Les étudiants en médecine de l’UdeM sous pression

Pour les nombreux étudiants en médecine de l'Université de Montréal qui vivent des difficultés, un coup de barre s’impose toujours à la Faculté.<br />
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Pour les nombreux étudiants en médecine de l'Université de Montréal qui vivent des difficultés, un coup de barre s’impose toujours à la Faculté.

Certains progrès ont été faits depuis le dépôt d’un rapport dévastateur sur l’existence de problèmes de harcèlement et d’intimidation à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, mais de nombreuses lacunes demeurent, estime l’ombudsman de l’établissement.

Pascale Descary a ouvert une enquête sur les problèmes touchant le soutien offert aux résidents en médecine en difficulté, en 2013, à la suite du suicide d’une étudiante en détresse, deux ans plus tôt. Son rapport publié en mars dernier peint un tableau sombre de la situation à la Faculté de médecine. Entre-temps, une autre étudiante s’est enlevé la vie dans des conditions similaires à l’automne 2014, venant, de l’aveu même de Mme Descary, raviver le débat sur la détresse chez les médecins résidents et leurs conditions de travail et d’études.

Ainsi, pour les nombreux étudiants en médecine qui vivent des difficultés, un coup de barre s’impose toujours à la Faculté. « On ne peut pas conclure qu’il y a un problème de harcèlement complètement étendu, que cela empêche le bon fonctionnement de la faculté, mais il y a des améliorations à apporter en matière de formation, des gens [chargés de l’évaluation des médecins résidents] qui doivent jouer leur rôle de façon la plus neutre possible. Ça porte atteinte à l’intégrité du processus quand on est appelés à évaluer un étudiant de qui on a reçu une demande de soutien », expose-t-elle, ciblant les directeurs de programmes, chargés d’épauler les résidents qui rencontrent des problèmes de toutes natures, mais qui jouent également le rôle d’évaluateurs, dans certains cas.

Mauvais choix

Mme Descary souligne dans son rapport qu’aux yeux de la vice-doyenne sortante, la Dre Josée Dubois, qui a quitté ses fonctions la semaine dernière, « les difficultés rencontrées par un certain nombre de résidents peuvent s’expliquer en partie par le fait qu’ils n’ont peut-être pas fait le choix de formation et de carrière le plus approprié par rapport à leurs réels intérêts et aptitudes ». « Elle considère que malheureusement, certains d’entre eux persistent dans ces programmes alors qu’ils n’y sont possiblement pas à leur place et qu’ils y sont sans doute malheureux, ce qui peut contribuer aux difficultés qu’ils rencontrent. » La Dre Marie-Josée Dupuis la remplace au vice-décanat de médecine depuis lundi, mais la publication de ce rapport n’y serait pour rien, selon un porte-parole de l’établissement.

L’Université assure de son côté prendre « très au sérieux » les conclusions du document. La maison d’enseignement a mis en place un plan d’action afin de répondre aux enjeux soulevés dans le rapport, assure Mathieu Fillion.

Ainsi, depuis quelques mois, les étudiants qui partent en congé de maladie peuvent, après trois mois d'absence, bénéficier d’un retour progressif au travail. La durée du temps partiel varie selon chaque étudiant. « Ils sont en mesure de revenir à temps partiel sans être évalués pendant cette période pour assurer le meilleur retour possible », dit-il. Un programme de bien-être est également en cours d’élaboration, et permettra aux médecins résidents qui le désirent de se confier et d’échanger avec un professeur tout en ayant l’assurance que celui-ci ne sera pas appelé à évaluer leur travail.

6 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 5 septembre 2015 08 h 07

    Un manque d'information frustrant

    Je tente depuis quelques jours de suivre et comprendre ce dossier. Malheureusement, je suis sur le point de laisser tomber.

    Je ne suis pas atteint de voyeurisme, je ne veux aucun "détail croustillant". Toutefois, ici le Devoir a attiré mon attention par des titres qui, oui, sentent le scandale, pour des articles où l'on ne parle que de palabres administratifs sans jamais savoir de quoi il s'agit.

    Alors:
    Quelles pressions ?
    On parle de "certains étudiants". Lesquels ? Non, je ne veux de nom, je veux des situations.
    Sont-ils étrangers ? Immigrants ? Ou d'un sexe ou l'autre ? Ou bien la pression est généralisée ?
    Est-ce dans certaines spécialisations particulières ?

    S'agit-il de finissants ou de médecins commançant leur résidence, et de qui vient la pression ? Encore une fois, pas de nom, sauf si ça a une importance significative.

    En fait je ne sais quelles questions poser parce que je ne sais rien. C'est très frustrant.

