Près de 700 élèves privés de transport scolaire dans un an

Les écoles publiques à vocation particulière sont visées par cette compression.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les écoles publiques à vocation particulière sont visées par cette compression.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a tenté de trouver une solution pour éviter le pire, mais sa situation budgétaire précaire l'« oblige » à priver de transport scolaire près de 700 élèves inscrits dans trois écoles à vocation particulière.

Le conseil des commissaires de la CSDM a confirmé mercredi soir ce que des parents redoutaient depuis le printemps : à partir de la rentrée 2016, les enfants qui souhaitent prendre part aux programmes de formation de l’école d’art FACE, de l’école primaire alternative Atelier ou de l’école Fernand-Seguin, pour les enfants doués ou ceux intéressés par les sciences, devront se déplacer autrement qu’à bord d’un autobus jaune.

« C’est une décision qui est très difficile à prendre pour les commissaires qui sont autour de la table, a affirmé la présidente la CSDM, Catherine Harel-Bourdon. Nous sommes dans des compressions importantes dans nos services et nous sommes responsables de la répartition équitable des ressources financières sur le territoire. »

Elle a expliqué que le coût du transport des enfants de ces trois écoles dépasse le montant des subventions offertes par Québec. Un montant annuel de près de 300 000 $ que ne peut plus éponger la CSDM, dit Mme Harel-Bourdon.

 

Mécontentement

Des parents dont les enfants fréquentent l’école Atelier ont fait connaître leur mécontentement mercredi soir, accusant une nouvelle fois la CSDM de compromettre l’égalité des chances en éducation. « Pour nous, une abolition pure et simple, sans discussion et sans consultation, ce n’est pas une option », a lancé Anne Bhéreur, une mère qui a sondé au cours de l’été plusieurs familles de la même école. Sans transport scolaire, dix d’entre elles ont l’intention de changer leur enfant d’établissement et dix-huit autres y songent sérieusement, estime-t-elle.

Mme Harel-Bourdon affirme que plusieurs options ont été envisagées pour conserver le service de transport actuel, mais en vain. Il a notamment été question de faire payer les parents pour le coût supplémentaire, mais cette option a été rejetée puisque ce faisant, Québec abolirait la subvention offerte pour chaque enfant concerné, a indiqué la présidente. La présidente s’est néanmoins engagée à rencontrer les parents pour trouver d’autres solutions. Elle a également évoqué une rencontre à venir avec le président de la Société de transport de Montréal, Philippe Schnobb.

Vérification enclenchée

Trois mois après avoir suspendu le directeur général Gilles Petitclerc, les élus de la CSDM ont par ailleurs officiellement déclenché, mercredi soir, une vérification externe sur les agissements de celui-ci.

La présidente Catherine Harel-Bourdon a estimé qu’il est essentiel pour le conseil des commissaires de « faire vérifier la gestion et l’administration des ressources de la CSDM par le directeur général », dans un entretien accordé au Devoir en marge du premier conseil des commissaires de l’année scolaire.

Gilles Petitclerc avait été sévèrement critiqué dans le rapport commandé par Québec à la firme Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) sur la situation financière de la CSDM. Il a notamment recommandé aux élus d’octroyer un contrat d’un million de dollars à cette même firme à titre d’« accompagnateur externe », et ce, sans passer par un processus d’appel d’offres.

Les élus ont finalement accordé un contrat d’accompagnement à une firme compétitrice, KMPG, pour une fraction de ce prix, au terme d’un appel d’offres, non sans avoir d’abord suspendu M. Petitclerc et nommé un directeur général par intérim chargé de redresser la situation.

8 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 août 2015 04 h 47

    Descendants instruits de coureurs des bois...

    La meilleure manière de faire des économies en éducation serait de fermer toutes les écoles.
    Le seul ennui, c'est qu'il faudra investir dix fois le montant de ces économies pour ne pas que notre société explose...
    A moins que ce ne soit l'idée véritable, bien entendu ?
    Aucune raison, à mon sens, ne peut justifier qu'on réduise l'accès de X ou Y à la scolarité.
    Aucune raison non-plus que le Québec ne se prive lui-même du surplus d'intelligence et de créativité qu'apporte à notre société la fréquentation de ces trois écoles. Plutôt que d'user de solidarité sociale, serait-il plus acceptable que le développement poussé de ces deux qualités soient réservé à la seule élite qui ait les moyens, en temps et en argent des parents, de véhiculer leurs chérubins à celles-ci ?
    Pour ma part, je dis non.
    S'il faut vraiment économiser à ce poste budgétaire, ce qui m'apparaît largement encore à prouver, n'y aurait-il pas à faire quelques sérieux examens sur l'usage "universel" des bus jaunes pour des enfants qui y gagneraient clairement à marcher quelques centaines de mètres ou à se lever quelques minutes plus tôt, pour aller à l'école de leur quartier ?
    Surtout à Montréal, là où les écoles se trouvent rarement si loin des domiciles que les descendants juvéniles des coureurs des bois ne puissent les rejoindre sans s'exténuer pour autant dans les souffrances atroces...
    Me semble ?

    Tourlou !

  • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2015 05 h 55

    Dans plusieurs écoles privées les parents paient pour le transport!

    C'est désolant mais par contre dans les écoles privées les parents paient pour le transport scolaire...inscrire son enfant dans une école hors normes ou spécialisée est un choix personnel, qui engendre des coûts supplémentaires, alors les parents devraient payer pour cela....si ces enfants fréquentaient une école de quartier, alors la commission scolaire fournirait le transport....

