Plus de DEC-baccalauréats, plaide le Conseil supérieur

Photo: Michael Monnier Le Devoir

Des diplômes collégiaux spécialisés, davantage de programmes menant à la fois à un DEC et au baccalauréat et, pourquoi pas, un jour, des baccalauréats offerts au palier collégial : Québec doit revoir en profondeur les différents types de formation que peuvent offrir les cégeps, conclut le Conseil supérieur de l’éducation dans un avis remis mercredi au ministre François Blais.

Le diplôme d’études collégiales ne peut plus contenir seul les exigences de l’ensemble des formations de niveau collégial, conclut le Conseil supérieur de l’éducation du Québec dans ce document de réflexion sur l’avenir du palier collégial québécois.

En somme, le Conseil propose d’offrir au collégial des programmes de spécialisation s’ajoutant au DEC « de base », de créer des programmes de plus de trois ans menant à un DEC technique avancé et de développer en collaboration avec les universités des programmes intégrés menant à un grade universitaire, inspirés de formules semblables en place depuis de nombreuses années en Ontario et en Colombie-Britannique. Il est par exemple possible d’effectuer un DEC de deux ans dans un collège ontarien, suivi de deux ans à l’université, ce qui mènera par la suite à l’obtention d’un baccalauréat.

Le Conseil propose également de poursuivre les travaux visant à créer des baccalauréats appliqués ou techniques au niveau collégial, des formations de cinq ans qui seraient entièrement offertes au niveau des cégeps. Mais le fruit n’est pas mûr, estime toutefois le président du Conseil, Claude Lessard.

« Il y a un espace à combler entre le statu quo, c’est-à-dire le DEC de trois ans, et les formations à l’université. Il y a trois options qui sont extrêmement intéressantes et qui ouvrent cet espace entre le cégep et l’université, dit-il. On a fonctionné pendant 50 ans avec l’idée qu’un diplôme technique, c’était trois ans et rien d’autre. Peut-être qu’on peut penser qu’autre chose est possible. »

Sans surprise, cet avis réjouit la Fédération des cégeps de même que la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ), une organisation syndicale.

Toutes deux montrent beaucoup d’enthousiasme face à la possibilité d’offrir de nouveaux formats de programmes aux cégépiens. « On veut travailler en collaboration avec les universités, en ayant en tête les priorités de nos étudiants », explique Bernard Tremblay, le président de la Fédération des cégeps. « Ce n’est pas quelque chose qui doit nous opposer, mais qui doit nous unir. »

Caroline Senneville, présidente de la FNEEQ, estime que la création d’un diplôme collégial d’études spécialisées et d’un DEC technique avancé, tel que proposé par le Conseil, viendrait répondre à des besoins exprimés depuis longtemps, tant par les étudiants que par les employeurs. « On parle de formaliser, de faire le ménage dans les attestations d’études collégiales spécialisées. Ça reste des études collégiales, mais actualisées, améliorées », dit-elle.

Sitôt déposé, sitôt tabletté ?

De son côté, le ministre de l’Éducation François Blais n’écarte pas totalement l’avis du Conseil supérieur, mais reconnaît concentrer ses énergies sur d’autres dossiers, au niveau collégial. « Nos trois priorités pour les cégeps sont les suites à donner au rapport Demers (NDLR : sur l’offre de formation collégiale, déposé en 2014), la mobilité étudiante et l’amélioration des programmes de formation technique afin qu’ils répondent mieux aux besoins du travail », a indiqué Julie White, une porte-parole.

La Fédération étudiante collégiale du Québec n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

4 commentaires
  • Denis Marseille - Inscrit 10 septembre 2015 05 h 23

    A mes yeux...

    Cela ressemble à du grapillage de clientèle qui mènera à un dédoublement des services et par le fait même, des coûts.

    Pour l'instant, je considère que c'est une fausse bonne idée. A vous d'en prouver la nécessité ou du moins les avantages que cela procurerait.

  • Jean-François Trottier - Abonné 10 septembre 2015 07 h 23

    Et la formation continue ? Et les professionnels ?

    Au départ je ne sais que penser de ces réformes. Elle me semblent justifiées mais, de toute évidence, il faudra les implanter avec circonspection.

    En tout cas je supplie pour qu'on commence par faire des essais dans certains secteurs choisis et dans quelques Cegep d'abord avant de se lancer, comme trop souvent par le passé, dans une réforme globale.

    Si l'on étire les programmes pour en faire un baccalauréat, y aura-t-il le même nombre de cours de français ? De philosophie ? Si oui, alors c'est non.

    On ne forme pas des professionnels en leur donnant seulement de la technique, au contraire. Il est possible que simplement des cours de philo sous forme d'éthique touchant directement le programme, et des cours de lecture et rédaction de rapport pour le français, suffiraient, mais je tiens à dire que c'est un strict minimum.

    J'ai travaillé dans une centaine de compagnies différentes à titre d'informaticien, et chaque jour je subissais la torture de devoir lire les courriels de gestionnaires, certainement des universitaires. En anglais c'était souvent pénible, en français c'était catastrophique, et je ne parle pas de style. Deux fois sur trois je devais rencontrer l'auteur pour simplement comprendre de quoi il parlait!

    D'autre part, il y a eu un grand effort de pairage entre les Cegep et universités, d'une part, et les industries, ce qui est bien. Il faut continuer en développant les cours de formation continue, tout en les soustrayant le plus possible à l'influence de l'industrie, toute préoccupée qu'elle est par des résultats immédiats. On veut former des personnes aptes à envisager l'évolution de l'industrie et non seulement à répondre aux besoins immédiats.

    Les exigences doivent venir des institutions aussi, et pas uniquement des industries clientes.

  • François Dugal - Inscrit 10 septembre 2015 07 h 37

    Un avis

    "... Un avis remis mercredi au ministre François Blais."
    Désolé, mais monsieur le ministre Blais n'a pas d'avis sur rien; il exécute les ordres du comptable en chef.

  • Loyola Leroux - Abonné 12 septembre 2015 12 h 55

    Des nouveaux DEC de 1 an, 2 ans, 4 ans, etc.

    Comment se fait il que la durée pour atteindre les compétences dans chacun des DEC est de 3 années ?

    Un des problemes a résoudre réside dans la durée des différents DEC. Lorsque les cegeps ont été créés en 1967, tous les cours menant a un DEC dans n’importe quelle discipline ont été définis en visant des objectifs. Il n’y avait pas de limites aux objectifs a atteindre et a la somme de connaissances a accumuler pour obtenir un DEC. Tous les DEC s’obtenaient en 2 années au général et 3 années au professionnel.

    Avec la Réforme de 1992, les cours ont été définis par compétences. Bizarrement, la durée pour atteindre la somme des compétences est toujours de 3 années pour chaque DEC, alors que la somme des compétences varie énormément d’un DEC a l’autre. Un DEC scientifique en Soins infirmiers ou en Laboratoires médical devrait durer 4 années et un en techniques humaines, comme TES ou TAS, etc. pourrait durer 2 années et meme une année en Garderie.