Des milliers d’enseignants manifestent

Environ le tiers des enseignants du primaire et du secondaire ont débrayé, mercredi, touchant ainsi quelque 300 000 élèves dans plusieurs régions du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Environ le tiers des enseignants du primaire et du secondaire ont débrayé, mercredi, touchant ainsi quelque 300 000 élèves dans plusieurs régions du Québec.

Le profond désaccord entre le gouvernement du Québec et les enseignants s’est transporté dans les rues de Montréal mercredi. Près de 34 000 enseignants ont manifesté dans la métropole pour dénoncer les conditions de travail que tentent de leur imposer Philippe Couillard et François Blais.

Dans les 350 établissements de l’île de Montréal, les files d’élèves et le son de la cloche avaient cédé place aux piquets de grève et aux slogans syndicaux, les commissions scolaires de l’île ayant annoncé la fermeture de leurs écoles pour la journée, forçant ainsi de nombreux parents à prendre congé. Plusieurs autres régions du Québec, dont Laval, l’Outaouais et la Haute-Yamaska, étaient elles aussi de la partie.

Malgré le froid et la pluie, les enseignants ont exprimé leur insatisfaction devant la lenteur des négociations. Des centaines d’autobus avaient été nolisés pour l’occasion. Tous convergeaient vers le square Victoria, lieu de départ d’une marche à laquelle ont pris part quelques dizaines de milliers de personnes, munies de pancartes et de banderoles.

Réunis en Conseil fédératif de négociation le 4 septembre dernier, les représentants des 34 000 enseignantes et enseignants des syndicats affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) avaient décidé d’utiliser deux des trois journées de grève légale pour lesquelles ils ont obtenu un mandat. La première se tenait mercredi et la seconde devrait avoir lieu au mois d’octobre. La troisième sera déterminée en fonction de l’avancement des négociations, a prévenu le président de la FAE, Sylvain Mallette.

En point de presse, celui-ci a dénoncé les tactiques gouvernementales, responsables selon lui de la lenteur des échanges. La FAE a rejeté les dernières offres patronales le 22 septembre, qui représentaient selon elle un recul face aux offres initiales formulées en décembre 2014. Québec propose notamment un gel salarial de deux ans suivi de 3 % d’augmentation en autant d’années. La FAE exige plutôt une hausse de 13,5 % sur trois ans. « On considère que les augmentations salariales qu’on demande reflètent le travail qu’on nous demande d’accomplir auprès des élèves, a dit M. Mallette. Maintenant, il y a, oui, le salaire, mais il y a aussi toutes les conditions de travail dans lesquelles on veut nous faire travailler. Ce n’est pas vrai qu’on va accepter de voir le nombre d’élèves augmenter. Ce n’est pas vrai qu’on va accepter que notre tâche s’alourdisse. Une négociation, c’est de construire un pont et de finir par se retrouver au milieu. On fait notre bout de chemin ; que le gouvernement fasse le sien. » Les professeurs et leurs sympathisants ont ensuite arpenté les rues du centre-ville avant d’aboutir à la place du Canada, passant notamment devant le quartier général du Secrétariat du Conseil du trésor.

De l’huile sur le feu

À l’Assemblée nationale, le premier ministre Couillard a soutenu que le débrayage des enseignants a « relativement peu d’impact » sur les négociations, en marge du caucus des élus libéraux. À l’heure actuelle, ce sont « surtout » les parents qui écopent de la grève tournante des enseignants, a-t-il fait valoir, comme en écho à des déclarations faites la veille au Devoir par la présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Corinne Payne.

« Ça désorganise les services de garde dans les écoles », a dit le chef du gouvernement, appelant du même souffle les syndicats à « vraiment faire plus d’efforts à la table des négociations pour en arriver à une entente ». Les demandes des enseignants sont « beaucoup trop importantes », a poursuivi le ministre de l’Éducation, François Blais.

À ses yeux, le gouvernement libéral est victime d’une campagne de « désinformation ». On l’accuse à tort de chercher à alourdir la charge de travail des enseignants et de fermer les « classes spécialisées », a-t-il soutenu. « On ne veut pas augmenter la charge de travail des enseignants. Ce qui est l’enjeu, c’est de “ stabiliser ”, je dis bien “ stabiliser ”, les heures passées à l’école. Pas plus, pas moins », a ajouté M. Blais, sans préciser ce que cela signifiait.

