Comprendre pour savoir quoi faire…

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Toute l’équipe de l’Institut des troubles d’apprentissage aux côtés du président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc (centre droit), s’attèle, au quotidien, à une meilleure intégration des personnes atteintes d’un trouble de l’apprentissage.
Photo: Nadia Zheng Toute l’équipe de l’Institut des troubles d’apprentissage aux côtés du président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc (centre droit), s’attèle, au quotidien, à une meilleure intégration des personnes atteintes d’un trouble de l’apprentissage.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Une personne sur dix souffrirait d’un trouble d’apprentissage. Mais attention, on ne parle pas ici d’un trouble de déficit d’attention ni d’une déficience intellectuelle, indique Annie Parenteau, orthopédagogue et personne-ressource spécialisée à l’Institut des troubles d’apprentissage (ITA).

« Un trouble d’apprentissage, dit-elle, ce n’est pas une déficience physique, comme un trouble de l’ouïe ou de la vue. Ce n’est pas non plus un trouble de santé mentale ou une déficience intellectuelle. Ce n’est pas dû non plus à un environnement socio-économique ni à des pratiques pédagogiques déficientes. Et il ne faut pas non plus confondre les troubles d’apprentissage avec l’autisme… »

Apprendre à vivre avec

Un trouble d’apprentissage apparaît à la petite école, lorsque vient le temps d’apprendre à lire, à écrire ou à compter, explique la spécialiste. On observe alors qu’un enfant éprouve d’importantes difficultés au moment d’acquérir ces notions de base.

Ces dernières années, les recherches en neurosciences ont permis de constater que, chez les personnes atteintes d’un trouble d’apprentissage, des zones particulières du cerveau ne sont pas stimulées comme elles le devraient. (Pourquoi est-ce ainsi ? On l’ignore.)

Mais ce qu’il y a de merveilleux, relate Annie Parenteau, c’est que, puisque le cerveau est malléable, on peut parvenir à stimuler ces zones et à faire en sorte que l’enfant devienne tout à fait fonctionnel en classe et connaisse par la suite une vie d’adulte à peu près normale. « C’est la beauté de la chose, déclare-t-elle. Si donc on identifie le trouble en bas âge, on est capable, avec une rééducation appropriée, de stimuler les zones qui n’étaient pas activées. À ce moment-là, l’enfant deviendra fonctionnel et, au bout du compte, il s’en sortira bien. »

Elle ajoute néanmoins que, puisqu’il s’agit d’un trouble neurologique, celui-ci demeure permanent. « Mais on peut améliorer les choses en stimulant le cerveau », insiste-t-elle.

Hélas, ajoute-t-elle, un trouble d’apprentissage arrive rarement seul puisque, souvent, il est accompagné d’un déficit d’attention.

À la petite école

Comment se fait-il qu’on observe de plus en plus de personnes affligées d’un trouble d’apprentissage ? De toute évidence, on en dénombre nettement plus aujourd’hui qu’il y a quarante ou cinquante ans, n’est-ce pas ?

Annie Parenteau n’est pas d’accord. « Il n’y en a pas nécessairement davantage aujourd’hui qu’il y a cinquante ans, dit-elle. La différence, c’est qu’à l’époque de nos grands-parents, une personne pouvait très bien fonctionner en société sans trop savoir lire, écrire ou compter. Mais aujourd’hui, les exigences de la vie moderne font en sorte qu’on ne peut guère travailler et fonctionner sans avoir acquis ces apprentissages. Voilà pourquoi on attache tant d’importance aux troubles d’apprentissage. »

Il y a ainsi différents types de troubles d’apprentissage, rapporte l’orthopédagogue, dont la dyslexie, la dysorthographie et la dyscalculie (respectivement la difficulté d’apprendre à lire, à écrire et à compter). « Il y a aussi des troubles qu’on pourrait dire associés, ajoute-t-elle, comme la dysgraphie, le trouble des gestes moteur. » Il y a aussi des troubles qui accompagnent souvent un trouble d’apprentissage, dont le déficit d’attention.

Par contre, poursuit-elle, il ne faut pas paniquer si son enfant semble éprouver quelques difficultés d’apprentissage, particulièrement en 1re et 2e années. « Il y a des enfants qui démarrent un peu plus lentement que les autres, note la spécialiste, et ça peut être tout à fait normal. »

Il importe cependant de surveiller ces enfants et de leur apporter au besoin une aide pédagogique supplémentaire. En fait, ce n’est qu’au terme des deux premières années du primaire qu’on peut vraiment identifier ceux et celles qui souffrent d’un trouble d’apprentissage.

Et encore là, il faut distinguer les enfants qui connaissent certaines difficultés d’apprentissage de ceux qui souffrent d’un trouble d’apprentissage. Mais dans un cas comme dans l’autre, il ne faut surtout pas désespérer puisqu’avec un accompagnement adéquat, tout peut rentrer dans l’ordre. Et Mme Parenteau sait de quoi elle parle puisqu’elle est mère de deux jeunes ados atteints de troubles d’apprentissage… et qui se débrouillent très bien à l’école grâce à l’aide appropriée.

Des compressions qui nous coûteront cher

Il s’agit donc, poursuit Annie Parenteau, d’identifier le plus tôt possible les enfants atteints d’une difficulté et de leur apporter l’aide soutenue leur permettant de cheminer jusqu’à la fin de leurs études. « On a pour objectif de rendre chaque enfant fonctionnel le plus tôt possible pour qu’il soit capable de suivre la cadence des autres élèves », résume-t-elle.

Malheureusement, on assiste présentement à d’importantes réductions des services professionnels offerts dans nos écoles. En fait, constate l’orthopédagogue, plus on retarde l’aide à apporter à un enfant, plus il devient difficile de remédier à ses difficultés.

« C’est terrible, ce qui se passe, dit-elle, puisque, autrement, si on aide très tôt l’enfant, meilleures sont ses chances qu’il termine ses études et qu’il mène par la suite une vie normale et productive. »

Elle rapporte même qu’en tant que société, on paiera très cher les compressions budgétaires imposées par le gouvernement Couillard dans l’aide professionnelle en éducation.

« Il a été démontré que le fait de ne pas aider les élèves qui ont des troubles d’apprentissage a un impact direct sur le décrochage scolaire, puis sur les capacités d’obtenir un emploi, c’est-à-dire de trouver un emploi qui permet de vivre décemment, au lieu d’être à la charge de la société, déclare-t-elle. C’est dramatique pour la société de demain ! »

Et Mme Parentaux de rapporter que 42 % des personnes qui éprouvent des difficultés d’apprentissage n’obtiendront pas de diplôme. « Imaginez les conséquences pour elles et pour la société ! »