Des élèves arrachés à leur école

Au total, 23 193 enfants sont inscrits en libre choix à la CSDM, ce qui représente 31,7 % de la clientèle.
Photo: Getty Images Au total, 23 193 enfants sont inscrits en libre choix à la CSDM, ce qui représente 31,7 % de la clientèle.

Rentrée scolaire aux allures de catastrophe pour près de 150 élèves de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Ceux-ci ont appris, une fois les classes commencées et les amis retrouvés, que l’école qu’ils fréquentent, parfois depuis plusieurs années, ne pourra finalement plus les accueillir.

C’est du jamais vu dans l’histoire de la commission scolaire : 143 élèves qui se font dire, le jour de la rentrée ou le lendemain, que l’école dans laquelle ils sont inscrits n’est plus la leur, parfois faute d’espace, parfois parce que la CSDM a cherché à « optimiser » ses salles de classe.

À l’école Lambert-Closse, dans le quartier Mile-End, ce sont 17 élèves dits « en libre choix », c’est-à-dire inscrits, à la demande des parents, dans un établissement autre que celui leur ayant été attribué à titre d’école de quartier, qui se sont fait montrer la sortie. Des jeunes de tous les niveaux, de la maternelle à la sixième année, en quantité record.

« Certains sont ici depuis cinq ans, six ans. Les jeunes l’ont appris en après-midi, vers la fin de leur première journée en classe. On ne fait pas ça ! », s’indigne le président du conseil d’établissement de l’école, Yves Blanchet, convaincu qu’une solution de rechange était possible.

La CSDM confirme qu’il s’agit d’une année exceptionnelle en matière de rapatriement d’élèves vers leurs établissements de quartier. « Les années passées, il y en avait une trentaine. Il faut comprendre que nous sommes en surpopulation dans la plupart de nos écoles depuis les dernières années et cela se traduit d’autant plus cette rentrée », explique Alain Perron, du service des communications. Trois élèves n’étant pas en libre choix ont aussi dû être déplacés vers une maison d’enseignement autre que celle de leur quartier, en raison d’un dépassement de la population scolaire permise, ajoute-t-il.

« Cruel »

Mais la surpopulation n’explique pas tout, assure M. Blanchet. « La réalité, c’est que notre école n’est pas à pleine capacité », dit-il. Pourtant, on a tout de même décidé de fermer l’une des trois classes de 1re année et l’une des deux classes de 4e à Lambert-Closse. « On avait trois classes pleines [jeudi] matin et, à la fin de la journée, on était rendu avec seulement deux classes, mais à capacité maximale. Et les élèves additionnels, on les a mis à la porte. »

Sur les réseaux sociaux, les parents montréalais ont été nombreux à dénoncer cette situation. « Dégoûtée. Tu prépares la rentrée, achète les fournitures, passe lundi payer les fournitures achetées à l’école… Ton enfant était tout heureux de voir ses amis de l’an dernier, ce sont des [câlins] à ne plus finir et là, à 15 h 25, on t’annonce qu’il se fait éjecter de l’école à cause des restrictions budgétaires. Je suis sans mots, sans voix… », a commenté une mère sur un groupe Facebook de parents du secteur Rosemont–La Petite-Patrie.

Le président du conseil d’établissement se dit persuadé que des solutions de rechange au transfert d’élèves existaient. Surtout, il reproche à la CSDM d’avoir causé des torts facilement évitables à un certain nombre d’enfants, forcés de faire leurs adieux à des amis et camarades de classe qu’ils venaient à peine de retrouver. M. Blanchet est d’avis que la CSDM aurait dû les avertir du changement d’école bien plus tôt au cours de l’été, afin qu’on puisse mentalement préparer les enfants à ce grand changement.

Une révision de la liste des élèves est effectuée chaque mois d’avril, en prévision de l’année suivante, et les parents sont alors invités à se manifester s’ils ont l’intention de déménager au cours de l’été, afin que la CSDM puisse procéder à l’inscription de ces élèves dans leur nouvel établissement de quartier. M. Blanchet est donc d’avis que la commission scolaire aurait pu brosser un meilleur portrait préliminaire des inscriptions et éviter ce chambardement de début d’année scolaire.

Libre choix

À la tête de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), Hélène Bourdages déplore elle aussi cette situation « évitable », rappelant que la CSDM a modifié, mercredi, sa politique d’admission afin de la rendre plus restrictive. « Quand on était en libre choix pendant deux ans, on était réputés résidents. Ce droit a été revu, et [l’accès] à certaines écoles a été revu pour des raisons très subjectives. […] Ça fait parfois quatre, cinq ans que les enfants vont à la même école. C’est encore plus cruel pour des élèves de 6e qui quittent leurs amis avant la fin du primaire », note-t-elle, reconnaissant que l’offre du libre choix constitue un modèle de service quelque fois dispendieux.

