Dégringolade des demandes d’admission à l’UQAM

L'UQAM a enregistré une baisse globale de 5,3 % des demandes d’admission cette année.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L'UQAM a enregistré une baisse globale de 5,3 % des demandes d’admission cette année.

La crise étudiante du printemps 2015 semble avoir laissé des séquelles à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). À quelques jours de la rentrée scolaire, la maison d’enseignement enregistre une baisse considérable des demandes d’admission par rapport à l’an dernier. Une autre tuile qui s’abat sur l’université du Quartier latin, déjà aux prises avec une situation financière des plus délicates.

On ne se bouscule plus au portillon pour étudier à l’UQAM, qui a enregistré une baisse globale de 5,3 % des demandes d’admission cette année, a fait savoir mercredi le recteur de l’établissement, Robert Proulx, dans une note de service dont Le Devoir a obtenu copie.

Au premier cycle, où toutes les facultés sont touchées, près de 3150 étudiants potentiels de moins ont témoigné de leur intérêt pour l’UQAM en 2015, une chute de 6 %, tandis qu’au second cycle, une diminution de 1,6 % (ou 113 demandes) a été observée. Au troisième cycle, 90 demandes de plus ont été reçues, une hausse de 12 %. Ainsi, 3176 demandes d’admission de moins ont été acheminées à l’université par rapport à l’an dernier.

Il s’agit là seulement de demandes d’admission à l’université, mais cela devrait également se traduire par une baisse importante des demandes d’inscription dans les divers programmes et dans les inscriptions réelles, estime la direction, qui établit un lien clair entre les perturbations du printemps dernier et ces résultats négatifs.

« L’UQAM a été durement touchée par les événements largement médiatisés du printemps dernier. Cet épisode difficile pour notre institution a eu un certain nombre de répercussions dont on ne peut encore évaluer toute la portée. Reste qu’à ce moment-ci, tout porte à croire que les inscriptions seront en décroissance. Un ensemble d’actions ont été mises en oeuvre très rapidement en vue d’atténuer cette baisse anticipée », écrit M. Proulx dans une note envoyée à l’ensemble du personnel universitaire.

Un portrait plus complet des inscriptions sera dressé en novembre, une fois l’ensemble des données sur les inscriptions compilé.

Unique dans le réseau

Robert Proulx a d’autres raisons de s’inquiéter. Son établissement est le seul, dans tout le réseau de l’Université du Québec, à subir une telle baisse. « La tendance est plutôt à la hausse », a indiqué la directrice des communications du réseau, Valérie Reuillard, ajoutant ne pas détenir de données plus précises pour l’instant.

Cette mauvaise nouvelle pour l’UQAM s’ajoute à d’autres, financières, celles-là. « Malgré tous les efforts déployés en vue de combler le manque à gagner de 20,7 millions dans le budget 2015-2016, il reste encore des compressions de 6 millions à effectuer pour y arriver », écrit le recteur, qui n’a pas accordé d’entrevue mercredi.

Le dernier budget provincial prévoyait par ailleurs des compressions de 72 millions dans l’ensemble des universités du Québec, qui pourraient se traduire par une ponction additionnelle de 7,2 millions pour l’UQAM.

Selon les calculs du recteur, la baisse des inscriptions représenterait à elle seule une baisse de revenu additionnelle de l’ordre de 5 millions en 2015-2016.

Même s’il s’était révélé moins « chaud » que prévu, le printemps 2015 avait mobilisé près de 130 000 étudiants, au plus fort de la grève visant à dénoncer l’austérité et le recours aux hydrocarbures. À la toute fin du mouvement, en mai, certaines associations s’étaient engagées à profiter de la pause estivale pour « refaire le plein d’énergie afin de relancer une lutte encore plus forte à l’automne », comme l’expliquait l’Association facultaire des étudiants en sciences humaines (AFESH) de l’UQAM dans une résolution.

L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) avait quant à elle adopté une proposition de grève générale illimitée à l’automne.

En entrevue au Devoir mercredi soir, la porte-parole de l’ASSE, Hind Fazazi, a laissé entendre qu’il n’existe pas de lien entre le mouvement étudiant et la baisse anticipée des inscriptions. Elle y voit plutôt un corollaire de la « dérive autoritaire » de la maison d’enseignement. « Quand une administration donne la permission à la police d’entrer sur le campus pour tabasser les étudiants et le personnel, quand on constate qu’il y a des persécutions, ça peut faire peur à des étudiants concernant leur lieu de savoir. »

« L’administration de Robert Proulx et le fait qu’il est prompt à appeler les renforts — la police — dissuadent les étudiants de s’inscrire », a-t-elle ajouté.

