Les commissions scolaires ont réalisé des surplus de 251 millions - La saine gestion ne saurait être pénalisée, selon Pierre Reid

Le ministre de l’Éducation a tenté de rassurer les commissions scolaires qui craignent les retombées négatives des surplus qu’elles ont réalisés.
Photo: Agence Reuters Le ministre de l’Éducation a tenté de rassurer les commissions scolaires qui craignent les retombées négatives des surplus qu’elles ont réalisés.

Le milieu de l'éducation primaire et secondaire craint que les surplus de 251 millions présentés par les commissions scolaires n'amenuisent leur pouvoir de négociation au moment de réclamer plus d'argent de Québec, ce que le ministre de l'Éducation n'envisage pas, si ces surplus sont tous attribuables à une «saine gestion».

Devant la hauteur de cette réserve, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, promet de veiller au grain, et de voir à être en mesure d'expliquer l'ensemble de ces surplus, qu'il associe spontanément à des réflexes de gestion efficace.

«Le fait d'avoir des surplus, en soi, c'est souvent le signe d'une bonne gestion», a-t-il expliqué hier, lors d'un bref entretien téléphonique. «Mais mon rôle est de répondre à cette question: est-ce qu'il s'agit uniquement de surplus liés à des décisions de bons gestionnaires?»

Les surplus de 251 millions déclarés par l'ensemble des commissions scolaires du Québec au 30 juin dernier, selon les données dévoilées par Le Devoir, sont liés à une série de facteurs et sont facilement justifiables, argumente-t-on dans les organisations scolaires interrogées.

Alors que le milieu craint que cette cagnotte n'émeuve personne lors des discussions préparatoires au prochain budget, le ministre Reid assure que cette réserve n'aura pas d'incidence, si elle est uniquement le fait d'une «saine gestion». «Les efforts demandés l'an dernier n'étaient pas liés aux surplus des commissions scolaires, mais à la capacité de Québec de payer», assure-t-il.

Les commissions scolaires de la Pointe-de-l'Île (17,8 millions) et de la Capitale (14,3 millions) ont expliqué hier que leurs réserves sont attribuables en grande partie à des projets particuliers pour lesquels les sommes sont engagées mais non dépensées, à des réserves cumulées par les écoles dans le vent de la décentralisation, et à une incohérence des cycles budgétaires.

«On reçoit très tardivement certains budgets, et plutôt que de les dépenser, on les réserve pour l'année suivante», explique Jacques Delfosse, président de l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire (AMDES).

La CS de la Pointe-de-l'Île présentait, au 30 juin dernier, le surplus le plus élevé de la province, avec 17,8 millions de surplus cumulé, dont 1,3 millions de surplus libre, tel que l'explique André Dumont, directeur général. «C'est sûr que ça frappe un chiffre comme 18 millions, mais cette année, sur un budget de 244 millions, j'ai un véritable excédent de 3,6 millions. C'est

1,5 % de notre budget, et si je le répartis par élève, ça fait 105 $ sur un budget de 7000 $ par tête.»

Les normes comptables ne permettent pas, comme pour les hôpitaux, de reporter à l'année suivante les revenus non utilisés, déplore aussi Richard Vallée, directeur des services financiers pour la CS de la Capitale, qui affichait un surplus de 14,3 millions à la fin de la dernière année scolaire, dont 8,3 de réserve dans les écoles et les centres de formation professionnelle.

«Nous demandons aux écoles de discuter de plus en plus avec les conseils d'établissement pour annoncer à quoi ils entendent utiliser les surplus», explique M. Vallée, qui croit que la décentralisation des budgets, et donc la multiplication des administrateurs, justifie en grande partie ce phénomène.

Ce que croit aussi la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Johanne Fortier. «On y va à la pièce, on manque de vision d'ensemble, et les écoles engrangent. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, mais le principe de décentralisation des allocations est certainement à questionner.»

Les directeurs d'école craignent toutefois que ce réflexe de gestionnaire n'ait une incidence sur les prochains budgets. «On pourrait nous dire de commencer par dépenser nos millions avant d'en demander de nouveaux», affirme Jacques Delfosse. «C'est normal d'avoir des excédents, et c'est même souhaitable, parce que les écoles n'ont pas droit aux déficits. C'est quand c'est exagéré comme montant qu'on peut se poser des questions», croit pour sa part Serge Rodrigue, président de l'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE).

«On peut questionner ces surplus à partir du moment où les élèves n'ont pas les services dont ils ont besoin, ce qui n'est pas le cas», croit aussi Serge Morin, président de la Fédération québécoise des directeurs d'établissement d'enseignement (FQDE).