Les bibliothèques de l’UQAM doivent rester ouvertes, dit Québec

La bibliothèque centrale de l'UQAM
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La bibliothèque centrale de l'UQAM

Québec rappelle à l’ordre l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et la somme de laisser ses bibliothèques ouvertes le dimanche, alors que l’institution comptait sur cette réduction de service pour se conformer aux compressions budgétaires imposées par le ministère de l’Éducation.

L’université a annoncé mercredi matin, au moyen d’un courriel envoyé à l’interne et dont Le Devoir a obtenu copie, qu’à compter du 6 septembre prochain, ses six bibliothèques seront toutes fermées le dimanche, et ce, « pour tout le trimestre d’automne 2015 », qui s’amorcera dans moins de deux semaines.

Dans ce courriel, envoyé à l’ensemble de la communauté universitaire, la directrice générale du Service des bibliothèques, Lynda Gadoury, explique que « la réduction des heures d’ouverture découle des dernières compressions budgétaires subies par l’université » et qu’elle fait partie d’un « ensemble de mesures mises en place pour faire face à la situation financière très exigeante qui touche toutes les unités et les services de l’institution ». « Chaque mesure mise en place par l’UQAM vise à faire face aux compressions de 20,7 millions subies cette année », a ajouté Jenny Desrochers, porte-parole de l’UQAM.

Le ministère de l’Éducation estime toutefois que ce n’est pas la voie que les universités doivent emprunter pour se plier aux exigences budgétaires. « La décision de fermer la bibliothèque n’est pas une décision acceptable, soutient Julie White, porte-parole du ministre de l’Éducation, François Blais. Les étudiants des universités doivent avoir accès à leurs bibliothèques, aux livres qui s’y trouvent et à un lieu pour faire leurs travaux. »

Elle ajoute qu’il a déjà été indiqué à de nombreuses reprises que le ministère croit que « l’ensemble des universités sont capables de faire des efforts budgétaires, mais qu’elles doivent le faire tout d’abord au niveau de l’administration, et c’est ce qu’on demande à l’UQAM de faire ».

L’université justifie toutefois sa décision en raison du faible achalandage des bibliothèques le dimanche, « le nombre de prêts de documents et d’entrées enregistrées aux portes des six bibliothèques le dimanche [représentant] en moyenne 3 % des prêts et visites mensuelles ». La suppression des services lors de cette journée en particulier est donc « le choix le moins dommageable pour les étudiants et l’ensemble de la communauté », écrit Mme Gadoury.

Mauvaise cible

Pour le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ), cette première coupe n’est toutefois que la pointe de l’iceberg, la machine à rumeurs ne dérougissant pas à moins de deux semaines de la rentrée. « Personne ne nous donne l’heure juste, déplore la présidente du SCCUQ, Marie Blais. Nous sommes mis devant le fait accompli. »

Le syndicat déplore par ailleurs que ce soit les services aux étudiants qui soient affectés par le plan de rigueur budgétaire. « On comprend que la situation est particulière, concède Mme Blais. Ce qu’on ne comprend pas, c’est pourquoi on continue à investir des millions dans l’immobilier, dans le déménagement de certaines facultés. Dans le contexte actuel, peut-être devrait-on arrêter de mettre de l’argent là et se concentrer sur les services aux étudiants. »

1 commentaire
  • Sylvain Dionne - Inscrit 28 août 2015 09 h 31

    Quand la privatisation dénature la fonction principale

    En fait, à force de couper le budget des universités, le même phénomène que pour le système de santé se produit: une privatisation de plus en plus évidente des services. Pour survivre, les universités doivent prendre de l'expansion (croissance) d'où les investissements dans l'immobilier, l'accroissement des frais accessoires, transition vers les documents numériques (ex.: plan de cours et autres documents que l'on doit imprimer soi-même tout en maintenant les frais accessoires pour ces mêmes documents), accroissement du nombre d'étudiants étrangers qui rapportent beaucoup plus d'argent, etc. Bref, une entreprise de gestion davantage que d'éducation.

    Cela rejoint aussi la vision instrumentaliste de l'éducation: former des "techniciens de luxe" plutôt que des penseurs. Surtout que des penseurs risqueraient de mettre des bâtons dans les roues à cette idéologie néo-libérale...