L’enseignement français adapté au Québec

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La particularité du collège Stanislas est d’offrir un enseignement basé sur le cursus français.
Photo: Courtoisie collège Stanislas La particularité du collège Stanislas est d’offrir un enseignement basé sur le cursus français.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation

Ce collège situé au coeur d’Outremont offre un petit plus à ses élèves : on y offre l’enseignement français adapté au Québec. Cette particularité séduit tant à Montréal qu’à Québec puisque l’institution compte près de 3000 étudiants répartis sur les deux campus.

C’est une rentrée rêvée sous un ciel sans nuages. C’est vrai au propre comme au figuré. De son bureau, le directeur du collège Stanislas, monsieur Philippe Warin, peut admirer autant les arbres majestueux qui bordent la rue que les élèves qui franchissent les portes de l’école. Pour certains d’entre eux, c’est une première, mais pour d’autres, c’est un geste répété depuis plus de 10 ans : il y a ici tant des classes de maternelle que de collégial.

Philippe Warin est un ancien élève du collège qui, comme tout le monde, appelle Stan cette vénérable institution qui a fêté ses 75 ans en 2013 : « C’est la 14e année que je suis à la direction du collège ; depuis 2011, je suis à la direction générale et auparavant j’ai passé neuf ans au poste de directeur adjoint. » M. Warin est directeur du campus de Montréal, mais aussi de celui de Québec. Depuis 25 ans, Stanislas a ouvert un collège boulevard Sainte-Foy, voisin de l’Université Laval. Ils sont 400 enfants à fréquenter l’école, qui offre des classes de maternelle 3 ans jusqu’à la cinquième secondaire… ou la seconde.

Quand le collège ouvre ses portes en 1938, c’est à l’origine une filiale de l’établissement parisien du même nom. Au fil des ans, de nouveaux bâtiments s’ajoutent et chaque décennie voit apparaître une nouvelle aile jusqu’en 2000, où l’établissement prend l’allure qu’on lui connaît aujourd’hui. Si les besoins en espaces augmentent constamment, c’est parce que le nombre d’élèves grandit rapidement. Aujourd’hui, un enfant peut entrer à Stan à 4 ans en classe de maternelle et ressortir du collège à 18 ans avec en poche un diplôme d’études collégiales ou, pour être plus précis, un baccalauréat français !

L’enseignement du programme français

Parce qu’ici, la particularité, c’est qu’on offre un enseignement basé sur le cursus français, et tout au long de sa scolarité, l’élève se préparera à passer le bac, un diplôme reconnu dans le monde entier.

Même si l’institution est française, on est ici en présence d’un système hybride qui oscille entre les parcours scolaires français et québécois. Il a fallu faire des aménagements et créer des compléments aux programmes d’enseignement, qui ont tous fait l’objet d’ententes avec le ministère de l’Éducation. Comme dans le système québécois, on offre des cours d’éthique et de culture religieuse, plus de cours d’anglais qu’on ne le fait en France et, évidemment, des cours d’histoire du Québec et du Canada.

« Quand on dit qu’on ajoute des compléments, ce n’est pas parce qu’il y a un manque dans le programme français, c’est que les choses ne se font peut-être pas toujours exactement au même moment », précise Philippe Warin. En général, les parents apprécient le programme de Stanislas : « Je ne veux faire peur à personne, mais nous offrons beaucoup d’heures d’enseignement, il faut avouer que nos élèves ont un horaire chargé. Mais c’est ce qui fait que la prestation est riche. D’autant plus qu’en termes de frais de scolarité, on est tout à fait comparable aux collèges de la ceinture de Montréal. » Le souci de la culture générale a toujours été présent dans le programme français et il ne fait pas défaut à Stan : « On parle beaucoup de mondialisation, mais depuis longtemps on enseigne de nombreuses langues, ici. On a cette culture, et quand on y ajoute les quelques compléments québécois, nos élèves sont en mesure d’intégrer n’importe quelle faculté contingentée de nos universités ou même d’aller étudier en France ou ailleurs. Ça donne un baluchon extrêmement bien rempli pour la suite. »

Avec l’horaire chargé proposé par le collège, il n’y a pas de place pour le décrochage. Les taux de réussite parlent d’eux-mêmes : « Trois années de suite, on a eu 100 % de réussite, et l’an dernier, c’était 99,4 % », explique fièrement le directeur, qui précise que depuis une vingtaine d’années on assiste à un changement majeur. À l’époque, c’est à la demande du CA qu’on a mis en place un service à la vie étudiante : « Nous étions convaincus de la qualité de notre programme d’enseignement, mais il fallait y joindre autre chose. Aujourd’hui, on a une panoplie phénoménale de suggestions en sport et en culture. Cette offre est complémentaire. »

Des portes ouvertes

Bon an mal an, c’est près de 3000 élèves qui fréquentent l’un ou l’autre des campus de Stan. La demande ne diminue pas, et particulièrement au niveau des classes maternelles et primaires. Le 3 octobre prochain, Stan tiendra ses portes ouvertes annuelles : « Quand je suis arrivé il y a 15 ans, il n’y avait pas ce système de portes ouvertes, ça n’existait pas. Le contexte était différent et le collège était peut-être un peu méconnu. Il s’y passait pourtant déjà plein de belles choses. » En instaurant ces portes ouvertes, on a voulu permettre aux gens d’entrer et de découvrir le projet pédagogique. « Ce n’est pas seulement un geste pour attirer la “clientèle”, mais un geste d’accueil. On s’adresse aux gens curieux, à ceux de l’arrondissement et aux autres. »

Philippe Warin en est convaincu : « Le défi dans tout ça, c’est de garder l’équilibre. » Ici, on parle de l’équilibre entre la France et le Québec, entre les études et les activités parascolaires, c’est aussi l’équilibre intergénérationnel — parfois, c’est la deuxième ou la troisième génération d’une même famille qui fréquente Stan — et l’équilibre dans la communauté. « Il ne faut jamais déraper en faveur d’une mode. Il faut prendre du recul et avoir le regard un peu au-dessus de la mêlée et voir loin en même temps. » Quand il parle ainsi, Philippe Warin pense à tout ce qui est développement technologique : « On a fait un énorme bond en avant dans notre plan stratégique mis en place il y a deux ans. On savait que c’était une avenue où il fallait avancer. » L’an dernier, les professeurs ont reçu chacun une tablette électronique. « On n’a pas plongé encore avec l’outil pour le distribuer aux élèves, mais, évidemment, c’est vers ça qu’on se dirige. En ce moment, ce sont les enseignants qui confirment auprès de la direction quels sont les outils qui selon eux sont intéressants », avance avec prudence le directeur.

C’est dans la durée que s’inscrit le collège Stanislas, qui a déjà traversé plusieurs modes et qui est prêt à en affronter encore de nombreuses autres.