34 000 profs optent pour la grève

Plus de 20 000 parents se trouvaient devant leurs écoles la semaine dernière pour dénoncer les compressions budgétaires imposées au système scolaire.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Plus de 20 000 parents se trouvaient devant leurs écoles la semaine dernière pour dénoncer les compressions budgétaires imposées au système scolaire.

Excédés par le peu de progrès effectué à la table de négociation ces derniers mois, 34 000 enseignants du primaire et du secondaire de Montréal et Laval passent à la prochaine étape de leurs moyens de pression. Une première grève d’un jour sera tenue le 30 septembre prochain et d’autres vont suivre, préviennent-ils. Qu’importe, réplique le ministre de l’Éducation François Blais : « les journées de grève ne donneront rien », a-t-il assuré au Devoir.

Plus de 20 000 parents se trouvaient devant leurs écoles la semaine dernière pour dénoncer les compressions budgétaires imposées au système scolaire. Le 30 septembre, ce sera au tour des enseignants affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) de sortir dans les rues afin de dénoncer la « détérioration » de leurs conditions de travail proposée par le gouvernement Couillard. L’organisation promet une importante manifestation à Montréal à cette occasion.

C’est la lenteur des négociations qui agace la FAE, l’une des deux principales organisations syndicales du milieu de l’éducation, avec la Fédération des syndicats de l’enseignement. Plus de 70 rencontres ont eu lieu depuis décembre dernier avec la partie patronale, sans grande avancée, selon Sylvain Mallette, président de la FAE. « Il y a cinq ans, le même nombre de rencontres nous avait menés à un contrat négocié. Aujourd’hui, on est dans l’incapacité de s’entendre sur quoi que ce soit. Aucun élément n’a fait l’objet d’une entente », expose le leader syndical, au terme d’un processus de médiation entamé au printemps.

Casse-tête pour les parents

En plus du débrayage du 30 septembre, le syndicat entend tenir une deuxième journée de grève de manière rotative, sur trois jours, entre le 14 et le 30 octobre. Une troisième journée de grève est également prévue à une date qui reste à déterminer, « en fonction de l’avancement des travaux aux tables de négociation », prévient la FAE, qui regroupe huit syndicats d’enseignants.

Le choix de la journée du 30 septembre est loin d’être anodine puisque c’est la journée de la déclaration de la clientèle de toutes les commissions scolaires du Québec, le « recensement » annuel de toutes les classes de la province. « C’est ce qui permet de déterminer notre financement », souligne la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel-Bourdon. « C’est une journée stratégique, parce qu’on doit transmettre ces renseignements ce jour-là. C’est une difficulté supplémentaire pour notre administration », explique-t-elle.

Pour les parents aussi, la décision de la FAE de déclencher la grève risque de poser de nombreux défis, a reconnu M. Mallette. Ce sont plus de 275 000 élèves répartis dans près de 800 établissements, pour l’essentiel dans la région de Montréal et Laval, qui verront leur journée scolaire perturbée le 30 septembre.

Les autres commissions scolaires du Québec risquent de ne pas être épargnées par ce mouvement de grève, puisque le Front commun formé par la plupart des grands syndicats du secteur public québécois, dont fait partie la FSE, tiendra au cours des prochains jours des assemblées afin de se prononcer sur une proposition de grève légale de six jours, « en tenant compte de la conjoncture de la négociation ». On peut toutefois s’attendre à ce qu’un service de garde en milieu scolaire soit assuré dans la plupart des secteurs.

En dehors des journées de grève adoptées, les professeurs respecteront l’intégralité de leur contrat de travail, mais n’en feront pas un iota de plus, précise Sylvain Mallette. Au cours des dernières années, au fur et à mesure que les budgets des commissions scolaires subissaient des compressions budgétaires, la charge de travail extracurriculaire s’est sans cesse alourdie, souligne-t-il. « Si c’est reconnu dans [la description de] tâche de l’enseignant, on le fait. Si c’est pas là, on ne le fera pas. »

M. Mallette dit espérer que les parents soutiendront leurs démarches, après la formation de chaînes humaines devant quelques centaines d’écoles, la semaine dernière. « Notre lutte vise aussi à protéger leurs enfants des choix budgétaires du gouvernement Couillard », dit-il, rappelant que Québec souhaite augmenter la tâche des enseignants sans pour autant les payer davantage, en faisant passer la semaine de travail des enseignants de 32 à 35 heures sans augmentation de salaire. Le gouvernement désire aussi intégrer sans distinction les élèves handicapés et ceux en difficulté ou présentant des troubles de comportement dans les classes ordinaires. Le ratio maître-élèves par classe sera aussi accru, au primaire comme au secondaire.

