Front commun contre les coupes

Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, organisation à l’origine de la coalition. À droite, Josée Scalabrini de la Fédération des syndicats de l’enseignement.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, organisation à l’origine de la coalition. À droite, Josée Scalabrini de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Latente au printemps, la colère gronde, plus forte que jamais, dans les écoles du Québec, alors que les jeunes font tout juste leur retour dans les classes. Pour la première fois de leur histoire, les syndicats d’enseignants, les comités de parents et les directions d’établissements scolaires unissent leur voix dès la rentrée pour dénoncer les compressions et pour exiger que le gouvernement recommence au plus vite à investir en éducation.

Réunies dimanche à Montréal, de nombreuses fédérations représentant plusieurs milliers de professionnels de l’éducation ont rappelé à l’ordre le ministre de l’Éducation, François Blais, lui faisant remarquer que son rôle est de « se battre pour l’éducation, et non pas de livrer un message politique ».

Plus encore, les six groupes présents ont exigé que le gouvernement réinvestisse immédiatement et minimalement le milliard enlevé au budget alloué à l’éducation publique au cours des cinq dernières années.

« Il est temps que l’on reconnaisse que l’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement, une priorité de société que nous avons choisie collectivement, martèle Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). Et l’argent existe. Ce sont des décisions politiques qui font en sorte qu’il n’est pas injecté en éducation. »

Mme Chabot ajoute que le gouvernement actuel aura bien du mal à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés, soit de créer des emplois et de relancer l’économie, s’il ne mise pas, d’abord, sur la base qu’est l’éducation. « C’est une équation simple. »

« Vous savez, l’austérité ce n’est pas une fin en soi, ajoute Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), organisation à l’origine de la coalition qui se met tout juste en marche. Mais on peut choisir comment on veut se rendre, et rien ne nous oblige à tout saccager sur notre passage. »

Perte de services

Bien que les compressions soient décriées depuis des mois, c’est la rentrée actuelle qui semble mettre en lumière leurs effets réels. Suppressions de poste, liste d’attente de plus en plus longue pour accéder aux services de soutien, augmentation du nombre d’enfants dans les classes, réduction des heures des secrétaires et des adjoints administratifs ne sont là que quelques-unes des adaptations avec lesquelles doit composer le milieu.

« Il faut arrêter de se dire que ces coupes n’auront pas d’impacts, lance la présidente de la CSQ. On a essayé. Le milieu a fait preuve de beaucoup de créativité au cours des dernières années, mais là ça commence à affecter directement les jeunes, leur développement et leurs conditions d’apprentissage. »

À un point tel que les directions d’établissements scolaires commencent à craindre que les compressions mènent à une augmentation du décrochage scolaire, puisque les compressions remettent en question « le principe d’égalité des chances sur lequel s’est construit le réseau public québécois ».

« Plus que jamais, les directions des écoles sont forcées d’organiser les services de manière à ce qu’ils causent préjudice aux enfants et aux enseignants, dénonce la présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Lorraine Normand-Charbonneau. Il est odieux qu’une direction d’école ait à déterminer ce qui est le “moins pire” à couper, parce qu’au final, ce sont toujours les jeunes qui en paient le prix. »

« Les acteurs du réseau public ont longtemps réussi à faire des miracles malgré les coupes, renchérit la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini. Mais là, on est allés au bout des miracles, maintenant on a besoin d’aide ! »

En plus des services aux élèves qui se trouvent touchés par les bouleversements budgétaires, de récentes annonces ont fait grimper la facture des parents.

« Les familles payent maintenant une double facture, déplore Corinne Payne de la FCPQ. Elles paient plus cher pour le transport scolaire, le service de garde et l’ouverture des dossiers, par exemple. Mais elles doivent aussi payer pour des services qui ne sont pratiquement plus disponibles dans nos écoles [publiques], comme les psychologues. Payer plus pour en avoir moins, ça n’a aucun sens ! »

À l’heure actuelle, le mouvement regroupe principalement des gens qui sont présents dans le quotidien des écoles, mais rien ne dit que les autres acteurs du milieu, comme les commissions scolaires, ne pourraient pas se joindre au mouvement.

« Nous sommes un mouvement inclusif, affirme la présidente de la FCPQ. Mais devant l’urgence de la situation, il fallait bien commencer quelque part. » Dans cette optique, celle qui occupe son poste depuis janvier est convaincue que ce n’est que le début et que l’ensemble des professionnels de l’éducation se joindront au mouvement.

À titre d’exemple, en 2013, alors que les réductions budgétaires s’accumulaient déjà, une première coalition avait réussi à réunir plus d’une cinquantaine de regroupements.

Mobilisation à venir

L’année scolaire est à peine amorcée que, déjà, des actions revendicatrices sont à prévoir au cours des prochains jours.

Parmi les actions qui mobiliseront les parents et les enseignants d’un peu partout au Québec cette semaine, notons le retour des chaînes humaines formées autour des écoles publiques et qui avaient déjà fait couler beaucoup d’encre au printemps.

Au cours de la saison estivale, le mouvement « Je protège mon école publique » a d’ailleurs pris de l’ampleur et, alors que 26 écoles montréalaises avaient pris part à l’action la première fois le 1er mai dernier, ce sont plus de 150 établissements qui devraient être de la partie cette fois-ci.

La conférence de presse de dimanche a également permis aux fédérations présentes de dévoiler le macaron orné du slogan « Unis pour l’éducation publique » qui deviendra, elles l’espèrent bien, le symbole de la lutte actuelle.

Et bien qu’il soit encore trop tôt pour indiquer si les parents appuieront les enseignants dans leurs propres revendications dans le cadre des négociations de leur convention collective, la porte-parole de la Coalition des parents pour l’école publique, Ève Kirlin, estime qu’une importante réflexion devra avoir lieu le moment venu.

« C’est certain que ces actions auront sans doute un impact sur nos enfants, sur notre quotidien, laisse-t-elle entendre. Et je ne peux pas parler pour les autres parents, mais personnellement, c’est un prix que je suis prête à payer si ça peut faire bouger les choses. »

«Les familles payent maintenant une double facture. Elles paient plus cher pour le transport scolaire, le service de garde et l’ouverture des dossiers, par exemple. Mais elles doivent aussi payer pour des services qui ne sont pratiquement plus disponibles dans nos écoles [publiques], comme les psychologues. Payer plus pour en avoir moins, ça n’a aucun sens!»

Corinne Payne de la FCPQ

Rentrée agitée en Ontario

À quelques jours de la rentrée scolaire ontarienne, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui représente une grande partie du milieu scolaires en Ontario, a voté à très forte majorité pour l’intensification des moyens de pression. Un premier jour de grève est d’ailleurs prévu le 10 septembre et la possibilité d’enclencher une grève générale à l’échelle de la province est envisagée par le syndicat. Les quelque 55 000 travailleurs du secteur de l'éducation représentés par le SCFP sont sans contrat de travail depuis près d’un an.


À voir en vidéo