    Ou bien la nouvelle est importante, et alors il faut expliquer le mode des ces pressions.
    Ou bien il s'agit d'un "rapport à usage interne", et alors je vous prie de de mieux utiliser votre espace journalistique.

    Merci.

    • François Dugal - Inscrit 5 septembre 2015 16 h 55

      Le secret professionnel vous empêchera de savoir quoique ce soit, monsieur Trottier. L'opacité du sérail des facultés n'est pas prêt d'être percé.
      Meilleure chance la prochaine fois.

  • François Dugal - Inscrit 5 septembre 2015 12 h 27

    Anti-dépresseurs

    Mais qui donc prescrit les anti-dépresseurs à la faculté de médecine?

    • Jean-François Trottier - Abonné 6 septembre 2015 08 h 52

      (ce mot sera long. Je prendrai plus d'espace que ce qui est alloué normalement)

      Merci beaucoup.

      Je viens de me taper la lecture d'une centaine de pages, que j'ai parcourues pour la plupart en diagonale, pour saisir en partie le problème.

      En fait, c'est pour ainsi dire une non-nouvelle, comme je commençais à le croire.

      Dans les rapports on insiste dans le sens de n'accuser personne, ce qui est très bien.

      N'y sont cités que les moyens qu'a pris l'ombudsman pour comprendre l'ensemble du problème (ce qui pour une fois permettrait d'utiliser justement le mot "problématique"... ) et le rapporter, c'est le but d'un rapport, vers Madame Roy, chancelière. Celle-ci fait suivre bien sûr, la structure est respectée.
      Suit une énumération des organismes qui ceignent la formation, leur raison d'être et leur position sur le secours à la santé mentale des résidents.
      Quelques chiffres.
      Le détail résumé de la démarche de l'ombudsman.
      Et des recommandations, dont on ne sait si elles sont ou serohnt appliquées.

      Dans le rapport spécifique aux cas soulevés, on trouve entre autres que, parmi les résidents:
      ---------------------------------------------------------------------
      19% ont rapporté avoir été victimes ou témoins de harcèlement
      49% ont rapporté que les études médicales ont eu un impact négatif sur les autres sphères de leurs vies.

      Pendant leurs études médicales:
      10,4% ont utilisé des somnifères
      3,4% ont eu un diagnostic de dépression
      5,3% ont eu des désordres alimentaires
      17,4% pleurent chaque mois
      3% pleurent chaque jour
      17,5% ont pensé au suicide
      6 étudiants ont établi un plan d'action en ce sens
      2 étudiants ont tenté de se suicider
      ------------------------------------------------------------------------------------

      Le rapport est bien bâti, facile à lire et clair tout en restant extrêmement flou sur le genre de "manque de respect" qu'ont dû subir un certain nombre de résidents.
      (suite au prochain mot)

    • Jean-François Trottier - Abonné 6 septembre 2015 09 h 21

      (suite du précédent)

      Mes propres conclusions:
      En effet il s'agit d'un rapport interne dont très peu concerne le public.

      D'autre part, les professeurs d'une institution aussi importante ont un certain devoir de reddition envers le public, devoir très difficile à définir clairement mais qui inclut leurs rapports aux étudiants. La médecine est l'un des secteurs que tous considèrent comme névralgiques dans notre société, entre autres parce que la "clientèle" desservie est particulièrement fragile.
      Si l'on peut accepter (facilement dans mon cas) d'être soigné par une personne qui a frôlé la dépression ou bien y a été plongée, j'accepterais mal que cette personne n'ait même pas été capable d'accepter de se soigner ou même de l'accepter... et ça semble le cas pour beaucoup de résidents! Très gênant.
      Je refuse de subir un médecin qui se prend pour superman, voilà. J'en connais, ils sont nombreux et dangereux.

      Mes recommandations :
      - Que l'équipe éditoriale du Devoir s'empare du sujet pour en faire le suivi et poser les questions nécessaires à qui de droit.
      - Que la faculté signifie qu'elle a créé un ou des comités pour que les responsabilités soient établies dans ce processus d'écrémage élitiste. Que les mots y soient aussi durs que nécessaire... et pour ce faire que rien n'en transpire je vous prie!
      - Que Couillard construise un autre "trio d'attaquants" (oh! que ce mot est bien choisi!) formé de lui-même, Barette et Blais, en collégialité avec les organismes concernés, pour clarifier et améliorer la situation de façon à ce que les médecins soient formés dans le sens de la santé, à commencert par la leur, et non uniquement de la maladie dont ils s'excluent avec un certain dédain. Oui, je suis rosse quand c'est mérité.


      Et encore merci à M. Le Blanc.