    • Yves Côté - Abonné 27 août 2015 08 h 41

      Monsieur Bérubé, selon moi, ainsi vous condamnez plusieurs jeunes talentueux à suivre un programme scolaire qui au mieux, ne les épanouira en rien.
      Cela est la dynamique sociale qui veut qu'il soit acceptable de couper les têtes qui dépassent de la masse, lorsqu'elles ne sont pas d'extraction fortunée.
      Argument qui prive le Québec, ou l'ampute au moins en partie, de talents qui viennent des couches populaires plutôt que de celles favorisées.
      Et alors que plus qu'ailleurs, à cause de la faiblesse numérique de notre population culturellement et linguistiquement minoritaire, c'est bien de talents de toutes classes sociales que nous avons besoin pour perdurer...

      Merci de m'avoir lu, Monsieur.

    • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2015 14 h 15

      amonsieur Côté pas du tout, car beaucoup de parents (donc moi) avons envoyé notre fille à l'école privée, elle était très douée et comme je l'ai mentionné dans mon commentaire, avons payé pour le transport scolaire....il faut comprendre que les écoles spécialisées pour les douées ne sont pas comme des écoles de quartier, les élèves sont éparpillés à travers la ville...c'est sûrement pour cela que les enfants n'auront pas de système d'autobus....alors que reste t'il comme option...vous savez dans la vie quand vousfaites des choix il y a toujours un prix à payer...sinon restez dans le système ordinaire....mais ce n'est pas couper les têtes qui dépassent....

    • Louis Fortin - Abonné 27 août 2015 20 h 13

      M. Bérubé,

      La désinvolture avec laquelle vous soulignez la présence de deux classes d'élèves et par le fait même l'inégalité des chances est choquante: «dans la vie vous faites des choix et il y a un prix à payer». La notion de choix n'est certainement pas la même pour une famille sous le seul du faible revenu.

      Vous si vous aviez les moyens d'envoyer votre fille au privé? Tant mieux pour elle. En revanche plusieurs enfants dont les parents n'ont pas les moyens devront maintenant renoncer à développer leur plein potentiel. Les élèves doués ont aussi des besoins particuliers dont le principal étant d'être stimulé à la hauteur de leurs capacités. Les envoyer à l'école conventionnel est parfois la meilleure façon de les démotiver.

      La vérité est que les pouvoirs en place ont entrepris un travail de démolition lente du réseau public dans la plus grande indiférence de la population. Le réseau, victime de sous financement chronique, a perdu une grande part de son attrait et est de plus en plus déserté par une classe moyenne qui souhaite le meilleur pour ses enfants et qui a les moyens de payer. Pendant que l'école publique doit faire plus avec moins, le réseau privé refile la facture aux parents, fournissant ainsi la preuve que ceux-ci sont prêts à payer plus pour une éducation de qualité. Au diable ceux qui n'en pas les moyens.

    • Jean-François Trottier - Abonné 28 août 2015 08 h 50

      M. Bérubé,
      pour des raisons strictes d'économie vous vous trompez.
      La responsabilité des parents est une réalité quant aux décisions et aux orientations. La prise en charge des enfants est affaire de société, question d'investissement.

      C'est uniquement selon qu'une société sait donner des chances égales à tous qu'on pourra laisser pousser les initiatives personnelles, génératrices de toutes les richesses et de stabilité économique, de façon organique... en fournissant le terreau.
      C'est le sens du vrai capitalisme, dont la constituante géographique est essentielle contrairement à ce que prétendent les mondialistes à tout crin.
      La concrétion en un lieu restreint de têtes, de bras et de moyens financiers mène à une vie économique stable et acceptable pour tous.

      Sa base, c'est l'éducation. Pour tous. Gratuite et libre. Remise entre les mains d'un prof professionnel, pas des pédagogues de pédagogie pédagogicienne.
      Et pas des industries non plus!

      Deux de mes enfants sont allés au privé, et j'avoue m'être trompé malgré la qualité de l'éducation qu'ils ont reçue. Mon argent aurait été bien mieux employé au public... s'il avait été accompagné de celui de tous. Le privé doit être exception rarissime dans une société qui assume ses vraies responsabilités et qui en recevra les bénéfices au centuple.

  • François Dugal - Inscrit 27 août 2015 07 h 32

    Démolition

    Le travail de démolition du ministère de l'Éducation se poursuit. Au programme aujourd'hui : les élèves doués, toujours les premiers à passer à la trappe.

  • Murielle Tétreault - Abonnée 28 août 2015 11 h 08

    Aurons-nous le courage de nos pères?

    Nous qui sommes maintenant grand-parents aujourd'hui,avons bénéficié des efforts de nos parents pour doter le Québec d'un système scolaire gratuit pour tous.Nos enfants ont pu fréquenter soit l'Université,doit les techniques au Cégep.Allons- nous laisser nos petits enfants être privés de l'éducation essentielle pour survivre dans le siècle ou tout est numérique et informatisé?
    Levons-nous ,révoltons- nous. Ne laissons pas ceux qui ont le pouvoir de faire des choix pour notre société détruire l'avenir au nom de l'austérité.
    Pour moi être austère ,c'est se priver pour choisir l'essentiel .L'essentiel :c'est l'éducation.
    Qui pourrait faire le décompte de ce qui est vraiment nécessaire pour donner à chaque enfant de la province ce qu'il a besoin pour développer tout son potentiel. Tous les enfants ,les doués, les sous -doués, les handicapés .,nous dire ce qui nous en coûterait.Quand ces besoins seront comblés,on paiera des voyages ,des tapis ,des décorations de bureaux aux fonctionnaires .Pas avant.
    J'aimerais bien que toutes les comptabilités des commissions scolaires et du ministère de l'éducation soient connues du public .Ces informations devraient être accessibles à tous .
    Quel journaliste aura le courage de s'attaquer à cette recherche?