Des cégeps au Sénégal

Mouhamed Fadel Niang, directeur de l’ISEP-Thiès et coordonnateur de la mise sur pied des 13 autres ISEP au Sénégal, lors de son passage au Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Mouhamed Fadel Niang, directeur de l’ISEP-Thiès et coordonnateur de la mise sur pied des 13 autres ISEP au Sénégal, lors de son passage au Québec.

Pour mettre sur pied de nouvelles maisons d’enseignement, le Sénégal aurait pu faire affaire avec son allié traditionnel, la France. C’est plutôt vers le Québec et ses cégeps que ce pays d’Afrique de l’Ouest s’est tourné pour créer son nouveau réseau d’Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP), en 2013. À terme, ces « cégeps sénégalais » seront aux nombres de 14. Le premier a ouvert ses portes l’an dernier.

Appuyé par la Fédération des cégeps et 13 de ses institutions, le gouvernement sénégalais a développé à partir de 2013 son premier Institut supérieur d’enseignement professionnel (ISEP) à Thiès, situé à 70 km à l’est de Dakar. Cet établissement fortement inspiré des formations techniques des cégeps d’ici compte aujourd’hui près de 200 étudiants. Un début modeste pour une offre de formation qui devrait rejoindre près de 40 000 personnes d’ici neuf ans, indique Mouhamed Fadel Niang, directeur de l’ISEP-Thiès et coordonnateur de la mise sur pied des 13 autres ISEP, en entrevue au Devoir.

« Notre destination logique aurait été la France. On a préféré marquer la rupture. Le Québec est francophone, mais son modèle nous intéressait [davantage], dit-il. Il nous fallait des raccourcis pour mettre en oeuvre ce concept de formations professionnelles » dont le Sénégal a tant besoin selon lui.

Avec plus de 200 000 étudiants universitaires à l’heure actuelle, le Sénégal fait face à un drôle de problème, affirme M. Niang : une surabondance d’« étudiants de carrière », attirés par les généreuses subventions qui découlent du statut d’étudiant, qui effectuent des études de premier, deuxième et troisième cycles, mais qui ne parviennent pas à se trouver un emploi par la suite, faute de formation plus technique.

« On parle beaucoup d’adéquation formation-emploi, mais dans les faits, on n’a jamais réussi à mettre en place ce concept. Avec les ISEP, les diplômés ont les compétences, dès leur sortie, pour aller sur le marché du travail. » Le secteur professionnel a d’ailleurs été mis à contribution pour identifier les domaines d’études souhaités. L’ISEP de Thiès possède cinq filières — exploitation agricole, tourisme, informatique, multimédia et métiers du rail —, mais chacun des ISEP développera des formations basées sur les besoins déterminés dans la région.

En Afrique et ailleurs

Au terme de leur formation de deux ans, les étudiants obtiennent un diplôme supérieur d’enseignement professionnel, analogue au DEC technique québécois, qui lui s’effectue généralement sur trois ans.

Évalué à 2 millions de dollars, le partenariat entre la Fédération des cégeps et les ISEP doit prendre fin en juin prochain. D’ici là, M. Niang et ses collaborateurs continueront leurs échanges avec les différents établissements collégiaux du réseau, qui appuient l’ISEP en matière de gouvernance, du développement des approches et des démarches pédagogiques et d’évaluation des besoins en équipement et en matériel, notamment.

L’entente de collaboration avec l’ISEP de Thiès n’est pas le seul projet d’exportation du savoir-faire des cégeps à l’étranger. L’an dernier, 23 collèges québécois auraient réalisé de telles initiatives, d’une ampleur variable. Toutefois, le nombre de projets de la sorte est passé de 115 en 2005 à seulement 66 en 2014, notamment en raison de la diminution des subventions octroyées par le gouvernement canadien pour le développement international.

La majorité des ententes de collaboration a lieu en Afrique, près du tiers des projets se déroulant au Sénégal, selon la Fédération des cégeps. On enregistre également une croissance importante du nombre de projets réalisés en Amérique latine et centrale.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

«Notre destination logique aurait été la France. On a préféré marquer la rupture. Le Québec est francophone, mais son modèle nous intéressait [davantage], dit-il. Il nous fallait des raccourcis pour mettre en oeuvre ce concept de formations professionnelles.»

Mouhamed Fadel Niang, directeur de l’ISEP-Thiès
1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 14 octobre 2015 06 h 32

    Bonne nouvelle, mais lecture à élargir

    Il est vrai que «Les cégeps, ça marche !», comme le titrait un article récent issu d'une entrevue avec Bernard Tremblay, le président et directeur général de la Fédération des cégeps.

    Toutefois, il est essentiel de les considérer comme un maillon de la chaîne et, à ce titre, comme un maillon incapable de corriger à lui tout seul les failles en amont d'un système éducatif et, par là, de corriger les failles en aval.

    Instrument articulé d'une formation postsecondaire, le cégep produit pourtant 33 % de diplômés qui, selon PEICA de l'OCDE, n'atteignent pas le niveau 3 de littératie, niveau considéré comme arrachant la personne à l'analphabétisme fonctionnel dans une société postindustrialisée.

    Attention, je ne dis pas que le cégep est responsable de cette production. Je dis qu'il ne l'enraye pas et, ce faisant, je dis, que le cégep ne peut « se vendre » que dans une perspective systémique de l'éducation où tous les secteurs sont interreliés et interdépendants.

    En d'autres termes simples, le cégep doit s'intéresser à ce qui se passe avant lui et ce qui passe après. C'est une responsabilité incontournable tant ici, au Québec, que dans les pays où, à cette condition, il peut être une contribution québécoise remarquable tant à la forme du postsecondaire qu'aux fondements sur lesquels elle s'appuie.