Plus de 50 000 élèves du primaire ont fait leur rentrée jeudi, rappelle M. Perron. Au total, 23 193 enfants sont inscrits en libre choix à la CSDM, ce qui représente 31,7 % de la clientèle. Du lot, 12 732 (ou 17,4 %) sont inscrits au primaire et 10 461 (14,3 %) au secondaire.

« Les parents qui inscrivent leur enfant en libre choix le font en toute connaissance. Ils savent que leur enfant peut devoir retourner à leur école de quartier s’il y a un manque de places. Cette situation a lieu à chaque rentrée scolaire. Ce qui se passe à Lambert-Closse n’est pas exceptionnel. »

6 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 29 août 2015 04 h 34

    Je...

    Je ne suis presque plus qu'un cadavre ambulant.
    Celui d'une société d'Amérique si originale qu'elle ébranle la certitude de supériorité d'une autre, déjà mondiale.
    Mes adversaires se sont donc déterminés à anéantir ce qui leur fait outrage en contrastant. Et ils se représentent comme excessive la simple idée de s'opposer chez nous à la normalisation linguistique et culturelle universelle de leurs propres langue et culture. Percevant comme raciste toute résistance à cet envahissement unilatéral qu'ils déterminent comme salvateur; reléguant au statu de détritus notre idée de ne pas vouloir tout clôner sur leur société.
    Allant jusqu'à immiscer dans la tête de beaucoup qui largement s'autogratifient mutuellement, que leur salut de "modernes" se trouve dans la trahison de l'histoire d'amour et de passion de leurs Anciens pour leur patrie.
    Ah ! qu'elle est belle cette ambition individuelle pour laquelle seule compte la réussite de sa propre personne, au prix surtout, et toujours acceptable, du rabaissement du groupe...
    Jamais n'est-il aussi facile de briller, que lorsqu'on peut participer à diminuer les moyens de s'élever pour "les autres".
    Celles et ceux-là que d'un pouvoir sans fondement autre que celui de la force, identifent comme condamnablement hors de frontières. De frontières culturelles, de frontières économiques et parfois, malheureusement, humaines.

    Alors oui mes petits Québécois et Québécoises, vos parents seront domptés pour rentrer dans le rang canadien. Cela passera dorénavant par vous en plus de passer au travers d'eux.
    Et au mieux, comme s'il s'agissait du sacre ultime de leur élévation civilisatrice, ils en redemanderont.

    Je ne suis presque plus qu'un cadavre ambulant.
    Et mes assaillants mordent gouluement dans les lambaux de chair qui restent encore malgré tout à mes os.
    Bientôt j'aurai perdu tant de force que la mort me sera une délivrance.
    A moins qu'un éclair de lucidité ne m'ébranle pour nourrir une courageuse solidarité...

    VLQL !

    • Gilles Gagné - Abonné 29 août 2015 10 h 47

      Puis-je signer aussi ce texte M. Côté? faudra-t'il être mort pour être libérés de toutes ces imbécilités qu'on nous sert au nom d'une austérité débridée? Qu'on arrête de nous détruire sociétalement.

    • Yves Côté - Abonné 29 août 2015 11 h 49

      Monsieur Gagné, votre accompagnement non-seulement est possible, mais me permet de me sentir moins seul du côté de ceux qui refusent obstinément d'oublier d'où nous venons presque tous...
      Merci à vous, sincèrement.

  • Richard Bérubé - Inscrit 29 août 2015 07 h 06

    Est-ce la vraie raison?

    Il semble que cela aurait pût-être évité pour certains enfants à Lambert-Closse, alors est-ce la vraie raison ou juste des décisions pour darder le gouvernement avec ses coupures....ça ressemble un peu à un petit règlement de compte avec de jeunes enfants comme victimes....ou c'est une tempête dans un verre d'eau car ce système de libre-choix n'est pas garanti à 100%, allons savoir...

  • Robert Beauchamp - Abonné 29 août 2015 14 h 41

    Les comptables

    Et voilà! Les grandes firmes comptables ont statué que la CSDM étant mal gérée, il faudra donc viser l'optimisation des ressources. Brassage des places disponibles, on occupe les chaises, on ne place plus les élèves. On remplit les quotas par classe sans tenir compte de la variable reliée aux problèmes d'apprentissage. Pour eux on ne coupe pas on occupe mieux dans le sens des vrais affaires. Et pendant ce temps à Québec, avec l'argent de l'austérité on subventionne les minières pour faire des trous qui ne nous rapportent pas à nous. Le Plan Nord est devenu un objectif qui aveugle une équipe d'entêtés.

  • François Dugal - Inscrit 30 août 2015 16 h 57

    La valeur réelle et intrinsèque

    Pour un comptable, quelle est la valeur réelle et intrinsèque d'un enfant?