L’abécédaire du trouble du déficit d’attention

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Une personne peut présenter uniquement des symptômes d’inattention, mais elle peut aussi présenter à la fois des symptômes d’hyperactivité, d’où le terme avec ou sans hyperactivité.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une personne peut présenter uniquement des symptômes d’inattention, mais elle peut aussi présenter à la fois des symptômes d’hyperactivité, d’où le terme avec ou sans hyperactivité.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation: troubles d'apprentissage

Qu’est-ce que le trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ? Quelle est sa prévalence ? Comment le diagnostiquer et surtout comment le traiter ? Entrevue avec Annick Vincent, médecin et psychiatre, spécialisée en TDAH.

« Le TDAH est une maladie neurobiologique, précise-t-elle, et aussi neurodéveloppementale, puisqu’elle arrive avec la naissance. C’est que le cerveau d’une personne atteinte de TDAH ne fonctionne tout simplement pas de la même manière que le cerveau d’une personne qui n’est pas atteinte. Dans le cas d’un TDAH, c’est la fonction de modulation du cerveau qui est en cause. Pour utiliser une image, si le cerveau est comme un orchestre symphonique, eh bien, dans le cerveau de quelqu’un atteint de TDAH, il manque le chef d’orchestre. »

Le TDAH se manifeste par deux grandes catégories de symptômes. La première catégorie est celle reliée à l’inattention. « La personne oublie des choses, est mal organisée, elle éprouve de la difficulté à démarrer une tâche, etc. » La seconde catégorie est celle de l’hyperactivité. « Dans ce cas, la personne souffre d’une bougeotte physique et réagit souvent avec impulsivité. » Une personne peut présenter uniquement des symptômes d’inattention, mais elle peut aussi présenter à la fois des symptômes d’hyperactivité, d’où le terme avec ou sans hyperactivité. « Mais attention, ces symptômes, pour qu’on les qualifie de TDAH, doivent avoir un impact sur le fonctionnement de la personne. Nous avons tous parfois des moments d’inattention ou des réactions impulsives, mais cela ne vient pas troubler notre fonctionnement. Mais dans le cas d’un TDAH, oui. »

Selon la majorité des études, l’on estime qu’entre 5 % et 8 % des enfants sont atteints du TDAH. Chez les adultes, on estime la prévalence à 4 %. Connaît-on une augmentation de la maladie ? « Il n’y a pas d’augmentation en nombre absolu, du moins, il n’y a présentement aucune étude qui le démontre. Par contre, ce qui est en augmentation, ce sont les diagnostics et les demandes de traitement. »

Le diagnostic

Le diagnostic du TDAH se fait en cabinet au moyen d’une entrevue et de questionnaires. Il est établi par un clinicien autorisé, soit un médecin, un psychologue ou un neuropsychologue. « D’abord, le clinicien doit chercher à voir s’il n’y a pas d’autres causes aux symptômes. Par exemple, un enfant qui a des troubles de sommeil a de fortes chances de souffrir d’inattention en classe. »

Une fois ces autres causes éliminées, le clinicien poursuit son diagnostic. « Nous nous servons alors d’une grille d’analyse très complète qui comprend plusieurs critères, dont neuf pour l’inattention et neuf autres pour l’hyperactivité. Pour qu’on lui diagnostique un TDAH, une personne doit afficher six critères sur neuf pour l’inattention et toujours six sur neuf pour l’hyperactivité. En deçà de ce seuil, elle n’est pas diagnostiquée comme ayant un TDAH. Le clinicien doit ensuite compléter son diagnostic en cherchant à déterminer s’il n’y a pas des facteurs aggravants, par exemple, une personne ayant un TDAH, mais souffrant aussi de dyslexie. »
 

Le traitement

Le traitement est multiple et ne repose pas entièrement sur la prise de médicaments. « La première étape du traitement consiste à bien faire comprendre à la personne atteinte du TDAH ce qu’il lui arrive et à lui faire saisir que c’est son cerveau qui fonctionne différemment. »

La seconde étape consiste en une série d’interventions non pharmaceutiques qui sont des trucs et des astuces qui permettent à la personne atteinte ainsi qu’à ses parents ou à son entourage de s’adapter à la maladie. D’une part, il faut que les parents et l’entourage de la personne atteinte apprennent à communiquer efficacement avec la personne atteinte du TDAH, car on ne communique pas avec elle de la même manière qu’avec une personne non atteinte. D’autre part, il faut donner à une personne atteinte des trucs et des astuces pour mieux composer avec la maladie. Ces trucs et ces astuces sont souvent des routines que l’on doit mettre en application. Par exemple, pour un enfant, on peut établir une routine pour le départ à l’école : placer le sac d’école près de la porte, y déposer ensuite son lunch, mettre ses souliers et son manteau, etc. La routine peut être affichée sur un babillard. Il s’agit ici d’établir une routine que la personne atteinte adoptera et qui lui permettra de mieux fonctionner.

Dans certains cas, ces interventions suffisent, mais dans d’autres cas, non, et il faut alors se tourner vers la médication. « On peut bien demander à un myope de rapprocher la feuille de ses yeux, mais à un moment donné, ça ne marche plus, et il faut alors envisager le port de lunettes. En matière de TDAH, la médication, c’est des lunettes pour le cerveau. »

La médication prescrite appartient à la classe des neurostimulants et sert à stimuler dans le cerveau la dopamine et la noradrénaline, deux neurotransmetteurs impliqués dans la fonction de modulation du cerveau. Le plus connu de ces médicaments est le Ritalin. « Mais il existe aujourd’hui d’autres neurostimulants qui ont des propriétés différentes du Ritalin et qui permettent au médecin traitant de mieux adapter la médication aux besoins du patient. »

Est-ce possible de voir disparaître par lui-même le TDAH ? « Dans certains cas, oui. Environ 25 % des enfants n’en souffrent plus une fois adolescents, et environ 50 % une fois arrivés à l’âge adulte. Mais ça laisse beaucoup de personnes qui auront besoin de traitements toute leur vie. L’important, ici, c’est de souligner que le TDAH n’est pas une idée farfelue, mais bien une maladie, et que cette maladie, si elle est diagnostiquée, est soignable. »