Il s’agit là d’arguments qui n’émeuvent point le ministre libéral de l’Éducation, François Blais. « Ma seule réaction, c’est que ça se règle à la table de négociation. Les journées de grève ne vont rien changer », a-t-il tranché au cours d’une entrevue accordée au Devoir.

« Leur grève n’avancera pas du tout leur cause, mais ils ont droit de la faire », a ajouté M. Blais, qui prenait part mardi à une activité de la Fondation pour l’alphabétisation, à l’occasion de la journée internationale dévouée à cette cause. Il a indiqué ne pas croire que les pourparlers avec les syndicats soient plus ardus que les précédentes, contrairement à ce que ceux-ci affirment, et ce, même si elles ont été entamées il y a déjà 10 mois.

Sans surprise et tout comme M. Mallette, Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), à laquelle est affiliée la FSE, exprime son désaccord. S’il y a eu des discours au cours de l’été, les avancées sont loin d’être significatives. « On est à peu près au moment point qu’en décembre », déplore-t-elle.

6 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 9 septembre 2015 05 h 15

    Tout...

    "Tout, pourvu que la génération qui vient ait encore moins de connaissances que celle qui lui aura précédée."
    Voilà l'objectif d'un gouvernement qui en matière de modernité sociale et éducative, n'a comme ambition que de réduire définitivement les individus à des machines à consommer bêtement...
    Beau projet pour une toujours plus "tite-province" !

  • Jean-François Laferté - Abonné 9 septembre 2015 06 h 48

    Malgré tout...

    Je salue la FAE dans cette optique de faire bouger les choses.
    Mais on connaît le scénario:une, deux ou trois journées de grêve et hop de l'$ dans les coffres du gouvernement,un loi spéciale et allez on rentre les tinamis...
    J'ai vécu cette médecine au cours de mes 31 ans d'enseignement mais malgré tout,ces conditions de nos jeunes profs qu'ils ont présentement nous les avons combattus.

    Allez on se serre les coudes et on profite du momentum avec les parents.
    Jean-François Laferté
    retraité
    Terrebonne

  • Pierre Martin - Inscrit 9 septembre 2015 06 h 58

    Le scénario du bon docteur

    Pas besoin d'être devin pour anticiper les suites de ce triste scénario. Les libéraux vont jouer la carte des limites financières de l'État québécois et des avantages notables de l'austérité. Très bientôt, notre ami banquier M. Coiteux et notre moraliste de service (M. Blais) à la tête du MELS, évoquerons la tangible menace de la loi spéciale. La fin du scénario est dors et déjà prévisible, aucun gain pour les enfants, les parents et les enseignants. Tout se terminera par un coup de force de mesures restrictives et une autre étape complétée dans le démantèlement du secteur public au profit du privé.

  • Patrick Daganaud - Abonné 9 septembre 2015 08 h 06

    La population doit endosser l'action syndicale

    Il est vrai qu'il faut protéger leurs enfants des choix budgétaires du gouvernement Couillard et les syndicats d'enseignants ont aussi eu à le faire lors de précédents gouvernements.

    Ils sont, fort heureusement, les remparts contre les coupes tragiques qui privent des milliers d'écoliers de services essentiels et des chances d'accès à leur plein développement.

    Mais à eux seuls, face à la hargne aveugle de ce gouvernement, ils ne parviennent, à ce stade, pas à renverser la vapeur libérale nauséabonde.

    L'Éducation n'a pas stabilisé son statut aux yeux de la classe politique. Elle doit acquérir le statut d'intouchable, car elle représente l'avenir de notre société. Cela ne signifie pas ne pas rendre des comptes, mais cela veut dire avoir de façon stable et permanente les moyens assurés de les rendre.

    Pour que l'Éducation acquière ce statut, cette assurance pour la Jeunesse, la population doit massivement appuyer le mouvement syndical.

    Quant à Blais, c'est un ministre sans âme éducative.

  • Clermont Domingue - Abonné 9 septembre 2015 10 h 41

    Les journées de grève donneront quelque chose...

    Ces journées permettront aux enseignants d'exprimer leurs frustrations.
    Ces journées permettront au gouvernement de faire des économies.
    Ces journées permettront aux chefs syndicaux de démontrer qu'ils sont encore capables de mobiliser les troupes.
    Les dindons de la farce: les cotisants.