Formation aux adultes: qu’en disent les partis politiques ?

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Le chef du NPD, Thomas Mulcair
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du NPD, Thomas Mulcair

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue

Le 8 septembre, dans le cadre de la Journée internationale de l’alphabétisation, un réseau d’organismes et de chercheurs en éducation des adultes a interpellé les partis politiques fédéraux afin de « remettre sur les rails le développement de l’éducation des adultes au Canada ».

« Aujourd’hui, la prospérité des pays, le succès des entreprises, le dynamisme des communautés, le progrès social et le développement des individus impliquent des niveaux élevés de connaissances et de compétences », disait leur déclaration. Or, poursuit-elle, ces neuf dernières années, on constate le retrait du gouvernement fédéral de l’alphabétisation des adultes. Dans les faits, « le gouvernement tourne le dos aux […] 16 % de la population du pays faiblement alphabétisés et auxquels s’ajoutent 32 % d’adultes qui ont des compétences de base minimales ».

Comme le confirme Daniel Baril, directeur général de l’Institut de coopération en éducation des adultes (ICEA) et cosignataire de la déclaration du 8 septembre, « l’enjeu, pour nous, c’est de donner un coup de barre. On a pris l’image de se remettre sur les rails puisque, véritablement, il y a un désengagement important de la part du gouvernement fédéral, désengagement qui a eu des conséquences dramatiques ».

80 millions… non dépensés

Jusqu’à il y a deux ans, rapporte Daniel Baril, il y avait six organismes pancanadiens en alphabétisation, anglophones et francophones. « Ces organismes étaient financés par un fonds fédéral, dit-il, mais le gouvernement a éliminé ce fonds, de sorte que certains organismes ont carrément fermé leurs portes alors que d’autres ont perdu le tiers, sinon même la moitié de leur financement. »

Il rapporte aussi avoir été étonné d’apprendre récemment « que le fédéral a budgété 80 millions de dollars à l’éducation des adultes et à l’alphabétisation, mais qui n’ont pas été dépensés ». C’est là une façon courante pour le gouvernement conservateur d’équilibrer son budget tout en annonçant des contributions qu’il ne verse finalement pas.

Parmi les organismes victimes de ces compressions, on compte le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF).

« Nous sommes un organisme pancanadien basé à Montréal, relate Geneviève Dorais-Beauregard, directrice générale du CDEACF. Nous sommes un centre de documentation et notre principale clientèle, en matière d’éducation des adultes et d’alphabétisation, ce sont les organismes qui oeuvrent dans le domaine, les formateurs et les chercheurs. Nous leur fournissons tout ce qui existe de pertinent comme recherches et documentations ainsi que des outils à utiliser pour la formation et pour l’alphabétisation. »

« On fait aussi beaucoup de formation de formateurs, poursuit-elle. On sait que ces derniers sont de plus en plus dépassés par les nouvelles technologies alors que, pour apprendre aux apprenants à utiliser ces technologies, il faut bien entendu qu’on puisse se perfectionner — et c’est ce que nous offrons aux formateurs. »

Or, il y a trois ans, le CDEACF a perdu sa subvention fédérale de 400 000 $, ce qui représentait la moitié de son budget ! « En 2011, nous étions 17 personnes alors que, aujourd’hui, nous ne sommes plus que huit, précise Mme Dorais-Beauregard. Par conséquent, nous avons dû réduire nos heures d’ouverture, le nombre de formations que nous offrons, et tous nos services ont été réduits considérablement. »

 

Qu’en disent les néodémocrates et les libéraux ?

Daniel Baril rapporte que trois partis politiques ont répondu à la déclaration du 8 septembre : le Nouveau Parti démocratique, le Parti libéral du Canada et le Bloc québécois. « On ne s’attendait pas à ce que les conservateurs nous répondent, dit-il, puisqu’ils ont pris d’énormes distances vis-à-vis de tous les organismes de la société civile et envers les enjeux sociaux. »

« Le NPD et le Parti libéral ont fait valoir une préoccupation et une priorité pour l’éducation des adultes, poursuit-il. De manière générale, c’est positif : l’intention est là. »

M. Baril déplore cependant, tout comme Mme Dorais-Beauregard, que les deux partis considèrent la formation des adultes essentiellement sous l’angle de la formation à l’emploi, sans envisager sa pertinence dans l’épanouissement des individus et de la société. Comme le résume Geneviève Dorais-Beauregard : « Il y a d’autres raisons que l’emploi dans la vie pour lesquelles on voudrait suivre de l’éducation lorsqu’on est adulte… Préparer les Canadiens à l’emploi, oui, c’est important, poursuit-elle, mais il y a également d’autres enjeux, comme le fait que vivre en société et être un citoyen responsable demande de plus en plus de connaissances et de compétences. »

La réponse des partis a « été fidèle à ce à quoi on s’attendait, commente-t-elle. Il n’y a pas de grande surprise ». Le NPD est clairement celui qui connaît le mieux le dossier, estime-t-elle, « leurs réponses sont vraiment détaillées par rapport à ce qu’on vit ».

Pour sa part, le Parti libéral a chiffré ses engagements, « ce qui est un pas positif, observe Daniel Baril. On nous parle de réinvestir en formation aux adultes, de recommencer à “faire tourner la roue”… Ça, c’est très positif ». Chacun des trois partis a répondu positivement à la nécessité d’alphabétiser la population, observe M. Baril avec satisfaction.

En outre, souligne Geneviève Dorais-Beauregard, le NPD reconnaît l’importance de financer à nouveau les organismes, comme le CDEACF, qui épaulent l’ensemble des intervenants en alphabétisation. « Le NPD reconnaît qu’il faut de la recherche, de la documentation et de l’information, et il reconnaît donc qu’il faut un financement de base — ce qui est très important pour nous », dit-elle.

Et Daniel Baril de conclure : « Nous savons donc que s’il y a un changement de gouvernement, celui-ci sera sensibilisé aux enjeux de l’éducation des adultes, alors que si c’est le même gouvernement qui demeure en place, on ne s’attend pas à ce que les choses s’améliorent… »