Un diplôme qui s’adapte au monde des affaires

Laurie Vanhoorne Collaboration spéciale
Antonello Callimaci, comptable de formation et vice-doyen aux études de l’ESG
Photo: Émilie Tournevache UQAM Antonello Callimaci, comptable de formation et vice-doyen aux études de l’ESG

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec un marché comme celui des affaires qui ne cesse d’évoluer, les écoles de gestion n’ont pas le choix de se renouveler et d’être à l’affût des tendances. C’est notamment ce que fait l’École de gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG), qui accueillera sa première cohorte du MBA en sciences comptables en janvier prochain.

Avec ce nouveau programme, l’ESG espère parfaire la formation des comptables. « On veut des candidats qui ont réussi leurs examens et sont sur le point d’obtenir leur titre de CPA [comptable professionnel agréé], indique Antonello Callimaci, comptable de formation et vice-doyen aux études de l’ESG depuis plus d’un an. Aujourd’hui, la profession les amène de plus en plus à prendre des décisions. Le MBA en sciences comptables leur permettra d’apprendre à prendre ces décisions dans des contextes de gestion de projet, de résolution de problème. Le savoir, ils l’ont déjà ; l’idée avec cette maîtrise, c’est de simuler des situations. »

Une quarantaine de personnes devrait former les premières troupes de ce programme pour lequel la demande se faisait de plus en plus insistante, non seulement de la part des jeunes professionnels, mais aussi de celle des employeurs. Dans un marché comme celui du Québec, une telle formation trouve toute son utilité. « Il y a au Québec énormément de petites et moyennes entreprises, elles représentent le moteur économique de la province, souligne M. Callimaci. Et dans une PME, le comptable est amené à jouer plusieurs rôles : au niveau financier, bien sûr, mais également de la gestion, et il a de plus en plus besoin d’être formé aux technologies de l’information. »

Les futurs étudiants au MBA en sciences comptables suivront des cours magistraux avant de s’immerger dans des cas concrets, de se frotter à la résolution de problème et de se prêter à des jeux de rôle. « Toutes les pédagogies sont possibles, commente le détenteur d’un doctorat de l’Université de Floride. Ils sont capables, avec la rétroaction, l’autocritique, de vivre la matière, de mettre à profit leurs connaissances à même ces expériences-là. »

Afin de permettre à ces étudiants de poursuivre leur carrière, l’ESG leur proposera une formule intensive de cours concentrés les vendredis, samedis et dimanches, toutes les trois semaines. « Ce sera une immersion totale, sans contrainte de temps. Sur une très courte période, ils seront en mesure d’être initiés à une problématique, de travailler en équipe, d’exposer ce qu’ils pensent et de confronter leurs idées au regard de leur professeur. » Au coeur de ces problématiques auxquelles ils seront soumis, la notion de leadership : comment l’exprimer, comment gérer une équipe.

Renouveler son offre

L’ESG, qui travaille en partenariat avec des universités dans 125 pays, doit constamment adapter son offre en fonction du marché des affaires, lui-même en constante évolution. Ainsi, lorsque l’Ordre des comptables agréés, l’Ordre des comptables généraux accrédités et l’Ordre des comptables en management accrédités ont fusionné pour devenir l’Ordre des CPA, elle a dû revoir l’ensemble de ses programmes.

Si ceux du premier cycle ont tendance à rester stables, les programmes du deuxième cycle sont amenés à changer régulièrement : des cours sont créés, d’autres sont modifiés, quand ils ne sont pas amputés. « On fait ce qu’on appelle dans le monde automobile du fine tuning », résume M. Callimaci. Des professeurs, des chargés de cours, des étudiants, des membres socioéconomiques et des représentants d’entreprises participent à ce chantier perpétuel en tant que membres des comités de programme de l’École de gestion de l’UQAM : ils soulignent ce qui marche, ce qui ne marche pas.

L’ESG offre à ce titre, depuis quelques années, une passerelle MBA-MGP : elle permet à des étudiants qui ont terminé une maîtrise en administration des affaires de combler leur formation avec le bagage d’une maîtrise en gestion de projet — et vice versa — pour qu’ils développent un portefeuille de compétences plus large. Et déjà, le tout frais programme de maîtrise en sciences comptables va subir des modifications avant même de voir ses premiers diplômés, l’ESG souhaitant dorénavant le rendre accessible à de jeunes professionnels qui suivent un programme national pour devenir CPA, en planifiant pour eux un cheminement particulier.

 

Être à l’écoute du marché

Le marché évolue-t-il aujourd’hui plus vite qu’avant ? « Oui, répond M. Callimaci sans ambages, et — désolé du cliché — c’est beaucoup dû à la mondialisation.Avant, on pouvait être gestionnaire sans avoir à se soucier du taux de change, mais maintenant, les entreprises qui n’importent ou n’exportent pas sont rares. De plus en plus, elles sont internationales dès leur démarrage, alors qu’il y a cinquante ans, elles le devenaient lorsqu’elles étaient déjà matures et bien établies localement. De nos jours, elles visent dès le départ non seulement le marché local, mais aussi celui des États-Unis, de l’Amérique du Sud. »

L’éthique et la responsabilité sociale prennent également une nouvelle dimension dans le contexte d’un marché mondialisé. Alors que ces concepts faisaient l’objet d’un cours particulier il y a encore vingt ans, ils sont désormais omniprésents dans tous les cours.

Autre souci tout contemporain au coeur des préoccupations des entrepreneurs : la créativité. « On n’est plus vraiment dans une économie manufacturière, explique le vice-doyen aux études. On est beaucoup plus dans une économie de création, de services, d’information. On voit de plus en plus d’entreprises dont la viabilité dépend de la créativité. » Une créativité qui s’exprime dans la conception de produits innovateurs, dans la compréhension des besoins de ses clients… et de ses employés.

« Aujourd’hui, le capital le plus important, ce n’est ni l’argent ni la machinerie : c’est le capital humain, souligne M. Callimaci, qui note qu’au sein des entreprises les ressources humaines sont plus importantes que jamais. Il faut savoir tenir compte des personnalités. »