Offrir notre expertise aux étudiants du Sud

Claude Lafleur Collaboration spéciale
«Nous constatons donc que les collèges doctoraux sont de véritables accélérateurs de soutenance de thèse», dit Khalef Boulkroune, coordonnateur du pôle Accompagnement des projets régionaux et des réseaux universitaires de l’AUF.
Photo: AUF «Nous constatons donc que les collèges doctoraux sont de véritables accélérateurs de soutenance de thèse», dit Khalef Boulkroune, coordonnateur du pôle Accompagnement des projets régionaux et des réseaux universitaires de l’AUF.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a 55 ans, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) était créée afin de favoriser l’épanouissement d’un espace scientifique francophone. L’AUF regroupe à présent 812 universités, grandes écoles, réseaux universitaires et centres de recherche scientifique dans 104 pays qui ont le français en partage. Basée à Montréal, l’agence applique les résolutions adoptées par les chefs d’État et de gouvernement dans le cadre des sommets de la Francophonie.

Comme le relate Khalef Boulkroune, coordonnateur du pôle Accompagnement des projets régionaux et des réseaux universitaires de l’AUF, l’un des mandats de l’organisme est de favoriser l’enseignement universitaire et la recherche scientifique dans les pays du Sud, « ce qui est une tâche délicate », dit-il.

Éviter la « fuite des cerveaux »

Il raconte ainsi qu’à un moment donné l’AUF s’est fait reprocher de favoriser la fuite des cerveaux du Sud vers le Nord ! Il faut dire qu’à l’époque, croyant bien faire, elle offrait des « bourses de mobilité » permettant à de jeunes universitaires du Sud de venir se former en Europe ou au Canada.

« Or, dans la plupart des cas, ces étudiants étaient par la suite recrutés sur place, indique M. Boulkroune. Du coup, la portée de ce que nous voulions faire — aider les universités du Sud à se doter de professeurs-chercheurs — n’était pas atteinte. »

En conséquence, en 2010, l’AUF a mis en oeuvre un nouveau programme : les collèges doctoraux. Cette fois, au lieu de faire venir les étudiants-chercheurs « dans le Nord », ce sont des professeurs de France, de Belgique et du Québec qui vont à leur rencontre, parrainant ainsi de petits groupes de doctorants.

Ces collèges doctoraux offrent un encadrement scientifique de haut calibre, soutenant les étudiants dans leur parcours universitaire. C’est ainsi que, durant trois ou quatre ans, un professeur « du Nord » accompagne un groupe d’étudiants dans la conduite de leurs travaux, les conseille pour la rédaction et la soutenance de leur thèse, etc. De plus, ces doctorants reçoivent des cours de méthodologie et de méthodes de recherche, de recherche documentaire Web 2.0, de communication scientifique orale, d’entrepreneuriat, etc.

« Les doctorants choisis pour constituer une cohorte étudient dans un domaine particulier et ils sont destinés à devenir des professeurs-chercheurs, précise M. Boulkroune. Nous constituons ainsi des cohortes d’une vingtaine de personnes dans une région donnée. »

Véritables accélérateurs

« Supposons qu’on constitue un collège doctoral au Maghreb, région qui comprend l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, donne en exemple le responsable du programme. On recrute donc une cohorte dans ces trois pays selon deux critères : la qualité des candidats, bien sûr, mais on cherche aussi à obtenir un certain équilibre entre les étudiants des trois pays. » Par la suite, les rencontres de cette cohorte avec le professeur titulaire se tiennent en alternance dans l’un ou l’autre de ces trois pays.

De temps à autre, le professeur rencontre donc sa cohorte d’étudiants, durant une semaine environ. À cette occasion, en plus des formations données, chaque doctorant présente l’état d’avancement de ses travaux. « On fait le suivi de chaque doctorant, ajoute M. Boulkroune, de sorte qu’à la rencontre suivante chacun relate ce qu’il a fait depuis la dernière fois, où il en est dans son parcours… »

Depuis la création des collèges doctoraux en 2010, deux cohortes ont complété le programme (alors que plusieurs autres sont en cours de parcours). « Au départ, on ne savait pas trop à quoi s’attendre, indique le coordonnateur du pôle Accompagnement de l’AUF. On s’est dit que si on arrivait à faire en sorte que 50 % des étudiants d’une cohorte soutiennent leur thèse, là, on serait gagnants ! »

La première cohorte regroupait 33 doctorants du Maghreb étudiant en sciences économiques et de gestion. « De ce nombre, 22 ont fait leur soutenance de thèse », indique avec grande satisfaction M. Boulkroune. La deuxième cohorte était constituée de 33 doctorants d’Afrique de l’Ouest s’intéressant aux sciences de l’eau. Encore là, 23 ont fait leur soutenance de thèse.

« Nous constatons donc que les collèges doctoraux sont de véritables accélérateurs de soutenance de thèse », remarque le titulaire du programme, en ajoutant que ces doctorants deviennent pour la plupart des professeurs et chercheurs universitaires dans leur pays.

Contribution québécoise

Seule ombre au tableau, relate Khalef Boulkroune : la participation de professeurs-chercheurs québécois. En effet, il est plus difficile de recruter des collaborateurs d’ici, notamment parce que notre « philosophie universitaire » diffère de celle de l’Europe, explique le coordonnateur du programme. « En France, les universités sont entièrement subventionnées par l’État, alors qu’au Canada un professeur doit rapporter des fonds de recherche », dit-il.

Or, les collaborateurs recrutés pour les collèges doctoraux ne sont pas rémunérés, ils donnent leur temps et leur expertise bénévolement. Il s’agit donc d’un engagement personnel de leur part qui ne s’inscrit pas dans le cadre d’ententes entre l’Agence universitaire de la Francophonie et les universités.

« Bien sûr, nous prenons en charge les billets d’avion, le séjour et tout le reste, indique Khalef Boulkroune, mais les professeurs participants donnent leur temps. »

Cependant, l’idée des collèges doctoraux étant d’aider les doctorants des pays du Sud, M. Boulkroune a bon espoir de constituer à l’avenir des cohortes d’étudiants provenant des Caraïbes, d’Amérique centrale ou d’Amérique du Sud. « Voilà qui pourrait aussi intéresser des universitaires québécois et faciliter leur vie », souhaite-t-il.