Malgré de nombreux blocages, les syndicats souhaitent une entente

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette
Photo: FAE Le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Malgré les nombreux points d’achoppement qui perdurent toujours entre la partie patronale et les syndicats d’enseignement dans le cadre des négociations devant mener à une nouvelle convention collective, les enseignants gardent espoir d’en arriver à une entente négociée avec Québec.

Chose certaine, la tension entre les parties est toujours présente. Le rapport de Lise Lavallée — la médiatrice nommée par Québec — et déposé le 13 juillet dernier, qui avait pour but de rapprocher la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) et le Comité patronal de négociation pour les commissions scolaires francophones, en fait foi. « Même si je constate que la médiation a permis aux parties de faire avancer de façon significative des sujets majeurs, il est prématuré de leur soumettre une recommandation pour tenter de régler leur différend, puisque, au terme de mon mandat, aucune entente n’est intervenue sur la centaine de points toujours en suspens », constate la médiatrice qui avait été nommée le 11 mai dernier par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, Sam Hamad, à la demande du syndicat.

Il suffit de demander au président de la FAE, Sylvain Mallette, quels sont, au fond, les points d’achoppement, pour comprendre que le torchon brûle bel et bien entre les parties. « Écoutez, ça achoppe partout, Monsieur ! » C’est-à-dire ? « C’est comme si le gouvernement avait décidé que le contrat de travail qu’on a construit au cours des 40 dernières années, de part et d’autre d’ailleurs, ne lui plaisait plus. Tout achoppe. Tout est problématique ! », tonne le syndicaliste. À l’évidence, rien ne semble avoir changé depuis que la FAE a publié, le 18 juin dernier, un bilan d’étape de la négociation qui notait que, « en réponse aux 55 demandes de la FAE déposées en octobre, le gouvernement a répliqué en décembre avec 58 propositions diamétralement opposées ».

En gros, parmi les points que les enseignants décrient, on notera la volonté de Québec d’augmenter les ratios enseignants-élèves. Par ailleurs, la composition des classes ne tiendra plus compte des élèves handicapés et en difficulté, et les enseignants devront travailler 35 heures au lieu de 32. Sur le plan salarial, Québec propose une augmentation de 3 % sur cinq ans. Va pour la lettre. Pour ce qui est l’esprit, Sylvain Mallette, déplore le fait que Québec refuse de reconnaître les enseignants à leur juste valeur dans le cadre des négociations et à la lumière du dépôt des propositions patronales. « En fait, on l’observe même depuis la mise en place de ce qu’on a pompeusement appelé le Renouveau pédagogique. La conception du professeur a changé. On n’est plus au centre de la classe. On est devenu des accompagnateurs, des facilitateurs, des transmetteurs. On n’est plus considérés comme des maîtres d’un contenu, d’une discipline, d’un savoir. On a infantilisé les professeurs. On le voit tellement dans le dépôt patronal », souligne Sylvain Mallette.

Pas de mauvaise foi, mais…

Est-il pour autant prêt à dire que Québec est de mauvaise foi dans le cadre des négociations ? « Non, je ne suis pas prêt à le dire. Sauf que, en campagne électorale, [les libéraux] n’avaient surtout pas dit qu’ils imposeraient des compressions budgétaires de 350 millions de dollars », rappelle-t-il, précisant que la FAE détient un mandat de grève de trois jours, voté au printemps par ses huit syndicats affiliés, qui sera exercé au moment jugé opportun. « On se réunit en conseil fédératif de négociation les 3 et 4 septembre afin “d’opérationnaliser” ce mandat en fonction de l’état des travaux qui sera constaté à la table des négociations à ce moment-là. » Reste que M. Mallette se dit « convaincu d’en arriver à un règlement négocié à la satisfaction des deux parties ».

Même son de cloche du côté de la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini, mais avec un bémol toutefois. « Moi, j’ai une grande grande inquiétude… Mais ce qui rendrait le plus grand service à nos élèves, aux étudiants adultes, au monde de l’éducation et la population, ce serait d’en arriver à une entente négociée. Quant à moi, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Les enseignants vont tout faire pour qu’on ait une telle entente. Une fois qu’on a dit ça, il appartient au gouvernement de donner des signes concrets, de sorte à continuer à animer notre petite flamme d’espoir. »

Cela dit, Josée Scalabrini, fait toutefois valoir que les négociations ont tourné autour du pot au cours des dernières semaines. « Nos équipes de négociation ont pris très peu de vacances cet été. Il y a eu du dépoussiérage qui s’est fait. Mais au-delà de ça, il n’y a pas eu d’avancement sur ce qui est au coeur des négociations.»