Défiler d’une seule voix?

L’ASSE invite les étudiants dans la rue pour protester contre l’austérité.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’ASSE invite les étudiants dans la rue pour protester contre l’austérité.

Après les travailleurs du secteur public, les organismes communautaires et les parents, la voix des étudiants ressurgit. Au moins 50 000 membres de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) sont en grève ce jeudi, alors que de nombreuses autres associations ont uni leur voix à celle des syndicats cette semaine pour dénoncer les compressions budgétaires.

L’ASSE invite les étudiants dans la rue pour protester contre l’austérité et démontrer qu’ils ne sont « pas seuls », comme le veut le thème de la manifestation, à laquelle se joindront également des délégués syndicaux.

« On se doit de rappeler qu’il faut réinvestir massivement dans les services publics », a indiqué au Devoir Hind Fazazi, porte-parole de l’ASSE. Heures d’ouverture des bibliothèques réduites, accès difficile aux professeurs ou aux chargés de cours, diminution du nombre de cours, augmentation du nombre d’étudiants par cours : les conséquences des politiques de restriction budgétaire du gouvernement sont concrètes, dit-elle, « et la population devient plus attentive à notre discours après une mobilisation intensive depuis la rentrée ».

L’ASSE, dont la « grève sociale » du printemps dernier a donné des résultats modérés, n’a pas démordu de sa volonté d’élargir les revendications particulières des syndiqués à une vaste dénonciation du « saccage de notre filet social ». « On ne regrette rien du printemps passé. On se rend bien compte que ce n’est pas suffisant de renouveler les conventions collectives de façon satisfaisante des professeurs, on sent qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens de travailler adéquatement », insiste Mme Fazazi. À long terme, c’est carrément une privatisation du système de santé et d’éducation que l’ASSE prédit à long terme. Un potentiel d’indignation plus large est bien présent selon la porte-parole, d’où l’importance de « décloisonner les luttes » pour « lancer un message politique uni ».

Si, cette fois, ce sont les professeurs qui iront grossir les rangs des étudiants, toute la semaine, des associations étudiantes ont signé des déclarations communes avec les syndicats. La pétition « Université en péril », qui avait recueilli 4000 signatures, a été remise mardi à trois députés de l’opposition qui l’ont déposée à l’Assemblée nationale. La même journée, syndicats, associations étudiantes et direction de l’Université de Sherbrooke unissaient leur voix pour prévenir que « les répercussions de cet étranglement seront désastreuses à long terme ». « Peu importe qui, on subit tous le désinvestissement. On a donc décidé de faire une sortie commune », a expliqué Nicolas Delisle-Godin de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS).

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) a aussi mis sa voix à contribution mardi, en participant au mouvement « Je sauve mon cégep ». Une vingtaine d’établissements du réseau collégial ont été entourés de chaînes humaines symboliques, à l’instar de celles réalisées par les parents de « Je protège mon école publique » depuis mai dernier.

« La mobilisation des enseignants a beaucoup informé les étudiants », constate Antoine Côté, président de la FECQ. Leur stratégie consiste donc à démontrer que « les impacts sont locaux et quotidiens. Il ne s’agit pas seulement de grands chiffres dans des colonnes de budget, il faut mettre des visages humains », croit-il.

Hind Fazazi rapporte que les forces vives du mouvement se trouvent en effet dans les cégeps. « Il y a des mandats de grève partout, mais les plus courageux proviennent du réseau collégial. »

Un mouvement en transformation

Après avoir vu considérablement ses rangs fondre au printemps dernier, notamment après la désaffiliation de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), la FEUQ a annoncé qu’elle mettait ses activités en veilleuse en attendant d’être remplacée.

Une quinzaine d’associations étudiantes ont discuté tout au long de l’été d’une nouvelle entité à créer, déjà baptisée l’Union étudiante du Québec (UEQ). Des divergences quant à la mécanique de la prise de décision ont mené à une scission et à la mise sur pied de l’Association pour la voix étudiante du Québec (AVEQ). Son coordonnateur, Médérick Potvin, explique que le principe du « une association, un vote » n’était pas négociable : « Ce mode de votation exprime notre volonté démocratique de représenter chaque réalité locale, pour éviter que les plus grosses associations se ramassent toujours avec le plus gros bout du bâton. » Du côté de l’UEQ, c’est le vote à double majorité qui prévaudra, c’est-à-dire qu’une majorité des futures associations devra se prononcer pour une proposition donnée, avant de passer à un vote pondéré selon leur nombre de membres. « On ne voulait pas oublier le membre individuel, dans une perspective d’équité entre les petites et les grandes associations », expose Caroline Aubry.

Les associations universitaires non affiliées pourront donc choisir s’ils souhaitent s’affilier à l’une de ces instances en devenir. Huit d’entre elles tiendront des référendums d’ici Noël, indique Mme Aubry. En attendant d’avoir « un véhicule commun », la mobilisation des étudiants universitaires s’organise d’établissement en établissement, mais de plus en plus en collaboration avec d’autres groupes d’intérêt.

2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 5 novembre 2015 06 h 57

    Réagissons!

    Sacrifier et massacrer la santé, les services sociaux, tous les paliers de l'éducation, le frêle équilibre écologique, les plus vulnérables, telle est l'actuelle oeuvre libérale.

    Un gouvernement qui attaque, dépèce et détruit ce que la population s'évertue de protéger n'est ni digne de gouverner ni apte à demeurer au pouvoir.

    La population tout entière doit sortir de sa torpeur et le lui faire savoir.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 novembre 2015 12 h 55

      Je vous appuie...entièrement...complètement et...citoyennement
      en allant appuyer nos enseignants, nos étudiants, partout ...peu importe où on se trouve...Il y a certainement un CEGEP, une école secondaire, etc
      non loin de chez nous...de chez vous.