De nouvelles approches offertes en formation des enseignants

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Pour Marc-André Deniger, il faut que les facultés d’éducation des universités québécoises, qui conçoivent et dispensent bon nombre des formations continues aux enseignants, aient les moyens financiers de le faire. Ce qui, selon lui, n’est pas le cas présentement.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Pour Marc-André Deniger, il faut que les facultés d’éducation des universités québécoises, qui conçoivent et dispensent bon nombre des formations continues aux enseignants, aient les moyens financiers de le faire. Ce qui, selon lui, n’est pas le cas présentement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La formation continue offerte aux enseignants québécois est-elle à la hauteur des besoins et des attentes de ces derniers ? Selon Marc-André Deniger, professeur et vice-doyen au développement à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, ce n’est pas le cas.

« Nous sommes loin d’avoir mis en place une culture de développement continu professionnel pour nos enseignants, souligne-t-il. Pourtant, cette formation continue est importante et centrale si l’on veut de bonnes écoles et de bonnes pratiques pédagogiques. »

Cette lacune s’explique en grande partie par la façon dont est dispensée la formation continue. « Présentement, la formation continue se fait essentiellement lors des journées pédagogiques. On arrête un jour, on fait venir à l’école un professeur qui donne une formation sur un sujet quelconque. Dans pareil contexte, la formation est surtout théorique et cela m’apparaît nettement insuffisant. »

Il y a bien sûr l’initiative personnelle : plusieurs enseignants choisissent de leur propre gré de suivre une formation. Mais, ici aussi, il y a des obstacles qui se dressent. « Si un enseignant choisit de s’inscrire à une formation, non seulement il doit payer de sa poche le coût de la formation, mais il ne reçoit aucun avantage fiscal pour le faire. Il ne peut pas déduire le coût de cette formation sur sa déclaration de revenus. De plus, les formations qui sont données par les universités sont la plupart du temps de facture traditionnelle. Il s’agit de cours de 3 heures pendant 15 semaines donnant droit à 45 crédits. D’une part, il faut que l’enseignant ait le temps et l’énergie pour le faire. D’autre part, du point de vue de la convention collective, les 45 crédits universitaires ainsi obtenus ne lui procurent aucun avantage. »

C’est la raison pour laquelle Marc-André Deniger croit qu’il faut développer de nouvelles approches de manière à créer des conditions plus adéquates pour les enseignants. D’ailleurs, à ce sujet, des professeurs de sa faculté ont déjà mis en place de nouvelles façons de faire. « J’ai un professeur qui a conçu une formation continue qui se fait à distance et de façon asynchrone. Cette formule emprunte à la formule du MOOC ou du Massive Online Open Courses, très répandue présentement dans les universités américaines. L’avantage de cette formule est qu’elle accorde davantage de souplesse aux enseignants qui suivent la formation, et elle permet au professeur qui donne la formation de faire un suivi. »

Mais la formule qu’il préfère est la formule mixte. Un de ses professeurs vient d’en mettre une en place. « Dans la formule mixte, le professeur se déplace et se rend à l’école pour donner la partie théorique de la formation. Ensuite, la formation se poursuit à distance de façon asynchrone et le suivi se fait aussi à distance. Mais le professeur retourne à l’école quelques fois pendant la formation. Il y a donc une formation en présence des enseignants et une formation à distance. De plus, en retournant à l’école, le professeur peut faire un meilleur suivi. Il est davantage en mesure de vérifier si le contenu théorique de la formation est transposé en pratique. Et c’est ce transfert didactique qui est important, car pourquoi donner une formation si celle-ci n’est pas par la suite mise en application dans le quotidien par l’enseignant ? »

 

Financement

Selon Marc-André Deniger, si l’on veut que la formation continue pour les enseignants soit efficace et qu’elle donne les fruits escomptés, encore faut-il que le financement soit au rendez-vous. « Dans un premier temps, lorsque vous offrez une formation continue à des enseignants, il faut avoir le financement nécessaire pour couvrir le coût de la libération de l’enseignant. Si vous sortez un enseignant de sa classe, vous devez le remplacer. Et cela a un coût. Il faut que les commissions scolaires aient l’argent pour le faire. »

