La bienveillance pour créer l’attachement

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Pour certains enfants, l’école peut rapidement devenir un environnement hostile, et ce, 180 jours par année. On comprend que dans ce contexte il peut être difficile pour eux de se lever tous les matins pour se lancer dans cette jungle. Dans ces conditions, la motivation scolaire est proche de zéro.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pour certains enfants, l’école peut rapidement devenir un environnement hostile, et ce, 180 jours par année. On comprend que dans ce contexte il peut être difficile pour eux de se lever tous les matins pour se lancer dans cette jungle. Dans ces conditions, la motivation scolaire est proche de zéro.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation: troubles d'apprentissage

Le trouble déficitaire de l’attention n’est que la pointe de l’iceberg. Immergés, se cachent de nombreux autres troubles qui font de la vie d’un enfant un véritable calvaire : anxiété, stress, problèmes d’estime de soi ou de motivation scolaire.

« Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, le TDAH, possède peu de troubles associés, mais il est souvent associé à plusieurs troubles », nuance d’emblée Guy Aublet, conseiller pédagogique en adaptation scolaire et directeur de la programmation à l’Institut des troubles d’apprentissage. L’image la plus parlante pour lui demeure celle de l’iceberg : « Ce qu’on voit, c’est souvent le TDAH, mais il faut creuser pour voir ce qui se cache dessous et qui fait que ce sont les difficultés attentionnelles ou l’hyperactivité qui ressortent. »

La psychologue scolaire Ginette Gagné explique : « On travaille avec tous les problèmes de l’enfant aux prises avec un TDAH. On met en place des moyens physiques pour l’aider au niveau de l’agitation et de l’attention, mais sur les plans personnel et social, il y a aussi des impacts importants dont il faut tenir compte. » Dans les faits, peu importe le traitement, ce qui compte, c’est le contexte relationnel dans lequel se trouve l’enfant : « S’il a autour de lui un adulte bienveillant, qui a une position alpha, qui est l’adulte responsable et qui procure les soins, à ce moment-là, n’importe quelle méthode peut fonctionner », raconte Ginette Gagné.

Actuellement, il existe deux types de traitements pour soigner les enfants qui présentent des signes de TDAH. Le premier est basé sur le béhaviorisme, où on va tenter d’intervenir au niveau de la pensée, ce qui va entraîner un changement de comportement, surtout avec les enfants et les adolescents anxieux. Le second traitement se déroule au niveau de la relation, où le thérapeute doit être conscient de tous les stades d’attachement, pour arriver à un stade profond et guider l’enfant dans son cheminement. C’est l’approche développementale. Il est souhaitable que les parents soient impliqués dans ce type de traitement puisque ce sont eux les premiers pourvoyeurs de soins.

L’attachement

« La faim de l’attachement est supérieure à toute autre chose, même la faim physique », rappelle Mme Gagné. L’enfant devra rechercher la proximité de l’adulte et ce n’est que dans un contexte d’attachement sécurisant qu’il pourra faire certains apprentissages, il réussira à se calmer et pourra alors même chercher à faire de nouvelles expériences.

Un enfant anxieux est agité et vit une grande appréhension en étant convaincu que quelque chose de dangereux le guette. Au départ, c’est un enfant alarmé, et la psychologue relate que « ce stress environnemental et social est excessivement blessant, surtout pour l’enfant qui ne va pas chercher ses repères vers un adulte bienveillant et responsable de lui, mais qui va plutôt aller vers ses pairs ».

Tout comme pour les enfants, les intervenants doivent s’attacher les parents. « On doit les amener à nous faire confiance. Le message doit être que nous sommes des partenaires et que nous ne sommes pas là pour les juger, notre rôle est de changer la perception qu’ils ont de leur enfant », explique Ginette Gagné. Mais il ne faut surtout pas que les parents se retrouvent dans une situation de dépendance par rapport aux intervenants « parce qu’intuitivement les parents savent quoi faire ».