5 millions
Manque à gagner additionnel que pourrait représenter la baisse de 5,3 % du nombre de demandes d’admission à l’UQAM
19 commentaires
  • Rosalie Dion - Abonnée 2 septembre 2015 16 h 21

    Mais où diable étais-je lors de la grève de 2015?

    Les inscriptions sont à la baisse dans à peu près tous les cégeps de l'ile de Montréal pour l'année 2015-2016. Serait-ce aussi l'effet d'une mystérieuse grève occulte dont nous n'aurions pas eu vent? Un autre coup du complot asséiste mondial dont seul-e-s les étudiant-e-s auraient eu vent?

    Adhérons tout de suite à l'hypotèse la plus farfelue et utilisons le rasoir d'Ockham pour nous tailler les veines...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 septembre 2015 07 h 50

      Auriez-vous des références quant à cette baisse généralisée des inscriptions aux cégeps?

      Par contre, au niveau universitaire, l'article souligne qu'il y a eu augmentation partout _sauf_ à l'UQÀM.

      Le militantisme étudiant ayant davantage perturbé les cours là qu'ailleurs, se peut-il que ceux qui veulent obtenir un diplôme et gagner leur vie voient dans les autres universités un meilleur moyen d'y parvenir ?

  • Denis Marseille - Inscrit 2 septembre 2015 19 h 57

    Austérité, hausse des frais de scolarité, etc...

    Pauvre recteur,

    Peut-être que certain étudiants se sont dit: «Coudonc, ça vaux-tu la peine de m'endetter pour me ramasser avec un diplôme qui va me mener droit au chômage?»

    Je dis ça comme ça...Je le sais l'éducation ça n'a pas de prix. Mais le pain et les patates oui, par exemple.

  • Bernard Plante - Abonné 2 septembre 2015 21 h 07

    La rançon de la gloire?

    Se pourrait-il que les étudiants ayant observé le comportement pour le moins cavalier de la direction qui a mené à une veritable saga médiatique se soient dit qu'ils allaient aller étudier ailleurs, histoire de leur montrer que le gros bout du bâton n'est parfois pas entre les mains de ceux qu'on imaginerait à première vue?

    Serait-ce la rançon de la gloire pour les cowboys gestionnaires acoquinés au gouvernement?

    • Richard Bérubé - Inscrit 3 septembre 2015 06 h 34

      Bernard Plante encore une réflexion so-so hein quand pensez-vous? Peut-être que les étudiants qui s'inscrivent à l'université veulent réussir et qu'ils en ont justement assez de tous ces troubles années après années, si toutes les universités ont des coupures comment ce fait-il que les étudiants des autres universités ne suivent pas le mouvement, réponse très simple Bernard Plante, ils veulent obtenir leur diplome et passer à autre chose....ils veulent simplement réussir...vous me faites penser à Don Quichotte vous vous battez contre des moulins à vent, enfin n'importe quoi n'importe qui....

    • Patrick Daganaud - Abonné 3 septembre 2015 08 h 44

      Peut-être, Monsieur Bérubé, devriez-vous considérer que la réalité puisse se trouver à l'intersection des perceptions de Messieurs Cloutier, Marseille, Plante et, pourquoi pas, les vôtres?

      Peut-être, également, l'austérité tue-t-elle l'espoir, l'envol, le risque? Et Don Quichotte itou, au bout de votre pistolet à bouchon?

    • Richard Bérubé - Inscrit 3 septembre 2015 11 h 01

      Peut-être monsieur Daganaud, que la période d'austérité est nécessaire, ne serait-ce que de démontrer que les fonds ne sont pas inépuisables...mais ces temps-ci on dirait que tout ce qui ne va pas dans le sens d'une certaine partie de la population c'est la faute du gouvernement....si les gens personnelement font de grands effrots pour contrôler leurs finances personnelles encore plus pour le gouvernement qui gère notre argent.....et si les couts de la vie étaient ajoutés au fur et à mesure peut-être serions-nous dans une meilleure situation...c'est vrai que c'est cher mais c'est une aubaine comparée aux autres provinces....

  • Claude Boucher - Abonné 2 septembre 2015 22 h 51

    Cum hoc ergo propter hoc

    Ho la la. M. le recteur part un peu vite sur le lien de causalité qu'il dresse entre la baisse des inscriptions et le conflit étudiant. Comme les commentaires précédents le soulignent plusieurs raisons peuvent expliquer la baisse d'inscriptions.

  • François Dugal - Inscrit 2 septembre 2015 22 h 55

    Dégringolade

    Dégringolade : l'effet libéral se fait sentir.