C’est la raison pour laquelle il déplore les compressions que le présent gouvernement a faites dans le programme Chantier 7. « Le programme Chantier 7 était une enveloppe budgétaire entièrement dédiée à la formation continue pour les enseignants et le personnel scolaire. Mais le gouvernement a décrété un gel de ce programme. Les projets déjà engagés vont se poursuivre, mais il sera difficile, sinon impossible, de mettre de nouveaux projets en place. »

Dans un second temps, il faut que les facultés d’éducation des universités québécoises, qui conçoivent et dispensent bon nombre des formations continues aux enseignants, aient les moyens financiers de le faire. Ce qui, selon lui, n’est pas le cas présentement. « Nous savons tous que le financement des universités se fait selon le nombre d’étudiants qu’accueille une université. Par contre, nous savons moins qu’il existe un coefficient, le code Clarder, qui vient moduler le financement selon l’importance que le ministère accorde aux différentes facultés. Et les facultés d’éducation ont un coefficient très bas, ce qui signifie qu’elles reçoivent moins de financement que les autres facultés. Il y a bien sûr une sorte de péréquation à l’intérieur des universités qui corrige un peu cette distorsion, mais cela ne règle pas le problème. Si le gouvernement veut vraiment valoriser l’enseignement, il devrait remonter le coefficient des facultés d’éducation. Avec un peu plus d’argent, les facultés d’éducation seraient en mesure de mettre en place des formations continues innovantes et qui répondent aux besoins des enseignants. C’est de cette manière que nous pourrons établir cette culture de développement continu professionnel qui, aujourd’hui, nous fait défaut. »

2 commentaires
  • Paul St-Pierre - Inscrit 17 octobre 2015 09 h 03

    La formation continue des enseignants n'est pas qu'universitaire

    Le point de vue de M. Deniger est très intéressant et soulève de nombreuses problématiques (financement, modalités de formation, transfert des connaissances, avantages fiscaux et professionnels). Cependant, il ne montre que le volet universitaire de la formation continue.

    Il ne faut pas oublier que de nombreux enseignants participent à des activités de formation continue à même leur cs par l'entremise des plans de formation de leurs écoles, des offres des services éducatifs et de l'accompagnement de la part des conseillers pédagogiques -formations, coaching pédagogique, communautés de pratique, etc. À l'instar des universités, les problématiques demeurent les mêmes et plusieurs cs ont dû couper des postes de CP, ce qui rend plus difficile l'accès à la formation continue. On pourrait dire :" Une autre démonstration de l'effet libéral!".

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 octobre 2015 14 h 38

    Petites lacunes systémiques

    Constats du professeur Deniger :

    1-Pour offrir la formation continue à des enseignants, il faut avoir le financement pour les libérer, les remplacer quoi.

    2-Il faut que les facultés d’éducation qui concoctent et offrent plusieurs des formations aux enseignants, aient les moyens financiers pour ce faire.

    3-Il faut modifier, dans le code Clarder, le coefficient des facultés d'éducation pour que la condition 2 se réalise.

    4-Il faut que le gouvernement veuille vraiment valoriser l’enseignement pour que la condition 3 se réalise.


    Données manquantes ou omises ou non présentées :

    5-Il faut que le gouvernement veuille vraiment valoriser l’enseignement pour que la condition 1 se réalise. Ce n'est pas le cas.

    6-il faut du temps de formation continue reconnu par le gouvernement aux enseignants pour que la formation continue des enseigants s'articule. Ce n'est pas le cas.

    7-Il faut que les facultés d'éducation fassent passer à la recherche en éducation et à ses données autoproclamées probantes l'épreuve du terrain et du développement durable.
    Si cela a déjà été le cas, cela ne l'est plus depuis le début des années 80. Alain Deneault explique d'aillleurs très bien pourquoi.

    À si peu de conditions initiales réunies, je crains fort que « l'on s'en Mooc. »