La motivation scolaire : tout un défi

On l’a vu, pour certains enfants, l’école peut rapidement devenir un environnement hostile, et ce, 180 jours par année. On comprend que dans ce contexte il peut être difficile pour eux de se lever tous les matins pour se lancer dans cette jungle. Dans ces conditions, la motivation scolaire est proche de zéro.

Roch Chouinard, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal et responsable de l’équipe de recherche « motivation scolaire et gestion de classe », est bien placé pour expliquer les mécanismes qui engendrent une perte de motivation.

La grande majorité des enfants commencent l’école avec l’intention d’apprendre, et ce qui est fascinant, c’est « qu’en général ils n’ont pas vraiment de doutes quant à leur capacité d’apprendre, mais ce que les enfants ne soupçonnent pas, c’est ce qu’est véritablement l’école », explique le professeur. Pour lui, l’école place devant l’enfant des miroirs qui reflètent une image très précise quant à ses capacités intellectuelles. Les êtres humains ont des besoins psychologiques de base et, parmi ces besoins, celui de se sentir compétent est un des plus importants : « À l’école, au fur et à mesure de leur expérience scolaire et de leur maturation, certains enfants vivent des difficultés répétées et c’est alors que le besoin de se sentir compétent, ils ne le retrouvent pas beaucoup. » Il devient dès lors important pour l’enfant de ne pas se faire blesser davantage. Pour Roch Chouinard, il est primordial que les parents comprennent que « les intentions premières de l’enfant ne sont alors plus dirigées vers les apprentissages et l’acquisition de connaissances, mais vers l’évitement des situations qui pourraient amener une détérioration plus grande de l’estime de soi ». L’enfant peut alors développer toute une série de comportements d’évitement.

Le professeur prend l’exemple d’un enfant qui arrête d’essayer : « Quand on essaie très fort et que ça ne fonctionne pas, on se sent honteux et ça fait beaucoup plus mal que quand on n’a pas vraiment essayé et qu’on ne fait que se sentir coupable. » Ce comportement va entraîner l’enfant dans un cercle vicieux de difficultés à l’école. Avec les années, la différence, l’écart et le retard par rapport aux autres vont commencer à paraître de plus en plus.

Si tu y mets l’effort, tu vas réussir !

Les parents doivent être prudents avec la question de l’effort quand un enfant a des difficultés à l’école : « Parce qu’il a le sentiment que la plupart du temps, quand il a fait des efforts, ça n’a pas donné les résultats escomptés et il s’est fait blesser. De plus, ajoute le spécialiste, l’enfant est plongé dans un état de détresse parce qu’il ne se comprend pas et il sent que son parent ne le comprend pas non plus. » Il faut savoir qu’un enfant qui vit des difficultés a tendance à mal évaluer les exigences d’une tâche qu’on lui demande d’accomplir. Il fait peu de liens avec une nouvelle tâche à effectuer et des tâches antérieures, et c’est vrai dans tout ce qu’on lui demande et pas seulement en français.

Roch Chouinard suggère aux parents de d’abord rationaliser les choses : « Tout n’est pas noir ou blanc. Il faut faire voir à l’enfant ses difficultés tout en lui disant que ce n’est pas parce qu’il n’est pas capable de faire quelque chose que ça sera toujours le cas. Donner des pistes de solution et ramener l’enfant sur les éléments essentiels. » Il est important de toujours s’assurer que l’enfant comprend bien ce qui lui est demandé. De lui montrer en verbalisant à voix haute comment il devrait s’y prendre et de voir avec lui chacune des étapes. « Il faut lui donner juste assez de soutien pour qu’il puisse avancer, pas trop parce que sinon le parent va faire la tâche à la place de l’enfant, mais assez pour qu’il puisse connaître des succès. » Et pour encourager les parents, Roch Chouinard conclura que « réussir avec de l’aide, même si c’est avec beaucoup d’aide, c’est toujours mieux que d’échouer ».