuivre ses études s’il a l’impression que le doctorat lui prendra dix ans [la durée minimale est de 4 ans] », signale Mme Audette.

En plus des compétences essentielles, l’ADESAQ a cru bon d’ajouter une cinquième compétence « complémentaire » qui concerne le développement professionnel et personnel. Au cours de sa formation, l’étudiant devrait chercher à consolider son réseau professionnel, à établir son plan de carrière, à rechercher des ressources de perfectionnement, etc. Tout cela pour améliorer son employabilité.

Bien que non obligatoires, ces habiletés sont de plus en plus requises chez les diplômés qui, pour la plupart, ne travailleront pas en milieu universitaire. « Cela relève d’un heureux hasard si l’étudiant manifeste ce type de compétence, qui ne s’enseigne pas en classe. C’est souvent le cas des diplômés ayant un parcours particulièrement réussi », note Marie Audette.

Il est donc du ressort de l’étudiant de perfectionner son développement personnel et professionnel. Marie Audette croit que la diffusion du référentiel offrira des points de repère aux étudiants soucieux de leur employabilité. Cependant, elle estime qu’il est du devoir des établissements universitaires de fournir des moyens et des services pour soutenir l’épanouissement de leurs étudiants dans ce domaine.