Le Parti québécois reproche au ministre de « jeter de l’huile sur le feu en prétendant que les services aux élèves ne sont pas affectés [par l’abolition de] centaines de postes de professionnels [et l’augmentation du] nombre d’élèves par classe », a déclaré le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, Alexandre Cloutier. Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pressé le gouvernement de s’affairer à éviter une « escalade » des moyens de pression.

De son côté, la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a appuyé sans réserve les enseignants. « Est-ce que ça dérange les parents ? Oui. C’est un fait. C’est malheureux. Ils le savent. Mais les offres du gouvernement sont inacceptables », a-t-elle affirmé. La députée de Gouin a dit trouver « méprisant » le gouvernement libéral, tout particulièrement à l’égard « de toutes ces femmes qui donnent le meilleur d’elles-mêmes à nos enfants ». « On est devant un gouvernement sexiste. »

La présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon, a quant à elle refusé les demandes d’entrevue du Devoir au sujet de la grève.

La CSN obtient ses mandats de grève

Les 170 000 membres du secteur public de cette centrale syndicale tiendront à leur tour une grève tournante de six jours. Après plusieurs semaines de consultation, l’ensemble des fédérations du secteur public de la CSN a voté un mandat de grève à 85 % pour un débrayage cet automne. Du « jamais vu » pour la vice-présidente de la Fédération des employées et employés des services publics (FEESP-CSN), Marjolaine Côté. Une participation qui démontre sans équivoque un « ras-le-bol généralisé », selon la vice-présidente de la CSN, Francine Lévesque. La partie syndicale considère que le gouvernement propose des reculs d’une trop grande ampleur, qui mineront la « capacité à offrir des services publics de qualité », a fait savoir Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). Le secteur public de la CSN représente la plus grande organisation syndicale du Front commun, réunissant des travailleurs de la santé et des services sociaux, des employés de soutien de divers organismes publics, des enseignants du réseau collégial ainsi que des professionnels de tous ces secteurs. Sarah R. Champagne
1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 1 octobre 2015 11 h 43

    Lutte à finir pour la défense de l'Éducation publique

    Tout est malsain dans l'aveuglement tenant lieu de vision au gouvernement Couillard.

    L''école du PM et de Blais, c'est celle du privé, vendue par le lobby de la FEEP, Fédération des établissements d'enseignement privés, laquelle, comme les évangélistes à Ottawa a ses entrées privilégiées dans les officines gouvernementales, et achetée par l'Association des directeurs généraux des commissions scolaires, l’ADIGECS, et par la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, la FQDÉ.

    La FEEP se gargarise des résultats de ses institutions sans comprendre qu'ils sont le produit conjugué de la sélection de ses clientèles et d'un dépassement global de financement d'environ 15 %, toutes sources confondues.

    L'intérêt de l'ADIGECS est de même nature que celui des hors cadres du MSSSS : recaser ses membres quand viendra la tourmente de la restructuration libérale du système scolaire et tenir, en toutes circonstances, un discours « au-dessus de la mêlée » pour démontrer ses compétences autoconférées en gestion et gouvernance de l'appareil de l'État.

    Dans l'annonce d'une décentralisation où il est envisagé de donner beaucoup de pouvoir aux directions des établissements scolaires, l'intérêt de la FQDÉ est ce pouvoir.

    Trois constats pour démolir le bel édifice libéral et les prétentions des instances qui en caressent les plans.

    1-Les écoles privées auront leur mot à dire lorsqu'elles auront fait leurs preuves sur le terrain du secteur public : leurs analyses tronquées ne présentent pas fidèlement la réalité sociale universelle.Elles le savent.

    2-Financièrement, l'ADIGECS gère plutôt bien le système scolaire. Au regard des services aux élèves les plus vulnérables, c'est un échec historique.

    3-Quant à la FQDÉ, outre son égale piètre performance auprès des jeunes les plus vulnérables , il lui faut réviser ses concepts de gouvernance, de gestion et de pouvoir : quand on en veut trop, on n'en donne pas à celles et ceux que l'on doit « éleve