Le détecteur de plagiat mécontente des étudiants

Toronto - Un étudiant de l'université McGill a refusé de soumettre ses travaux à un détecteur de plagiat informatisé, arguant que l'exercice fait en sorte que les étudiants sont considérés comme des tricheurs jusqu'à ce qu'ils soient innocentés.

Le logiciel, destiné à contrer la prolifération des sites Internet encourageant la triche, balaie le travail d'un étudiant à la recherche de passages «volés» en le comparant à des documents disponibles sur Internet.

Ce programme, appelé Turnitin, est utilisé par 28 des 90 universités canadiennes. Toutefois, son utilisation est souvent volontaire.

Jesse Rosenfeld, 19 ans, originaire de Toronto, a protesté, refusant de soumettre ses travaux de la session d'automne au détecteur et obtenant ainsi la note zéro pour chacun d'eux.

Le cours de deuxième année en développement économique était un des cours qui faisaient partie l'automne dernier d'un projet-pilote de l'université McGill visant à tester le logiciel mis au point en Californie en 1997.

Mais cette semaine, après deux mois, le professeur a renversé sa décision et accepté de corriger les travaux sans avoir recours au détecteur. Le jeune Rosenfeld a obtenu les notes C+ à B+.

«Je suis heureux des notes, mais franchement, je suis insulté. L'université viole les droits des étudiants avec ce logiciel qui présume de leur culpabilité jusqu'à ce qu'il soit démontré qu'ils sont innocents», a affirmé Jesse Rosenfeld.

Turnitin demande que l'étudiant lui-même envoie son travail ou son rapport de laboratoire sur le site http://www.turnitin.com et un «rapport d'originalité» est retourné au professeur avec le travail. Le système inscrit alors le travail dans sa banque de données pour des comparaisons futures, une chose à laquelle Jesse Rosenfeld s'oppose également «parce que cela équivaut à utiliser le travail des étudiants pour gonfler les profits de l'entreprise».

Selon Joel Duff, de la section ontarienne de la Fédération canadienne des étudiants, de telles mesures sont de plus en plus communes dans les universités aux prises avec des budgets réduits.

À l'université York, à Toronto, les étudiants ne peuvent pas être contraints à soumettre leurs travaux au détecteur. Selon la vice-présidente de l'institution, Sheila Embleton, un bon professeur peut lui-même détecter la fraude, sans cyberoutils.

Mme Embleton a indiqué que d'après elle, moins d'une centaine des 1200 professeurs de York sont abonnés à Turnitin qui, notamment, ne peut pas repérer les travaux soumis par des tricheurs qui n'ont jamais été publiés sur Internet.

Quant à l'université de Toronto, elle s'est inscrite à ce service il y a deux ans après une augmentation marquée, du simple au triple, du plagiat entre 1996 et 2002. Internet a rendu la tâche facile aux étudiants qui veulent télécharger les recherches d'autres personnes.