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L'IEDM et la FEUQ s'affrontent sur la question des droits de scolarité

Le sempiternel débat sur les droits de scolarité a permis de mettre en opposition ferme hier la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui réclame le maintien du gel, à l'Institut économique de Montréal (IEDM), lequel prône au contraire le dégel et nie une relation directe entre l'accessibilité et la facture des études.

Le débat entourant les frais de scolarité imposés aux étudiants des universités québécoises couve depuis que ces frais ont été gelés, en 1994. La proximité d'une commission parlementaire sur les universités, et la promesse d'aborder notamment cette épineuse question, encourage tout un chacun à plonger dans le dossier pour ajouter une pierre au débat.

C'était le cas hier de l'Institut économique de Montréal, qui a publié une Note économique tenant en quatre pages pour affirmer que cette intention de ne pas augmenter les droits de scolarité «risque de compromettre la qualité de l'éducation supérieure».

«Selon une perception très répandue et véhiculée en particulier par les associations étudiantes, l'amélioration de l'accès à l'éducation supérieure passe nécessairement par une participation financière minime, voire nulle, de la part des étudiants», affirme l'IEDM.

Mais ce débat est basé «sur une fausse alternative», ajoute l'institut, qui refuse de faire le lien entre le niveau des droits de scolarité et les taux de fréquentation en chute. «Des droits de scolarité peu élevés ne sont pas associés avec des taux de fréquentation élevés. C'est même l'inverse qui est vrai», écrit-on dans la note, qui invoque aussi la simple absence de motivation scolaire pour expliquer que les étudiants moins bien nantis ne se dirigent pas spontanément vers des études supérieures.

Même avec les frais de scolarité les moins élevés au Canada — moins de 2000 $ par année au 1er cycle —, «la fréquentation des universités [au Québec] est parmi les plus faibles au Canada», argumente l'IEDM, qui effectue la comparaison avec d'autres provinces canadiennes. Ainsi, en Nouvelle-Écosse, où les frais de scolarité se situent à 5557 $ par année, la fréquentation universitaire (proportion de jeunes de 20-21 ans inscrits à temps plein dans une université) s'établissait en 2000-01 à 33 %, contre 20 % au Québec.

«Ces résultats ne signifient évidemment pas qu'une hausse des droits de scolarité dans une province entraînera une augmentation de son taux de participation, mais ils suggèrent qu'on ne peut pas non plus affirmer qu'une augmentation des droits réduira nécessairement le taux de participation», précise la note.

La FEUQ, qui défend bec et ongles le principe de maintien du gel des frais de scolarité, a littéralement bondi devant les arguments avancés par l'institut, accusant celui-ci de «se planter une fois de plus».

«La Nouvelle-Écosse est la province canadienne qui a le plus d'universités par habitant, et son bassin d'étudiants est alimenté par des gens venus de partout dans les Maritimes, a fait valoir Nicolas Brisson, président de la FEUQ. L'IEDM oublie de le mentionner dans son analyse.»

L'IEDM fait fausse route, selon les étudiants, en négligeant d'évaluer «les drames financiers» qu'engendrent les hausses des frais de scolarité, de même que le fardeau de l'endettement, «qui a triplé au Canada» à la suite d'augmentations.

«Il faut prendre l'IEDM pour ce qu'il est, explique Nicolas Brisson. Un groupe d'intérêt néolibéral qui veut des baisses d'impôt.» La fédération étudiante reproche à l'organisme de ne miser que sur une diminution des impôts plutôt que de «demander au gouvernement de renoncer à 7,5 % de ses baisses d'impôt pour que soient disponibles les 375 millions de réinvestissements nécessaires aux universités», croit Nicolas Brisson.