Vers des partenariats plus collaboratifs

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
La Fondation pour l’alphabétisation a recruté la comédienne Salomé Corbo (Unité 9, Toute la vérité) pour promouvoir son programme La lecture en cadeau.
Photo: Christine Bourgier La Fondation pour l’alphabétisation a recruté la comédienne Salomé Corbo (Unité 9, Toute la vérité) pour promouvoir son programme La lecture en cadeau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

Au Québec, les organismes sans but lucratif sont une pierre angulaire de l’alphabétisation. En ces temps d’austérité, ces derniers peuvent-ils compter sur l’aide de l’entreprise privée ? Oui, répondent les acteurs du milieu, mais à condition de diversifier ses types de requêtes et de savoir se démarquer !

D’après Mme Mélanie Valcin, gestionnaire régionale Québec et Nunavut du Collège Frontière, un organisme d’alphabétisation canadien qui recrute et forme des bénévoles qui oeuvrent auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes depuis 1889, les rapports entre l’entreprise privée et les organismes sans but lucratif qui travaillent en alphabétisation sont depuis quelques années en pleine transformation au Québec.

Selon cette dernière, si certaines compagnies continuent à privilégier les dons en argent, de plus en plus d’entre elles tendent maintenant à s’investir de façon plus collaborative et plus durable.

« Aujourd’hui, ce qu’on remarque de façon générale, c’est que les entreprises ont tendance à financer un moins grand nombre de causes que par le passé, mais à s’investir à plus long terme auprès de celles qu’elles choisissent, explique Mme Valcin. Elles veulent créer des partenariats et avoir la capacité de mesurer l’impact de leur action. »

Incidemment, lorsqu’ils sollicitent des entreprises, les organismes sans but lucratif doivent s’efforcer de leur proposer des partenariats qui s’articulent davantage autour de contributions humaines ou matérielles plutôt que monétaires.

« De notre côté, on s’inspire beaucoup des modèles qui ont été éprouvés dans d’autres provinces canadiennes où la tradition philanthropique est plus développée qu’au Québec, précise-t-elle. Aujourd’hui, quand on approche une entreprise, on ne met pas l’accent sur les dons en argent. On lui propose plutôt un menu de différentes interventions possibles lui permettant de s’impliquer à plusieurs niveaux. C’est sûr que ça peut comprendre une contribution financière, mais ça va bien au-delà de ça. »

Mme Caroline Varin, directrice générale de la Fondation pour l’alphabétisation, un organisme dont la mission est de faire en sorte que tous les Québécois, adultes et enfants, aient accès à la lecture et à l’écriture, abonde dans le même sens.

« Les partenariats philanthropiques que nous cherchons à créer sont aujourd’hui de diverses natures, dit-elle. Bien évidemment, les dons en argent sont un aspect important de l’action philanthropique, mais on parle aussi de ressources humaines, de dons de matériel, de placements médias et, de plus en plus, de contributions bénévoles. »

 

Plus de bénévoles

Comme le soulève Mme Varin, les contributions bénévoles sont en plein essor au Québec.

S’il y a quelques années encore, cette forme de philanthropie était peu répandue dans les entreprises privées québécoises, aujourd’hui, de plus en plus d’entre elles encouragent leurs employés à s’investir bénévolement dans une cause qu’elles parrainent.

« C’est quelque chose qui est assez fréquent ailleurs au Canada, souligne Mme Valcin. Au Collège Frontière, c’est un modèle qu’on valorise beaucoup. Je pense par exemple à un partenariat qu’on a mis sur pied avec une station de radio. Non seulement les enfants obtiennent de l’aide en alphabétisation de la part des employés de cette station, mais comme ils reçoivent cette aide dans les locaux de la chaîne, ils ont également la chance de découvrir l’univers radiophonique. Ce type d’intervention commence vraiment à se développer ici et on en est très heureux. En plus, c’est un modèle qui permet aux entreprises de diverses tailles de s’investir. »

Dans le même esprit, de plus en plus d’organismes peuvent aujourd’hui compter sur le soutien bénévole d’artistes porte-parole. C’est le cas de la Fondation pour l’alphabétisation qui a recruté la comédienne Salomé Corbo (Unité 9, Toute la vérité) pour promouvoir son programme La lecture en cadeau. Ce dernier a été mis sur pied en 1999 et permet depuis de distribuer des milliers de livres neufs chaque année — plus de 40 000 en 2014 — à des enfants québécois dans le besoin.


« C’est une cause vraiment géniale à soutenir, confie Mme Corbo. C’est un super beau programme qui permet à des milliers d’enfants de découvrir la lecture. Et offrir un livre neuf à un enfant, c’est tellement un beau geste ! C’est lui exprimer qu’il compte, qu’il est important ! »

« Salomé s’implique de façon vraiment exemplaire, tient à souligner Mme Varin. Elle est de tous les événements qui concernent La lecture en cadeau. Elle fait aussi la lecture aux enfants lors du Salon du livre de Montréal, qui lance notre campagne. Elle nous est d’une aide précieuse ! Elle est si investie qu’elle a été mise en nomination au Prix du dépassement Métro. Si elle est choisie — nous allons le savoir le 20 septembre lors de la soirée des Gémeaux —, Métro versera 20 000 $ à la fondation. »

Événements et dons matériels

Autre cas de figure de plus en plus fréquent : des entreprises mettent leurs ressources et leur réseau à contribution pour organiser des événements à grand déploiement dont les profits sont versés à l’organisme qu’elles parrainent.

« Ces événements prennent toutes sortes de formes : tournois de golf, soupers-bénéfice, soirées-spectacle, etc. Ils peuvent apporter une sérieuse aide, surtout lorsqu’ils sont récurrents et tenus année après année », indique Mme Valcin.

Lorsqu’ils prennent la forme de dons matériels, les coups de pouce de l’entreprise privée peuvent également être très profitables pour les organismes. C’est notamment le cas pour la Fondation pour l’alphabétisation qui, dans le cadre de La lecture en cadeau, reçoit l’aide d’un peu plus d’une vingtaine d’éditeurs.

« Les éditeurs collaborent beaucoup à ce programme, notamment au moyen de dons de livres neufs, dit Mme Corbo. Sans leur contribution, c’est certain qu’on aurait beaucoup moins de livres à offrir ! »

La course aux partenariats

Reste que, dans un contexte d’austérité, il s’avère de plus en plus difficile pour les organismes d’alphabétisation de sensibiliser les entreprises privées à leur cause et de créer des partenariats d’envergure avec elles.

« Au Québec, il y a un très grand nombre d’organismes à vocation sociale, relève Mme Valcin. Parallèlement, le financement gouvernemental tend à diminuer. Le résultat, c’est que la compétition entre les organismes pour avoir accès à du financement privé est en croissance. »

Une des stratégies souvent privilégiées pour remporter cette course consiste à démontrer très concrètement aux entreprises l’impact de leur contribution sur les populations ciblées.

« On leur fournit beaucoup de rapports de progrès, note la gestionnaire du Collège Frontière. On leur permet aussi de venir constater de visu ce que leur implication a comme impact dans un milieu donné. On peut leur présenter des gens qui ont bénéficié de services d’alphabétisation, par exemple. »

Mais l’originalité des propositions de partenariats, conjuguée à une certaine polyvalence, reste sûrement le meilleur moyen pour les organismes sans but lucratif d’attirer l’attention de l’entreprise privée, estiment Mme Valcin et Mme Varin.

« On est dans un marché hautement sollicité, rappelle la directrice générale de la Fondation pour l’alphabétisation. On n’a pas le choix, il faut faire le nécessaire pour se démarquer ! »