Les conseillers d’orientation souhaitent intervenir davantage

Martine Letarte Collaboration spéciale
Odette Raymond, personne-ressource à l’Institut des troubles d’apprentissage (ITA) et membre d’Adaptech, un réseau de recherche sur les étudiants collégiaux et universitaires ayant des handicaps
Photo: Source AQETA Odette Raymond, personne-ressource à l’Institut des troubles d’apprentissage (ITA) et membre d’Adaptech, un réseau de recherche sur les étudiants collégiaux et universitaires ayant des handicaps

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les conseillers d’orientation sont encore peu impliqués dans le parcours des jeunes avec des troubles d’apprentissage. L’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec et différents acteurs sur le terrain souhaitent que cela change.

Un étudiant se présente un jour au bureau de Marie Ducharme, conseillère d’orientation en poste au Centre des services d’accueil et de soutien socioéconomique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’étudiant suivait un cours dans l’objectif de se réorienter alors qu’il était préposé aux élèves handicapés dans une commission scolaire depuis plusieurs années. Il adorait son travail, mais il souhaitait obtenir une permanence. Pour y arriver, il devait réussir un test de français, ce qui lui paraissait insurmontable en raison de ses troubles d’apprentissage, dont il n’avait jamais discuté avec ses patrons.

« Cet étudiant n’avait pas besoin de se réorienter : il était à sa place, affirme Marie Ducharme. Il avait seulement besoin de quelques aménagements et outils afin d’avoir les mêmes chances que les autres de réussir le test. »

Elle qui avait travaillé plusieurs années au Service d’aide à l’emploi et de placement en entreprise (SEMO) Montérégie n’a pas hésité à en discuter avec l’employeur.

« La commission scolaire m’a demandé ce qu’elle pouvait faire comme aménagement ; il y a une méconnaissance dans le marché du travail, affirme Mme Ducharme. Finalement, il avait seulement besoin d’avoir accès à ses deux logiciels, pour la correction et la synthèse vocale, puis à plus de temps pour se relire. Il a prouvé qu’il était capable de s’exprimer et qu’il avait le vocabulaire nécessaire pour rédiger ses rapports. Il a réussi le test et obtenu la permanence qu’il souhaitait depuis plusieurs années. »

Plan d’intervention

Cet étudiant a eu de la chance : il a passé à travers le parcours scolaire, a trouvé sa voie, a réussi à s’insérer en emploi et il adore son travail. Par contre, souvent, le parcours pour en arriver là est long et ardu. Plusieurs sont inquiets, se découragent. Leurs parents aussi. Et ce, bien que les jeunes avec des troubles d’apprentissage diagnostiqués aient maintenant des plans d’intervention dans les écoles.

« Ces plans visent généralement la réussite immédiate des différents cours, mais nous souhaitons travailler avec les commissions scolaires et les directions d’école pour qu’elles regardent davantage les perspectives de ces jeunes ainsi que les buts de leurs études afin de les motiver par des objectifs concrets », indique Laurent Matte, président de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec et père d’un enfant avec un déficit d’attention et d’un autre avec un trouble du spectre de l’autisme.

Il est convaincu que la participation des conseillers d’orientation à ces plans d’intervention pour faire cheminer les élèves aiderait la persévérance scolaire.

Odette Raymond, personne-ressource à l’Institut des troubles d’apprentissage (ITA) et membre d’Adaptech, un réseau de recherche sur les étudiants collégiaux et universitaires ayant des handicaps, est du même avis.

« Le rôle des conseillers d’orientation est très important et il faut commencer le travail avec les jeunes dès le milieu du secondaire, affirme-t-elle. Ces jeunes doivent accepter leur trouble, accepter qu’ils doivent toujours travailler plus fort que les autres pour réussir, accepter d’aller chercher de l’aide. Ils ont besoin d’être encore mieux accompagnés pour préparer leur avenir. »

Progrès

Les services d’aide aux étudiants avec des troubles d’apprentissage se sont tout de même beaucoup développés ces dernières années dans les établissements postsecondaires.

« C’est évident, puisque de plus en plus de personnes réussissent là où on ne l’aurait jamais cru possible il y a 15 ans, même 10 ans », se réjouit Odette Raymond, qui a travaillé 25 ans au cégep du Vieux-Montréal auprès des personnes en situation de handicap.

Cela ne signifie toutefois pas qu’il ne reste pas de travail à faire. Par exemple, sur le plan de la transition entre l’école secondaire et le cégep.

« Le dossier du secondaire ne suit pas l’élève, dit-elle. Pourtant, cela aide énormément de savoir tout de suite ce qui a été essayé avec l’élève, ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas. »

Puis Mme Raymond remarque que si la population en situation de handicap augmente aussi rapidement dans les établissements postsecondaires, les ressources ne sont pas toujours présentes en quantités suffisantes.

Un autre grand défi pour les étudiants postsecondaires avec des troubles d’apprentissage est la réalisation de stages en entreprise. Doivent-ils parler de leurs troubles d’apprentissage ou pas ?

« C’est évident qu’on leur conseille de le dire, mais si le jeune ne se sent pas en confiance, s’il craint que le fait de parler de son trouble lui nuise, il risque de vouloir le cacher, explique Mme Raymond. Il faut des milieux de stage et de travail inclusifs, où les jeunes seront convaincus de pouvoir obtenir des aménagements. »

Nouvelles approches

Devant l’augmentation du nombre de gens avec des troubles d’apprentissage dans les établissements postsecondaires, de nouvelles approches sont tentées pour arriver à répondre aux besoins grandissants.

Par exemple, il y a la conception universelle de l’apprentissage. Cette approche, originaire des États-Unis, vient de l’universal design, une démarche en architecture qui vise à construire des édifices accessibles à tous : personnes handicapées, parents avec des poussettes, personnes âgées, enfants, etc.

« Une personne sur dix a un trouble d’apprentissage, alors cela commence à faire énormément de soutien à mettre en place et de salles supplémentaires à rendre disponibles pour les élèves qui ont besoin de plus de temps pour les examens, explique Mme Raymond. Cette nouvelle approche offre à toute la classe des services universels. Tous les élèves peuvent ainsi prendre le temps dont ils ont besoin pour terminer leurs examens et utiliser des outils pour les aider. L’objectif est d’arriver à une meilleure inclusion de chacun et à moins stigmatiser les troubles d’apprentissage. Il y a des critiques, c’est un changement de paradigme, mais l’approche est testée dans quelques établissements postsecondaires au Québec. »