Petits ajustements, grands impacts pour l’entreprise

Martine Letarte Collaboration spéciale
Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et président d’honneur de la soirée-bénéfice de l’Institut des troubles d’apprentissage (Institut TA)
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et président d’honneur de la soirée-bénéfice de l’Institut des troubles d’apprentissage (Institut TA)

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La haute direction d’une entreprise manufacturière convoque ses chefs d’équipe à une réunion. Des documents leur sont distribués, puis on leur demande de réagir sur le champ. Pierre devient alors très anxieux. Il perd tous ses moyens et n’arrive pas à se concentrer sur la lecture des documents ; encore moins, dans cet état, à formuler une intervention claire et pertinente. Pierre a un déficit de l’attention. Cet exemple est fictif, mais des situations semblables se vivent trop souvent dans les entreprises alors que de simples ajustements pourraient faire toute la différence et permettre à ces travailleurs de mieux fonctionner. C’est l’avis de Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

« Dans un cas comme celui-là, le simple fait de donner les documents à cette personne une vingtaine de minutes d’avance et lui permettre de les lire dans un lieu tranquille pourrait régler le problème et faciliter la vie de tous », indique-t-il.

Michel Leblanc, également président d’honneur de la soirée-bénéfice de l’Institut des troubles d’apprentissage (Institut TA), pense à plusieurs autres solutions possibles pour différentes réalités. Par exemple, pour un employé qui a de la difficulté à se concentrer lorsqu’il y a beaucoup de va-et-vient et de conversations audibles autour de lui, on peut placer son bureau dans un espace de travail particulièrement calme, ou encore lui permettre de travailler avec des écouteurs. Des solutions peuvent être simples et peu ou pas coûteuses, mais le président et chef de la direction de la CCMM remarque qu’encore peu d’entreprises réalisent ce genre d’ajustements pour des employés avec des troubles d’apprentissage.

Avancées dans les écoles

Les progrès se font toutefois de plus en plus visibles dans les écoles, même si les ressources humaines et financières ne sont pas suffisantes en ce moment pour aider de façon appropriée chaque élève dans le besoin.

« L’Institut TA a fait un grand travail pour démystifier et déstigmatiser les troubles d’apprentissage, pour que les parents et les intervenants dans les écoles les détectent, pour qu’on reconnaisse ces difficultés, qu’on en parle et qu’on réalise des ajustements afin de permettre à ces personnes de bien fonctionner à l’école, affirme Michel Leblanc. Avant, on avait tendance à dire que ces enfants étaient paresseux. Je crois que c’est beaucoup moins le cas aujourd’hui. »

Il croit toutefois que ces progrès dans le milieu scolaire n’ont pas encore vraiment pénétré les milieux de travail.

« Il faut continuer de se préoccuper des enfants, mais aussi de la transition entre les milieux de formation et le marché du travail », dit-il.

Grandes entreprises versus PME

Tout de même, certaines entreprises se démarquent. Par exemple, l’entreprise multinationale allemande SAP, active dans le domaine des logiciels, a lancé en 2013 un grand programme international de recrutement de gens avec un trouble du spectre de l’autisme. L’entreprise, présente au Canada entre autres, considère que ces personnes ont souvent une capacité de concentration exceptionnelle et une attention extraordinaire aux détails, des aptitudes particulièrement importantes notamment dans des domaines techniques comme la programmation et le test de logiciels. SAP prévoit que 1 % de ses employés auront un trouble du spectre de l’autisme en 2020.

Michel Leblanc croit que la grande entreprise commence à se démarquer, à s’outiller pour accueillir des gens avec des troubles d’apprentissage.

« Avec le resserrement démographique, on a besoin de la contribution de tout le monde, affirme-t-il. Il faut considérer ces gens et leur donner les outils pour qu’ils donnent leur plein potentiel. »

La PME a moins de moyens que la grande entreprise pour s’ajuster à ce bassin de main-d’oeuvre, mais elle a aussi beaucoup à gagner en permettant à ces travailleurs de bien s’intégrer.

« Plusieurs personnes avec des difficultés d’apprentissage sont très heureuses de voir qu’un employeur leur donne une chance et elles sont souvent très loyales, ce qui est à considérer lorsqu’on sait comment plusieurs PME luttent contre un taux de roulement élevé », remarque M. Leblanc qui a d’ailleurs à la CCMM des employés avec des troubles d’apprentissage.

Ces employés peuvent aussi considérer des tâches qui exigent un haut niveau de concentration pendant de longues heures, ou des tâches répétitives, comme quelque chose de rassurant.

Bien sûr, chacun est différent, mais Michel Leblanc espère qu’on arrivera prochainement à aborder ces questions librement lors d’une entrevue d’embauche sans peur d’être discriminé.

« L’idéal serait de pouvoir le dire d’emblée et ainsi, les employés pourraient tout de suite avoir les outils nécessaires pour fonctionner de façon optimale, dit-il. L’Institut TA fait d’ailleurs tout un travail pour recenser les meilleures pratiques dans différents milieux et partager des outils développés. »

Engagement durable

C’est la troisième année que Michel Leblanc accepte d’être le président d’honneur de la soirée-bénéfice de l’Institut TA. Il vient également de prendre place à leur conseil d’administration.

Le président de la CCMM, dont certains proches ont des troubles d’apprentissage, est convaincu qu’alors que de grands progrès ont été faits dans l’intervention auprès des enfants, il faut travailler très fort également maintenant auprès des employeurs.

« Dans les milieux de travail, on est au début du processus, remarque-t-il. Je suis convaincu que dans dix ans, on aura énormément progressé en matière d’intégration en emploi. C’est un travail de longue haleine. »

La CCMM compte plus de 7000 membres. On y trouve des entreprises regroupant plus de 440 000 employés au Québec.