Moins de français pour attirer des élèves

Photo: Mychele Daniau Agence France-Presse

Jusqu’où les établissements d’enseignement secondaires peuvent-ils aller pour se distinguer de la concurrence ? La question se pose à Saint-Lambert, où la direction d’un collège privé francophone a réduit du quart le nombre de périodes accordées à l’enseignement du français depuis septembre, afin de créer des « profils » personnalisés. Une décision qui soulève de nombreuses questions au sein même de l’institution.

Depuis la rentrée des classes, le collège Durocher Saint-Lambert, qui accueille 2300 élèves, offre des profils Arts, Langue et communication, Monde et leadership, Sciences et technologie et Sports à ses élèves de 1re secondaire. Ce virage, qui vise à freiner une diminution soutenue des demandes d’inscription, s’inspire d’autres initiatives du genre, menées dans les écoles publiques du Québec, telles que les programmes sport-études ou le baccalauréat international.

« Avant il y avait la réputation, le prestige de l’institution. Maintenant, les parents en veulent plus. On a toujours [soutenu] être à la fine pointe et c’est ce qui nous a amenés à revoir notre offre de services », explique la directrice des services pédagogiques du Collège, Hélène Brien.

Pour y parvenir, le Collège a toutefois dû couper quelque part dans l’horaire de ses 456 élèves de 1re secondaire. Ce sont finalement deux des huit cours de français prévus au calendrier scolaire qui sont passés au tordeur pour faire place à ces cours de profil.

La nouvelle a été accueillie avec étonnement, à la fin juin, par de nombreux membres du corps professoral. « La diminution des heures de français fait en sorte que les enseignants ont dû couper dans des projets motivants, pour s’en tenir à la matière au sens strict. Les profs sont découragés », affirme-t-on. La 1re secondaire est une période charnière pour les élèves, qui arrivent dans leur nouvel établissement en provenance de diverses écoles primaires, avec des connaissances très variables. « C’est pour cela que le gouvernement prescrit davantage d’heures en 1re et 2e secondaire qu’en 3e, 4e et 5e secondaire par exemple. Et le CDSL vient couper là-dedans. »

Le collège a évalué un ensemble d’autres possibilités : retrancher complètement les cours d’arts dans la plupart des profils, ou encore amputer des cours de géographie, d’histoire et d’arts. Mme Brien soutient toutefois que l’avenue choisie était la meilleure des options. « Pourquoi le français ? Parce qu’il y en a huit, dit-elle. Je ne peux couper en éducation physique ou en mathématiques. » « Avant la réforme [du début des années 2000], il n’y avait que six périodes de français prévues à l’horaire. Malgré l’ajout de deux périodes supplémentaires, les résultats des élèves sont demeurés à peu près les mêmes », dit-elle, citant les résultats obtenus aux examens du ministère. Elle ajoute que le français est employé dans la très grande majorité des autres cours.

Le Collège doit implanter progressivement les profils, en 2e secondaire dès l’an prochain, puis aux niveaux supérieurs l’année suivante. Elle n’écarte pas de réduire à nouveau du quart les cours de français afin de dégager les périodes nécessaires aux profils, mais le choix ne serait pas fait pour l’instant.

Les établissements doivent viser le plus grand nombre d’heures de français possible, soutient-on au cabinet du ministre de l’Éducation. Toutefois, la loi leur offre une marge de manoeuvre. « La qualité du français est importante. Le régime pédagogique précise des heures à titre indicatif pour l’ensemble des matières. […] Cependant, une chose est claire : les élèves doivent réussir les examens de français du ministère. Aucune exigence en ce sens n’est modifiée », affirme la porte-parole Julie White.

À la Commission scolaire Marie-Victorin, qui couvre le territoire desservi par le CDSL, la norme de 400 heures de français en 1re et 2e secondaire est suivie à la lettre, a expliqué une porte-parole. Idem à la Commission scolaire de Montréal, la plus populeuse au Québec. Durocher Saint-Lambert respectait cette cible avant de modifier ses programmes.

Je ne peux couper en éducation physique ou en mathématiques

9 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 23 octobre 2015 00 h 18

    Où est rendue la conscience?

    Faut-il rappeler aux gestionnaires des établissements scolaires privés comme publics que, selon les test PEICA administrés par l'OCDE, plus de 50 % des diplômés du secondaire n'atteignent pas ou ne maintiennent pas le niveau 3 de littératie, niveau considéré comme essentiel pour fonctionner dans une société postindustrialisée comme la nôtre?

    Faut-il aussi leur demander quelle sorte de société ils prétendent construire?

    Dans la perspective où le ministre Blais songe à leur confier plus de pouvoirs, faut-il nous demander s'ils sont aptes et, s'ils le sont, s'ils en sont dignes.

    Pour un, je ne le crois pas.

  • Jacques Grenier - Abonné 23 octobre 2015 06 h 08

    Jacqueshg

    Auto mutilation. Fausse excuse d'une mauvaise administration. L'école privée coûte trop chère.

  • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 23 octobre 2015 08 h 30

    Langues

    L'espagnol sera la langue dominante des Amériques au détriment de l'anglais et du français.
    Pourquoi ne pas la rendre obligatoire en maternelle, primaire et secondaire?
    Plus les langues sont apprises tôt, plus facile ils peuvent les maîtriser.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 octobre 2015 09 h 31

    Une suggestion...

    À cette pauvre madame Brien qui est aux prises avec cet épineux problème du manque de temps pour des cours de français.

    Remarquez que la plupart des parents et du gouvernement etc rêvent de se débarrasser du français. Quelle engeance! Ce serait tellement plus facile de s'assimiler si on parlait tous le bilingue vous pensez pas?

    Mais bon il faut faire avec ce qu'on a. Et ce qu'on a c'est des règles. Bon. Alors voilà que ma suggestion peut être utile. Pourquoi ne pas remplacer les cours de français par des cours de borborygme. C'est court, c'est efficace, et c'est en français!

  • Lucien Cimon - Abonné 23 octobre 2015 09 h 39

    Cette indifférence et cette démission collectives, effets de la marchandisation de l'éducation et du manque de vision de nos direigeants, est un mouvement de plus vers la marginalisation de toute notre culture.
    À long terme, ce n'est pas seulement notre langue qui ne sera plus reconnaissable, c'est tout le patrimoine artistique développé depuis trois siècles par nos créateurs qui deviendra illisible.