Une approche administrative de l’éducation

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) négocie l’aspect non salarial des conventions pour l’ensemble du secteur collégial. Il reste bien des étapes à franchir pour aboutir à une entente de ce côté.

Vice-présidente et responsable du regroupement cégep de la FNEEQ, Nicole Lefebvre est responsable de la négociation pour le collégial : « Ce fut très difficile et on avait l’impression que les mandats en provenance d’en haut ne descendaient pas jusqu’à la table. On a donc demandé l’intervention d’une conciliatrice afin qu’elle prépare des espaces qui aboutissent à des échanges constructifs et productifs. »

Ses interventions ont tout de même porté leurs fruits jusqu’à un certain point, et cette même personne est maintenant devenue médiatrice dans le dossier ; l’étape de la médiation étant franchie, le syndicat pourra recourir à la grève en cas d’impasse. Quels sont les points en litige ? : « Même si le rythme a changé et si on a réussi à avoir des échanges un peu plus constructifs, la partie patronale n’a reculé sur aucune de ses demandes. »

De son côté, la partie syndicale revendique l’apport de ressources aptes à répondre à des réalités en émergence, comme la présence des étudiants en situation de handicap. Nicole Lefebvre déplore particulièrement un des aspects de la démarche patronale : « Il y a de leur part des tentatives de s’ingérer dans nos processus éducatifs, ce qui représente un recul de 40 ans en arrière. Nous, on est extrêmement frileux sur ce plan, car ce sont les profs qui sont responsables de la mise en oeuvre des programmes et de l’articulation de leurs contenus. »

La FNEEQ met l’accent sur la réussite étudiante, sur une amélioration des services qui leur sont donnés et sur l’accessibilité en éducation, mais elle se heurte à un point de vue divergent : « On a devant nous toute une nouvelle génération de gestionnaires dans nos collèges ; pour eux, c’est l’approche administrative, financière et marchande qui prend le dessus sur les considérations qui sont nôtres. C’est une attaque envers notre autonomie professionnelle pour mettre en place une approche qui est plutôt celle de gestionnaires. »

Est-ce là le signe précurseur d’une inévitable impasse ? « Leurs demandes, pour nous, sont inacceptables ; de leur côté, ils ne sont pas prêts à répondre aux nôtres sur l’organisation du travail. On s’en va donc en consultation pour obtenir des mandats de grève, comme tout le monde dans le front commun, je pense. On se prépare à toute éventualité parce qu’ils veulent revoir l’ensemble de nos conditions de travail. » Elle tire cette conclusion : « Il reste encore des espaces de négo, mais reste à savoir quels genres de mandats vont descendre du Conseil du trésor ; c’est d’ordre politique. »